Jessie Travaglini condamnée à 30 ans pour le meurtre d'Héloïse Bagnolini, la compagne de son amant

Le 11 octobre 2013, un drame à Aubignan
Il est 18h15. Sophie, la mère d'Héloïse Bagnolini, reçoit un appel. C'est Alain, son gendre. Mort d'inquiétude. Sa femme ne répond plus au téléphone. Et elle n'est pas venue chercher leur petit garçon à l'école.
« On m'a dit qu'Héloïse lui avait passé un texto lui disant qu'elle ne pouvait pas récupérer leur enfant, alors que globalement elle n'avait jamais loupé une sortie d'école », raconte Sophie. « Elle va le chercher tous les jours, sans aucune exception, c'est tout incompréhensible. »
Alain se rend compte : le véhicule d'Héloïse n'est pas là. Elle non plus. La porte est fermée à clé, l'alarme enclenchée. Elle a pris deux valises. Ses affaires ne sont plus dans les placards.
Aussitôt alertés, tous les membres de la famille se mobilisent. En vain. « On essaye avec son frère, sa sœur, et tout le monde tombait sur la même chose directement sur sa messagerie », témoigne la mère. « Héloïse, c'était pas son style, elle décrochait. »
Pour les proches, ce départ précipité est inconcevable. Depuis huit ans, Héloïse semblait vivre le parfait amour avec son bel ingénieur, Alain. « Elle croyait au grand amour, elle était assez fleur bleue », confie sa mère. « C'était l'homme de sa vie puisqu'elle aurait aimé se marier avec lui. »
La veille, tout allait bien. « J'avais eu Héloïse le jeudi, elle était bien, on avait plaisanté, on s'était raconté nos histoires », se souvient Sophie. « J'ai demandé à Alain, j'ai dit : 'Mais il y avait eu quelque chose entre vous pour qu'elle ait pu partir ?' Il me disait : 'Non, il n'y a pas eu de dispute.' »
Rien ne laissait penser à un départ volontaire. Et puis, il y a quelque chose qui ne colle pas. Jamais Héloïse ne serait partie sans l'autre amour de sa vie, son petit garçon de 3 ans. « C'était sa raison de vivre et tout son planning était en fonction de son fils », insiste sa mère. « Elle avait mis cet enfant au monde, c'était sa petite perle. »
« Héloïse n'aurait jamais laissé son fils », ajoute-t-elle. « Laisser la prunelle de ses yeux, c'est impossible. »
Ce départ ne semble pas naturel. Quelque chose cloche. Où est passée Héloïse Bagnolini ? Pourquoi aurait-elle quitté le domicile conjugal ?
Le soir même, son compagnon, Alain, alerte les gendarmes. Et une information est ouverte pour disparition inquiétante, confiée à la brigade de recherche de Carpentras.
Une scène de crime dans la salle de bain
En inspectant le domicile du couple, les enquêteurs ont la nette impression d'être confrontés à une scène de crime. Dans la salle de bain, un pommeau de douche cassé. Des éléments laissant penser qu'une scène de violence s'est produite. Et au sol, des traces de sang qui ont plus ou moins été effacées.
« On sait qu'elles vont de la salle de bain où on en trouve jusqu'à la porte d'entrée », explique un enquêteur. « Lorsque l'analyse est faite par le laboratoire, on sait que c'est le sang d'Héloïse Bagnolini. »
Face à ces indices, Sophie réalise qu'elle ne verra peut-être plus jamais sa fille. « La scientifique était là, il cherchait des indices, il cherchait des éléments », raconte-t-elle. « Ça fait un effet horrible parce que vous n'avez que des gens en blanc, etc. Et puis vous êtes là dehors, vous êtes impuissant, vous ne pouvez rien faire. Vous ne savez rien. »
Désormais, les enquêteurs en ont la certitude. Le départ inopiné d'Héloïse Bagnolini n'était qu'un leurre. « On a cette jeune femme qui quitte précipitamment son domicile. On découvre maintenant qu'il y a du sang. Donc c'est un crime », résume un enquêteur. « Maquillée, en départ volontaire. »
Héloïse Bagnolini a été agressée à son domicile. Est-elle encore vivante ? A-t-elle été enlevée ? Si oui, par qui ? Toutes ces questions restent sans réponse.
Un témoignage inattendu fait basculer l'enquête
Le 12 octobre 2013, le lendemain de la disparition d'Héloïse Bagnolini, un homme contacte la police et voici ce qu'il déclare. « Il s'est passé quelque chose de grave. Je viens de recevoir un appel de mon cousin. Sa fille est arrivée ce matin chez lui. Elle a fait une grosse bêtise. Elle aurait tué une femme. »
Coup de théâtre, cet homme va effectivement dénoncer un meurtre. L'homme au téléphone donne le nom de Jesse Travaglini comme étant l'auteur de ce meurtre. Et aussitôt, les policiers font le lien avec la disparition d'Héloïse Bagnolini. « Ils ont une femme qui a disparu, c'est Héloïse. Ils ont de l'autre côté une femme qui semble s'accuser d'un meurtre de femme. Ça peut éventuellement coller », explique un enquêteur.
