Sète : le coiffeur accusé d'avoir exécuté l'amant de sa femme — et sa femme déjà morte ?

2009 : un suicide qui ne colle pas
5 juillet 2009. Rémi Chen compose le 17. Sa femme, Nadège, 33 ans, pendue dans le garage. Il vient de la découvrir. Il explique : deux jours plus tôt, elle lui avait avoué une infidélité. Une relation d'un soir avec un collègue de l'hôpital de Sète. Elle culpabilisait. Elle s'est tuée.
Les policiers tiquent. Près du corps, une lettre manuscrite. Nadège y détaille son adultère avec une précision clinique : "caresses mutuelles, pénétration de courte durée sans éjaculation". Des mots qui sonnent faux. "On a l'impression que Rémi Chen lui a fait écrire cette lettre", analyse un proche dans le transcript. Pas un mot pour sa fille Laurine, 11 ans. Pas un adieu. Juste une confession mécanique.
Le médecin légiste constate deux sillons au cou de Nadège. Un horizontal — trace d'étranglement. Un vertical — trace de pendaison. (Oui, vous avez bien lu.) Conclusion officielle : suicide possible, mais "intervention d'un tiers non exclue". L'enquête est classée sans suite en six jours. Trop vite. Trop léger.
— Pourquoi si vite ? Pourquoi si peu de questions ?
La réponse tient en un nom : Rémi Chen. Un homme lisse, coiffeur à domicile, décrit comme "monsieur tout le monde". Sa fille Laurine le défend : "S'il y avait eu une dispute, je l'aurais entendue." Le suicide est acté. La famille enterre Nadège. L'affaire dort.
2014 : l'amant disparaît, le mari réapparaît
Cinq années passent. Puis, le 23 juin 2014, Patrick Izoard — l'amant de Nadège — ne rentre pas chez sa mère. Il devait voir le spectacle de danse de sa fille. Il n'y va pas. Impensable. "Sa fille, c'était tout pour lui", dira son frère Marc.
Son collègue retrouve son scooter devant le cimetière de Sète, à cent mètres de l'hôpital. Dans la selle : blouson, cigarettes, téléphone. Patrick ne se séparait jamais de son téléphone. La famille s'inquiète. Marc Izoard fouille le répertoire. Il découvre un numéro. Celui d'une ex-compagne, Audrey Louvet. Elle avait rappelé Patrick quinze jours plus tôt. Une voix douce, mielleuse, au téléphone. "Je pense toujours à toi. J'aimerais te revoir."
Patrick avait fait écouter l'enregistrement à son ami Olivier. "Il m'a dit : 'tu en penses quoi ?' Je lui ai répondu : 'je pense qu'il y a autre chose en dessous.' Il m'a dit : 'c'est bien ce que je pensais.'"
Le jour de sa disparition, Audrey lui donne rendez-vous au cimetière. Elle est déposée par un ami. Cet ami, c'est Rémi Chen.
— Le mari trompé, cinq ans après, dépose l'appât.
Au commissariat, Audrey Louvet raconte une promenade de cinq minutes, des retrouvailles banales. Elle est repartie, Patrick allait bien. Mais les enquêteurs ne gobent pas cette version. Ils fouillent les relevés téléphoniques. Rémi Chen et Audrey Louvet s'appellent "sans arrêt" avant et après la disparition. Coïncidence ? Les proches de Patrick n'y croient pas une seconde.
"Ça ressemble à une vengeance, ni plus ni moins, cinq ans après", lâche un enquêteur dans le transcript.
La grotte du Vigneraie : une exécution de voyou
Le 17 juillet 2014, le corps de Patrick Izoard refait surface. Dans une grotte. La grotte du Vigneraie. Le spectacle est insoutenable : attaché, un sac plastique sur la tête, brûlé. Deux tirs — un dans la tête, un dans la clavicule. Une exécution froide, méthodique.
Le tatouage de Patrick permet l'identification. Son frère Marc : "Même les animaux ne sont pas traités comme ça."
L'autopsie révèle qu'on l'a abattu comme un chien, puis carbonisé. Les enquêteurs parlent d'une "exécution de voyou". Mais Patrick n'a rien d'un voyou. Livreur de médicaments à l'hôpital, père de famille, amateur de pétanque et de musique. "Le seul ennemi qu'il a eu, il l'a tué", résume Marc.
Les soupçons se concentrent sur Rémi Chen et Audrey Louvet. Audrey, frêle, sans emploi, mère de deux enfants, vit de petits boulots au noir. Elle aurait servi d'appât. Rémi Chen aurait été le commanditaire, peut-être l'exécutant.
Mais les preuves matérielles sont absentes. Pas d'ADN. Pas d'arme. Pas de combinaison. Rien. "Cette instruction est un fiasco", clame la défense de Rémi Chen. "De preuve il n'y en a pas. Rien, rien, rien, rien."
Audrey Louvet : appât ou complice ?
Audrey Louvet, elle, est interrogée plusieurs fois. Ses versions changent. Elle finit par avouer avoir attiré Patrick dans la grotte. Elle raconte que Rémi Chen l'a menacée : "Si tu parles, je te bute toi et tes enfants." Terrorisée, elle serait partie, laissant Patrick seul avec son bourreau.
Elle nie avoir assisté au meurtre. "Moi je ne savais pas qu'il allait mourir", dit-elle.
Son avocat plaide la manipulation. Elle est piégée, fragile, influençable. Mais les proches de Patrick ne l'achètent pas. "Servir d'appât pour amener quelqu'un dans une grotte ? Elle a qu'à le dénoncer. Elle le savait ce qui s'est passé. Elle a assisté au meurtre."
Les relevés téléphoniques montrent des appels entre elle et Rémi avant le rendez-vous, après le rendez-vous, pendant les jours suivants. Une coordination parfaite. Un guet-apens.
De son côté, Rémi Chen clame son innocence. Il accuse Audrey Louvet de manipulation. Il lance une piste : et si c'était un règlement de comptes lié au banditisme ? Une exécution de voyou, commanditée par des trafiquants ? "On a quelque chose qui ressemble à du banditisme", dit-il depuis sa cellule. Ses proches reprennent cette version : "Patrick ne devait pas d'argent, mais il y a des rumeurs..."
L'hypothèse fait bondir Marc Izoard. "Mon frère n'était pas une racaille. Il avait un petit boulot à l'hôpital. C'est une diversion."
Les enquêteurs n'y croient pas. Les coïncidences sont trop lourdes : les appels, la présence de Rémi sur les lieux, la visite d'une cave située juste au-dessus de la grotte.
La lettre qui accuse : un suicide maquillé ?
Parallèlement, la mort de Nadège Chen n'a jamais été vraiment classée. Son père n'a pas accepté la thèse du suicide. Il demande aux juges de rouvrir l'enquête. En 2016, c'est chose faite.
Les experts réexaminent la lettre. Une analyse graphologique confirme qu'elle est bien de la main de Nadège. Mais le contenu, lui, est suspect. "On a l'impression que Rémi Chen lui a fait écrire cette lettre pour pouvoir divorcer et que la faute soit sur elle", témoigne un proche.
Autre détail : la lettre ne contient aucun adieu. Pas un mot pour Laurine. "Moi, demain, je me suicidais, je pensais d'abord à ma fille", s'indigne une amie.
Et les deux sillons ? Le médecin légiste avait évoqué la possibilité d'un étranglement précédant la pendaison. Une strangulation maquillée en suicide.
— Qui étrangle puis pend ? Un meurtrier qui veut faire croire à un suicide.
Rémi Chen n'a jamais été mis en examen pour la mort de sa femme. L'instruction est toujours en cours. Mais le faisceau d'indices s'épaissit. Deux morts, un seul bénéficiaire : le mari bafoué, libéré d'une épouse infidèle et d'un amant encombrant.
2019 : un procès sans preuves ?
- Le procès de Rémi Chen et Audrey Louvet pour l'assassinat de Patrick Izoard doit se tenir devant la cour d'assises de Montpellier. Les deux camps se préparent à un affrontement judiciaire.
Les proches de Patrick espèrent une condamnation. "Il mérite de prendre une perpète, mais alors perpète, perpète", tempête Marc Izoard. "Il ne faut plus qu'il sorte."
La famille de Rémi Chen, elle, croit en son innocence. Sa fille Laurine : "Mon père est toujours resté confiant puisqu'il est innocent. Ce n'est pas possible de condamner quelqu'un sans preuve."
La défense dénonce une instruction à charge, des témoignages fragiles, une absence de preuves matérielles. "De preuves, il n'y en a pas. Pas d'armes, pas de combinaison, pas de sac. Rien", répètent les avocats.
C'est le cœur du problème. L'accusation repose sur des recoupements téléphoniques, un enregistrement, des témoignages. Mais pas de lien direct avec la scène de crime. Pas d'ADN. Pas d'arme.
— Suffisant pour condamner ? Ou pour acquitter ?
Les jurés devront trancher. Entre la version d'Audrey Louvet, qui accuse Rémi, et celle de Rémi, qui accuse des inconnus du banditisme, la vérité reste enfouie dans la grotte du Vigneraie, carbonisée avec le corps de Patrick Izoard.
L'ombre du dark web ? Pas dans ce dossier.
Une chose est sûre : aucun élément dans le transcript ne fait référence à une commande sur le dark web ou à un réseau criminel organisé. Les spéculations sur un "professionnel du milieu" ne reposent sur aucune preuve. L'enquête n'a pas identifié de tireur extérieur.
Mais le mystère demeure. Comment un coiffeur sans histoire, "monsieur tout le monde", aurait-il pu organiser une exécution aussi sophistiquée ? Et s'il l'a fait, pourquoi avoir utilisé une complice aussi peu fiable qu'Audrey Louvet ?
— Ou alors, comme le dit la défense, tout cela n'est qu'une construction judiciaire sur des coïncidences.
Sources
- Transcript vidéo YouTube (affaire Chen/Izoard) — extraits cités.
- Témoignages de Marc Izoard, Laurine Chen, Olivier (ami de Patrick), Céline (compagne de Rémi).
- Rapport d'autopsie de Nadège Chen (2009) — constatations du médecin légiste (deux sillons, suicide possible, intervention d'un tiers non exclue).
- Lettre manuscrite de Nadège Chen analysée par les enquêteurs.
- Enregistrement téléphonique entre Patrick Izoard et Audrey Louvet (juin 2014).
- Relevés téléphoniques entre Rémi Chen et Audrey Louvet (juin 2014).
- Constatations de la police scientifique sur la scène
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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