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Faits diversÉpisode 3/1

Féminicide aux Buttes-Chaumont : le mari qui jouait l'inquiet devant les caméras

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-05
Illustration: Féminicide aux Buttes-Chaumont : le mari qui jouait l'inquiet devant les caméras
© YouTube

Il a poussé la porte du commissariat pour signaler la disparition de sa femme. Il a contacté les rédactions, lancé des appels sur les réseaux sociaux, pleuré devant les proches. Il l'avait déjà tuée. Démembrée. Dispersée dans des sacs poubelles au parc des Buttes-Chaumont. Lagdar M., 46 ans, comparaît à partir de ce lundi 6 juillet devant la cour d'assises de Paris pour meurtre par conjoint. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Selon la seule source disponible à ce stade — le podcast Affaires suivantes de BFMTV —, l'accusé a reconnu avoir étranglé son épouse lors d'une dispute liée à des dettes, mais nie toute intention de tuer. Son procès interroge un phénomène troublant : pourquoi certains auteurs présumés de féminicides s'investissent-ils dans les recherches de leurs victimes ?

L'homme qui cherchait celle qu'il avait tuée

Le 3 février 2023, un homme entre dans un commissariat parisien. Il est inquiet, dit-il. Sa femme, Ascia, 46 ans, mère de leurs trois enfants âgés de 8, 13 et 16 ans, n'est pas rentrée. Il l'a vue pour la dernière fois le 30 janvier au soir. Selon son récit, ils se sont couchés séparément — lui avec les enfants dans la chambre, elle dans le salon. Au réveil, l'un des enfants constate son absence. Lagdar M. ne signale pas immédiatement la disparition. Il s'en explique : Ascia a pour habitude de partir plusieurs jours pour participer à des braderies. Il assure qu'ils ne se sont pas disputés.

Trois jours plus tard, le 6 février, il dépose plainte pour disparition inquiétante.

Pendant plusieurs semaines, Lagdar M. joue le rôle du mari éperdu. Il appelle les hôpitaux. Il se rend dans une braderie où son épouse avait ses habitudes. Il contacte les proches. Il lance des appels sur les réseaux sociaux. Il va plus loin encore, selon la journaliste Charlotte Le Sche, interrogée par BFMTV : il contacte les rédactions, dont BFM TV, pour médiatiser la disparition de sa femme.

Il l'avait déjà tuée.

Les données téléphoniques, selon la source, établissent qu'il appelle Ascia à plusieurs reprises après sa mort. Il envoie des SMS aux proches. Il se dit dévasté, sous le choc. Il affirme vouloir comprendre ce qui est arrivé à sa femme.

Quand le corps est identifié, il s'effondre en larmes.

La découverte des jardiniers

Le 13 novembre 2023, deux jardiniers municipaux interviennent au parc des Buttes-Chaumont, dans le 19e arrondissement de Paris. C'est un parc très fréquenté. Dans un entrepôt à ciel ouvert fermé au public, ils découvrent un sac poubelle noir. L'un d'eux tente de le soulever. La poignée cède sous le poids. Une déchirure laisse apparaître un morceau de jean.

Les jardiniers avertissent la police municipale. À l'intérieur du sac, les agents découvrent une partie de corps humain.

Une enquête pour assassinat est ouverte. Les investigations commencent immédiatement. Sur place, plusieurs éléments sont relevés, dont une paire de gants noirs. Très vite, une première hypothèse se dessine : le sac a été jeté ou glissé depuis l'extérieur de l'entrepôt.

Les recherches se poursuivent dès le lendemain. Elles permettent de retrouver deux autres sacs contenant plusieurs morceaux humains. Les vêtements permettent d'établir qu'il s'agit d'une seule et même personne.

Les policiers établissent rapidement un lien avec une disparition inquiétante — celle d'Ascia.

Les analyses génétiques confirment l'identité de la victime. L'enquête prend alors une autre tournure.

Les images de vidéosurveillance

Les enquêteurs s'intéressent au cercle proche de la victime. Et donc à l'emploi du temps de son mari.

Les images de vidéosurveillance, selon BFMTV, révèlent que Lagdar M. se rend le 2 février dans un magasin de bricolage avant de rentrer chez lui. Il en ressort quelques heures plus tard avec un cabas à roulettes visiblement chargé. Il prend alors un métro, puis un bus en direction des Buttes-Chaumont. Il effectue le même trajet une seconde fois dans l'après-midi, toujours avec le même cabas.