La dénommée Jessie Travaglini aurait-elle tué Héloïse, comme les gendarmes semblent le penser ? Difficile à croire, car à première vue, la jeune femme a tout, sauf le profil d'une meurtrière.
Le profil de Jessie Travaglini
Jessie a 27 ans. Et elle est chargée des ressources humaines d'une puissante entreprise française, spécialisée dans la fabrication de soupes industrielles. Elle est dans une société importante qui s'appelle la société Liebig. « C'est quelqu'un d'actif sur le plan professionnel », décrit un témoin. « Jessie est rentrée dans cette entreprise comme secrétaire. Elle va gravir très rapidement les échelons. C'est une courageuse, une travailleuse acharnée. »
En plus d'être brillante, la jolie blonde aux yeux turquoise est très connue dans la région. « C'est effectivement une très belle femme », confirme un proche. « Son grand bonheur aurait été d'être Miss Vaucluse. Donc elle s'est présentée aux différents concours et elle est arrivée, je crois, au stade de première dauphine. Elle n'est pas arrivée jusqu'à être Miss Vaucluse, mais c'était sa volonté. »
Mariée à un entraîneur de rugby et mère d'un petit garçon de 5 ans, Jessie Travaglini est décrite par tous comme une mère poule et une épouse dévouée. « Il n'y a pas d'ombre au tableau », assure un témoin. « Apparemment, elle est heureuse dans son couple, ils ont un enfant. Elle connaît son mari depuis très jeune, elle l'a connu quand elle avait 15 ans. »
« Elle accompagne son mari sur les entrées. Elle demande sur les matchs de rugby le week-end, elle s'occupe de son enfant », ajoute-t-il. « C'est une jeune femme extrêmement douce, sensible, gentille. Et qui a une vie tout à fait normale. »
Les policiers sont surpris. Comment une femme avec une telle personnalité aurait-elle pu tuer Héloïse ? Et surtout, pourquoi ?
Le lien avec la victime : Alain, le compagnon
À y regarder de plus près, les gendarmes vont s'apercevoir que Jessie Travaglini a un lien avec la victime. Et ce lien, c'est Alain, son compagnon. Jessie travaille avec le mari d'Héloïse. Ils travaillent en tout cas dans la même entreprise. Jessie est engagée en 2009.
Le problème, c'est qu'Alain, le numéro 2 de l'entreprise, et Jessie, la chargée des ressources humaines, ne seraient pas que de simples collègues de travail. Ils sont aussi amants. Les gendarmes apprennent qu'il y a une relation extra-conjugale depuis plus de 3 ans.
« C'est dans un couloir de l'entreprise. Leur regard va se croiser et ils vont entamer une conversation. Et c'est comme ça qu'ils vont se rencontrer », raconte un témoin. « C'est un bel homme. Elle aime ce qu'il dégage au sein de la société. Il a un poste important. Il en impose, comme on dit. »
« Jessie Travaglini, c'est quelqu'un qui est très sexué. C'est quelqu'un qui est habillé de manière un petit peu provoquante », ajoute un autre. « Jolie femme qui aime bien attirer les hommes. »
Au sein de l'entreprise, tout le monde avait bien remarqué la relation très particulière qu'entretenaient les deux collègues. « C'est un secret de polichinelle », assure un témoin. « Certaines personnes ont eu leur attention attirée par le rapprochement, les venues assez fréquentes de Jesse Travaglini dans le bureau de son collègue. Le soir tard, Alain reste dans le bureau de Jesse Travaglini. Alors qu'encore une fois, il n'a pas tellement de raison d'y être, puisqu'ils ne sont pas dans le même service. »
Les deux amants, après le travail, se retrouvent régulièrement dans le parking de l'entreprise, dans la voiture de Jesse.
La thèse de la légitime défense
Devant les gendarmes, Jessie Travaglini reconnaît la liaison. Elle ne va pas cacher longtemps aux gendarmes qu'elle a eu une relation sentimentale avec Alain, qu'elle justifie d'ailleurs devant les gendarmes en expliquant qu'elle a connu son mari très jeune.
« Elle n'est pas satisfaite de sa vie, du fait que son mari, ce qui l'intéresse, c'est le rugby, un peu les bières et le poker avec ses copains », explique-t-elle. « Elle va chercher chez Alain ce qu'elle n'a pas trouvé chez son mari. »
Toujours devant les enquêteurs, Jessie raconte ce fameux 11 octobre 2013. C'est Héloïse, dit-elle, qui lui aurait tendu un guet-apens. Elle indique que la veille, dans la nuit du 10 au 11, à 2h du matin, elle a reçu un SMS d'Héloïse qui lui disait en substance qu'elle avait découvert le poteau rose. Et voici ce que la maîtresse raconte aux gendarmes. « J'ai reçu un message. Il disait 'Salut, c'est Héloïse. Je suis au courant pour ta relation avec Alain. Si tu as à cœur, comme moi, de protéger ta famille, je te propose qu'on discute à la maison ce vendredi.' »
Le rendez-vous est fixé le lendemain chez elle, à Aubignan. Et c'est précisément ce rendez-vous entre la maîtresse et la compagne bafouée qui aurait mal tourné.
« Elle est harcelée de questions par Héloïse qui lui demande des précisions sur ses rapports avec son mari », explique un enquêteur. « On a commencé à discuter. Elle m'a dit qu'elle savait qu'Alain la trompait avec moi. Elle voulait savoir depuis combien de temps cela durait. Je lui ai dit la vérité en indiquant que cela faisait trois ans et demi. Je lui ai dit que cela avait commencé le lendemain du jour où elle avait annoncé à Alain qu'elle était enceinte. »
Et selon Jessie Travaglini, c'est précisément à cet instant qu'Héloïse aurait perdu son sang-froid. « Héloïse va devenir violente, va lui porter des coups, va la faire tomber », raconte-t-elle. « Elle aurait fui en direction de la salle de bain, Héloïse l'aurait rattrapée, une bagarre aurait suivi, elle aurait eu sa tête qui frappait la baignoire, elle aurait été un petit peu assommée. »
Pour échapper à cette scène de violence et échapper à sa propre mort, elle se serait emparée d'une serviette de toilette qui se trouvait là, ce qui n'est pas vraiment étonnant dans une salle de bain, et qu'elle aurait retourné, elle serait mise elle-même en position sur Héloïse Bagnolini et elle l'aurait étranglée avec la serviette de toilette.
« J'ai passé cette serviette autour de son cou et j'ai serré. Je voulais que ça s'arrête. Je n'ai jamais voulu ça. Je regrette », déclare Jessie aux gendarmes.
Prise de panique, Jessie Travaglini aurait alors eu une idée. Tenter de faire croire à un départ volontaire d'Héloïse. « Elle se dit c'est pas vrai, c'est un cauchemar, ça n'existe pas », raconte un enquêteur. « Se rendant compte de la situation, elle va tout faire pour effacer le crime. Elle va penser à prendre deux valises et à prendre quelques petites affaires pour que sa thèse tienne, à savoir le départ volontaire d'Héloïse. Elle met tout ça dans la voiture d'Héloïse. Elle va mettre le corps d'Héloïse dans le coffre de la voiture. Et elle va déplacer le véhicule à quelques centaines de mètres. Dans un espèce de lotissement un peu éteint. Les maisons ne sont pas occupées. »
« Elle ne conteste pas avoir une participation dans cette histoire, mais elle nie avoir volontairement donné la mort », précise un enquêteur. « Elle dit même d'ailleurs qu'elle était un petit peu en état de légitime défense. »
Les failles de la thèse de Jessie
L'histoire que Jessie raconte aux gendarmes pourrait paraître crédible. Seulement, il y a des failles. Plusieurs éléments laissent penser qu'Héloïse ignorait tout des infidélités de son compagnon.
« Il parlait d'avoir un deuxième enfant. Je pense qu'on ne met pas en projet d'avoir un deuxième enfant avec une personne dont on a des doutes sur la fidélité », souligne un témoin.
Et puis, quand bien même était-elle au courant, la jeune femme n'aurait jamais osé affronter la maîtresse de son compagnon. « Ce n'était pas dans son caractère », assure un proche. « Connaissant Héloïse qui n'était pas du tout dans le conflit, elle n'aurait pas donné rendez-vous à la maîtresse de son conjoint chez elle, comme ça. Elle n'aurait certainement pas invité quelqu'un chez elle pour lui expliquer que c'est mon mari, c'est mon mari. Voilà, elle n'aurait pas fait ça. C'est pas Héloïse. »
« Je ne vois pas du tout Héloïse porter même un coup, même une gifle », ajoute-t-il. « Alors quand Jessie Travaglini dit qu'elle l'a étranglée en état de légitime défense, pour moi c'est inimaginable. J'aurais pas fait de mal à une mouche, c'était pas possible. »
Personne dans l'entourage d'Héloïse ne croit à la thèse de Jessie. Le scénario qu'a livré la chargée des ressources humaines aux gendarmes serait donc possible, mais bancal.
L'audition d'Alain révèle le vrai visage de Jessie
C'est l'audition d'Alain, le conjoint d'Héloïse, qui va permettre de révéler le vrai visage de Jessie, un visage beaucoup moins séduisant. Car ce qu'il va dire est à l'opposé du scénario de sa maîtresse.
« Immédiatement, il ne fait aucune difficulté pour reconnaître quelque chose qui peut être difficile à admettre », explique un enquêteur. « C'est qu'il entretenait une relation extra-conjugale avec Jessie Travaglini. Mais il est persuadé que sa compagne Héloïse n'était pas au courant. »
Alain décrit Jessie comme une femme possessive et manipulatrice. « Elle a l'habitude d'avoir tous les hommes à ses pieds, elle se conduit un peu comme une reine », rapporte-t-il. « On la poursuit pour assassinat sans arme. »
Selon la source, Alain affirme qu'Héloïse n'était pas au courant de la liaison et qu'elle n'était pas conflictuelle. Il décrit Jessie comme une femme possessive et manipulatrice, qui le harcelait et aurait cherché à éliminer sa rivale.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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