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Faits diversÉpisode 2/1

Affaire Lysiane Freigne : son compagnon condamné à 30 ans pour assassinat sans corps sur l'île d'Oléron

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-18
Illustration: Affaire Lysiane Freigne : son compagnon condamné à 30 ans pour assassinat sans corps sur l'île d'Oléron
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L'effacement

L'île d'Oléron, en Charente-Maritime. 13 octobre 2015. La frénésie estivale s'est éteinte. Le calme semble revenu. En apparence seulement.

Ce matin-là, à Saint-Georges-d'Oléron, Dominique Saubois, le patron de la boulangerie, doit faire face à un imprévu. Lysiane Freigne, sa vendeuse, n'a pas ouvert le magasin. Une personne méticuleuse, selon Canal Crime, qui relate les témoignages recueillis lors de l'enquête. « Même pour cinq minutes de retard, elle m'appelait », confie-t-il. Alors il s'inquiète. Il se rend à son domicile. La porte est entre-ouverte. Il monte à l'étage. Personne.

La voiture de Lysiane est là. Son téléphone ne répond plus. Il a cessé d'émettre le dimanche soir, vers 19h30. Le lundi, la boulangerie est fermée — c'est normal. Mais le lundi, Lysiane va toujours à la salle de sport. Pas ce lundi-là.

C'est le point de bascule.

Les gendarmes sont alertés. Une enquête pour disparition inquiétante est ouverte. Les recherches sont massives : hélicoptères survolent les marais salants, les étangs sont sondés, les zones boisées battues par des élèves gendarmes réquisitionnés. L'île fait 174 km². « C'est chercher une aiguille dans une botte de foin », résume une source proche de l'enquête, citée par Canal Crime.

Rien. Lysiane Freigne reste introuvable.

La femme libre

Lysiane Freigne, 54 ans, est une figure locale. Originaire de la région de Marennes, fille de maçon et d'ostréicultrice, elle a travaillé dur. Avec Dominique Saubois, son mari pendant dix-huit ans, elle a tenu un restaurant sur le front de mer de La Cotinière. « C'était quelqu'un qui travaillait énormément », témoigne son ex-mari. « Elle avait beaucoup d'amis. »

Le couple divorce en 2009. Lysiane encaisse le coup. Elle reprend une crêperie, mais dépose le bilan en 2014. « Elle était trop seule dans cette entreprise », explique Dominique Saubois. Elle déprime, mais remonte la pente. Dominique l'embauche comme vendeuse dans sa boulangerie. « Ça l'avait remise sur les rails », dit-il.

Et puis une bonne nouvelle : son fils Jordan attend un enfant. Lysiane apprend qu'elle va être grand-mère début 2015. « Elle était folle de joie », raconte Jordan. « La petite fille n'était même pas née, elle avait déjà mis le siège auto dans la voiture. »

Triste ironie : l'enfant naîtra le lendemain de sa disparition.

Le bouquiniste et le trophée

C'est à cette période que Lysiane rencontre Guilain Fricot. Lui a 62 ans. Il est bouquiniste sur les marchés de l'île. Il vend des livres d'occasion, des journaux anciens. Leurs stands se font face. Ils se séduisent. Une aventure commence.

Pour Guilain Fricot, c'est bien plus qu'une aventure. « Il a enfin trouvé quelqu'un qui le valorise au niveau narcissique », analyse un témoin cité par Canal Crime. « Elle est belle, elle est intelligente, elle est douce, elle est aimée et reconnue dans l'île d'Oléron. Il est fier d'être avec cette femme. »

Un mot revient dans les témoignages : trophée. Une photo parue dans la presse le montre la tenant par le visage. « On a un peu l'impression qu'il l'expose, qu'il la met devant, un peu comme si elle lui appartenait », commente un proche.

Mais Lysiane, elle, ne semble pas aussi investie. « Pour Lysiane, c'est une histoire sans lendemain, pas une histoire d'amour », tranche une source. Ils ne vivent pas ensemble. Ils ne se voient que deux jours par semaine. Elle ne le présente pas à sa famille. Seule sa sœur Nathalie est au courant.

« Elle m'a dit : "Tiens, j'ai trouvé quelqu'un." J'écoute, si t'es bien, j'y peux importe, qu'il soit un peu plus âgé que toi. Le principal, c'est que tu sois bien », rapporte Nathalie.

Jordan, le fils, croise Guilain Fricot une fois par hasard chez sa mère. Elle le présente comme « un ami », pas comme son compagnon.

Huit jours avant sa disparition, Lysiane confie à Dominique Saubois : « Ça va pas, je supporte pas, voilà, qu'il m'épie comme il le fait, il est toujours derrière moi. »

Le sang et la cavale

Le dimanche 12 octobre 2015, Guilain Fricot rend visite à Lysiane. C'est la dernière fois qu'on la voit vivante. Le soir, son téléphone cesse d'émettre.

Le mardi, les gendarmes convoquent le bouquiniste. L'audition dure près de trois heures. Il reconnaît avoir vu Lysiane, jure qu'elle était vivante quand il est parti. Rien de plus.

Puis il s'enfuit.

« Il rentre en panique. Il va fuir », raconte une source. Il quitte l'île d'Oléron au volant de son fourgon. Il éteint son téléphone. Il ne paye qu'en espèces. Il évite les hôtels. Il vend son véhicule utilitaire. Il erre pendant douze à quinze jours.

Les gendarmes le retrouvent dans un camp de gens du voyage en région parisienne.

Entre-temps, la perquisition de son mobil-home a livré son lot de découvertes. Une corde de huit mètres, avec des traces brunâtres. Du sang humain. Celui de Lysiane, confirment les analyses ADN. Au sol du mobil-home, d'autres traces de sang de Lysiane. Essuyées. Et un jean appartenant à Guilain Fricot, lavé, mais qui porte encore des taches de sang — mélange de son propre sang et de celui de Lysiane.

L'homme a une explication : Lysiane aurait perdu du sang, il aurait utilisé son jean pour essuyer le sol. Il jure que c'est arrivé la veille de la disparition, et qu'elle est repartie chez elle.

La chaux et le ciment

Dans le fourgon du suspect, les enquêteurs trouvent un ticket de caisse. Date : 9 octobre 2015. Soit deux jours et demi avant la disparition. