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Grand-Champ : la belle-fille qui commandita le meurtre de sa belle-mère pour l'héritage

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-27
Illustration: Grand-Champ : la belle-fille qui commandita le meurtre de sa belle-mère pour l'héritage
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23 heures, Grand-Champ

Une voiture se gare à une centaine de mètres d'une propriété isolée de quatre hectares, protégée par des allées de sapins. Deux hommes en descendent. Ils observent. Les lumières de la maison s'allument, s'éteignent, se rallument. Puis plus rien. Le silence.

Ils s'approchent. Une hache traîne près du tas de bois. Ils la saisissent. D'un geste violent, ils font éclater la véranda. À l'intérieur, Eugène Lecouvure et son épouse Anne-Marie, 75 ans, viennent de se coucher.

Les cambrioleurs ne cherchent pas leur chemin. Selon les enquêteurs, ces hommes se dirigent directement vers l'escalier, puis vers la chambre du couple. La porte est défoncée d'un coup de pied.

Eugène est rapidement neutralisé. Ses poignets et ses chevilles sont ligotés avec du cerflex — ce lien plastique vendu en quincaillerie, presque impossible à défaire une fois la boucle serrée. Un seul morceau d'adhésif lui est posé sur la bouche.

Anne-Marie subit un tout autre traitement. Les agresseurs s'acharnent. Vingt et un morceaux de scotch d'emballage lui entourent complètement la tête — un masque de ruban adhésif qui l'empêche totalement de respirer.

Les deux hommes fouillent la maison. Ils réclament un coffre. Qui n'existe pas. Ils repartent avec un maigre butin : l'alliance et la chevalière d'Eugène, un collier arraché à Anne-Marie, deux montres. Quelques bijoux.

Une heure plus tard, ils quittent les lieux.

Eugène, ligoté, parvient à se libérer. Il rampe jusqu'à la salle de bain. Il trouve un coupe-ongles. Avec cet outil minuscule — les mains toujours entravées — il coupe le lien plastique. Il se précipite vers sa femme. Il tente d'arracher le scotch. Trop tard. Anne-Marie ne respire plus.

Il appelle sa fille. Elle prévient les secours. Les pompiers ne peuvent que constater le décès. Anne-Marie Lecouvure est morte asphyxiée.

Une famille de notables bretons

Eugène Lecouvure n'est pas un inconnu dans la région. Il a été maire de Pluvigny pendant près de trente ans, de 1966 à 1995. Conseiller régional. Conseiller général. Premier employeur du canton.

Un autodidacte. Il a commencé par livrer des matelas à la brouette. Puis il s'est lancé dans la fabrication de lits d'hôpitaux. Son entreprise a grandi, jusqu'à devenir leader sur son marché.

En 1991, il vend sa société à un groupe américain pour un montant de près de 60 millions d'euros. Une fortune partagée en cinq parts égales entre Eugène, ses trois enfants — Philippe, Catherine et Jean-Jacques — et sa première épouse, Lucienne. Chacun reçoit 12 millions d'euros.

Les enfants Lecouvure sont riches. Selon des proches, ils ont alors commencé à « flamber » leur argent. Jean-Jacques s'offre un bateau de luxe de plus de 25 mètres. Sa maison est entourée d'un mur immense, équipée de caméras, avec deux piscines — une intérieure, une extérieure. Catherine achète un manoir. Philippe plusieurs maisons.

Mais la belle vie des enfants Lecouvure n'aura qu'un temps. En 2006, Eugène prend une décision qui va tout changer : il exclut ses enfants de la gestion de son patrimoine. Les tensions familiales s'installent.

L'enquête bascule

Les premiers jours, l'enquête piétine. Aucune piste. Le cambriolage est étrange : rien n'a été volé à part quelques bijoux. Des objets de valeur étaient pourtant visibles dans le séjour. Rien n'a bougé. « C'était propre, comme maman était très maniaque, tiré au cordon », racontera plus tard un proche.