Ascia apparaît pour la dernière fois sur les images de vidéosurveillance le 27 janvier, en train de rentrer à son domicile. On sait aussi, selon la source, qu'elle a parlé au téléphone avec son frère deux jours plus tard, le 29 janvier.

Les proches sont interrogés. Sa tante rapporte les propos d'Ascia tenus au détour d'une conversation. Elle lui disait qu'elle allait mourir, sans donner plus de détails.

Une amie proche d'Ascia décrit un tout autre contexte que celui présenté par le mari. Elle évoque de fortes tensions financières au sein du couple. Pour elle, il est impossible qu'Ascia mène une double vie.

Les aveux partiels

Dix jours après la découverte des sacs poubelles, Lagdar M. est placé en garde à vue. Après avoir nié les faits, il finit par faire des aveux partiels, selon BFMTV.

Il admet avoir tué son épouse lors d'une dispute liée à leurs dettes, en l'étranglant. Il affirme cependant n'avoir jamais eu l'intention de la tuer. Selon son récit, une dispute éclate au sujet de leurs dettes le 30 janvier. Lors de cette dispute, il dit avoir découvert une importante somme d'argent dans le sac de son épouse. Une altercation aurait alors éclaté. C'est à cet instant qu'il dit l'avoir étranglée sans vouloir la tuer.

Dans les jours qui suivent, il démembre le corps de son épouse, puis le disperse dans plusieurs sacs poubelles aux Buttes-Chaumont. Sur ses indications, les enquêteurs découvrent un dernier sac poubelle abandonné dans une friche industrielle à Bobigny.

Lagdar M. est mis en examen pour meurtre par conjoint.

Aucune anomalie mentale n'a été mise en évidence chez le suspect, selon les expertises psychiatriques. Il ne présente pas d'état dangereux au sens psychiatrique du terme, d'après la source.

Son procès s'ouvre ce lundi 6 juillet devant la cour d'assises de Paris. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il reste à ce stade présumé innocent.

Pourquoi certains auteurs participent-ils aux recherches ?

C'est la question que pose ce procès. Un phénomène troublant, documenté par les enquêteurs, et que le psychocriminologue Florian Gaterias, directeur de S3P, analyse dans le podcast de BFMTV.

Deux grandes raisons, selon lui.

La première est utilitaire. Une protection personnelle. L'individu se dit que s'il ne fait rien, les soupçons vont se tourner contre lui. Son inertie ne ferait qu'accumuler et flécher sa culpabilité. « Ce qui n'est pas nécessairement vrai, précise le spécialiste, puisque des compagnons, des maris ont pu réellement vivre la mort de leur conjoint et être sous l'effet de la sidération, et donc ne pas réagir. Mais quelqu'un qui, de cette façon-là, se met à montrer qu'il est participant, c'est d'abord pour rentrer dans la masse, pour ne pas faire émerger une éventuelle suspicion ou culpabilité de sa part. »

La seconde raison est plus complexe. Elle relève d'une forme de toute-puissance. L'acte commis donne une certaine force à l'auteur, tant qu'elle n'est pas dévoilée. Florian Gaterias compare ce comportement à celui des pompiers pyromanes qui regardent le feu avec fascination. « Ce genre d'individu peut regarder les recherches qui sont finalement causées par ses propres actes pour pouvoir exister, pour pouvoir montrer — et se montrer à eux-mêmes en premier — qu'ils sont particulièrement invulnérables par rapport aux recherches qu'on peut faire sur eux. »

Consciemment, selon le psychocriminologue, c'est la première cause qui domine. « J'ai connu un certain nombre de criminels qui restent présents sur les lieux de leur crime pour voir un peu l'agitation qu'il peut y avoir. Mais consciemment, ils sont présents essentiellement pour pouvoir se dire que les recherches ne se focalisent pas sur eux. »

La mise en scène médiatique

Le cas de Lagdar M. pousse le phénomène plus loin. Il ne se contente pas de participer aux recherches. Il contacte les rédactions. Il médiatise la disparition. Il lance des appels sur les réseaux sociaux.

Florian Gaterias évoque l'affaire Jonathan Daval, où le mari avait carrément mis en scène sa peine devant les médias, pleurant, serrant dans ses bras les parents de sa compagne décédée. « Que faire quand tout le monde a le regard posé sur vous et que votre compagne a disparu de façon tragique ? Il faut extérioriser quelque chose. Certains gardent un comportement réservé, mais généralement ils considèrent que ça n'est pas suffisant pour pouvoir se dégager de cette suspicion. »

Comment distinguer une émotion sincère d'une mise en scène ? Ce n'est pas toujours évident, répond le spécialiste. Il faut un ensemble de réactions, examiner le discours de la personne, la façon dont il évolue dans le temps, dans les procès-verbaux de police. « Il faut comparer la différence de détail. Contrairement à ce qu'on peut croire, un individu qui ment a tendance à rester sur une histoire figée pour essayer de ne pas se recouper. À l'inverse, quelqu'un qui veut dire la vérité aura tendance à faire appel à sa mémoire et à rajouter des choses supplémentaires. »

Un signal, pas un indice

Pour les enquêteurs, ce comportement est un signal, mais pas un indice en soi. « Il faut pouvoir l'interpréter, et il ne s'interprète pas à lui tout seul, explique Florian Gaterias. Il faut que ça rentre dans un contexte beaucoup plus général. »

Les enterrements sont une bonne scène d'observation, selon le psychocriminologue. C'est la raison pour laquelle de nombreux enquêteurs sont dépêchés à ces moments-là.

Certains accusés, à force de mentir, finissent-ils par croire à leur propre récit ? « Il y a toujours une part consciente où ils savent qu'ils ont menti, répond le spécialiste. Néanmoins, ils savent qu'il faut verrouiller leur histoire pour ne pas craquer, pour ne rien dévoiler. Donc ils s'enferment eux-mêmes dans leur propre histoire, mais on ne peut pas dire qu'ils y croient totalement. »

Le déclic, ce qui fait craquer le mensonge, c'est souvent la preuve scientifique : l'ADN, les données téléphoniques, la vidéosurveillance. « Si c'est une personnalité qui n'est pas dans l'habitude du crime, pour lequel ce qui vient de se passer est difficile à gérer, à supporter, et qui a pu créer de la culpabilité, à ce moment-là, c'est plutôt une sorte de malaise qui lui fera se soulager en avouant ce qui s'est passé. »

Ce que ça dit de la France

Ce procès, qui s'ouvre ce lundi, interroge la capacité des enquêteurs et de la société à détecter ces comportements. Le phénomène n'est pas nouveau. Des affaires médiatisées — Jonathan Daval, Fiona, et aujourd'hui Lagdar M. — montrent une constante : certains auteurs de féminicides s'investissent dans les recherches de leurs victimes, parfois avec une énergie qui force l'admiration de l'entourage.

C'est un biais comportemental que les enquêteurs doivent intégrer. Un signal d'alarme qui, seul, ne prouve rien, mais qui, combiné à d'autres éléments, peut orienter les investigations.

Selon les données du ministère de l'Intérieur, 450 100 victimes de violences physiques ont été enregistrées par les services de police et de gendarmerie nationales en 2024, soit une stabilité par rapport à l'année précédente (+1 %). Les féminicides restent une plaie profonde de la société française.

Le procès de Lagdar M. devant la cour d'assises de Paris devra déterminer sa culpabilité. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il reste présumé innocent.

Mais au-delà du cas individuel, c'est tout un mécanisme psychologique qui sera examiné à la barre. Comment un homme peut-il pleurer celle qu'il a tuée ? Comment peut-il la chercher alors qu'il sait où elle est ? Comment peut-il contacter les médias pour médiatiser une disparition dont il est l'auteur ?

Autant de questions que les jurés devront trancher.

L'affaire, qui n'est documentée à ce stade que par la seule source BFMTV, mérite une attention particulière. Les informations présentées ici sont attribuées à ce média et n'ont pas été corroborées par d'autres sources indépendantes. Le Dossier suivra l'évolution du procès et publiera des mises à jour dès que de nouvelles informations seront disponibles.

Sources :

  • BFMTV, podcast Affaires suivantes — « Féminicides : pourquoi certains auteurs participent-ils eux-mêmes aux recherches de leur victime ? » (YouTube)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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