Pourquoi des cambrioleurs s'introduisent dans une maison occupée pour repartir avec un butin dérisoire ? Pourquoi réclamer un coffre qui n'existe pas ?

Le 12 avril 2009, deux jours après le drame, un appel téléphonique change tout. Un témoin, Marc Guérard, contacte la gendarmerie. Il a lu un article dans la presse. Il a fait le rapprochement.

« Moi, j'ai pris la décision de téléphoner à la gendarmerie parce que personne ne voulait en parler. Tout le monde voulait se taire », déclare-t-il.

Marc Guérard donne un nom : Wenceslas Le Cerf. Conducteur d'engin et portier de discothèque, 31 ans. Avant le cambriolage, Le Cerf s'était vanté devant son ex-compagne : « Je peux être sur un coup et me faire beaucoup d'argent. » Le lendemain du crime, il avait acheté des gants de moto, un casque, des bottes, un pantalon.

Les gendarmes interpellent Wenceslas Le Cerf le 12 avril. En garde à vue, il reconnaît sa participation au cambriolage. Et livre le nom du second homme : Guénolé Madé.

Mais ce n'est pas tout. Le Cerf fait une révélation : ce n'était pas un cambriolage ordinaire. Une opération commanditée. Par un certain Loïc Duguay.

Loïc Duguay, 43 ans, paysagiste. Arrêté à son tour. Il explique qu'il n'a pas agi de son propre chef. Il a obéi à quelqu'un. À Josiane Lecouvure.

Josiane Lecouvure. La belle-fille d'Anne-Marie. L'épouse de Jean-Jacques, le fils d'Eugène.

Le mobile : l'héritage

Le 13 avril 2009, Josiane Lecouvure est interpellée. Cette femme au foyer de 60 ans, sans antécédent judiciaire, est mise en examen pour complicité d'assassinat.

Selon l'enquête, Josiane employait Loïc Duguay comme jardinier depuis dix ans. Une relation de confiance s'était installée — au point que les Lecouvure lui avaient prêté 15 000 euros sans intérêt pour monter sa société. L'argent a été remboursé, mais Duguay se sentait redevable.

Pendant près de deux ans, selon la source, Josiane a tenté de persuader son jardinier de mettre sur pied un faux cambriolage. Au début, il refuse. Puis il finit par accepter. Il recrute Wenceslas Le Cerf et Guénolé Madé. Le prix : 20 000 euros.

Selon la source, Josiane aurait dessiné un plan de la maison de ses beaux-parents. Les bijoux volés ont été enterrés dans le jardin, où les gendarmes les ont retrouvés.

Mais il y a plus grave. Selon les déclarations des trois hommes en garde à vue, Josiane aurait donné une consigne claire : éliminer Anne-Marie. « Il fallait scotcher la vieille dame », aurait-elle dit, selon les termes rapportés par Wenceslas Le Cerf.

Les instructions étaient précises. Guénolé Madé devait s'occuper d'Eugène : le ligoter, le bâillonner, lui mettre un ou deux coups — mais ne pas le tuer. Wenceslas Le Cerf, lui, devait s'acharner sur Anne-Marie. Le but dissimulé : faire passer le meurtre pour un cambriolage qui a mal tourné.

Le traitement infligé aux deux époux n'était pas le même. Eugène n'a reçu qu'un seul morceau de scotch. Anne-Marie, vingt et un. Une différence qui ne doit rien au hasard.

La défense : un cambriolage qui a dérapé

Selon la défense, il s'agissait d'un cambriolage. Rien de plus. La mort d'Anne-Marie serait un accident.

Les cambrioleurs étaient des amateurs. Aucun antécédent judiciaire. Ils sont entrés avec une hache, en faisant éclater la véranda — un mode opératoire qui n'a rien de professionnel. Ils avaient un couteau, mais ne l'ont pas utilisé.

📰Source :youtube.com

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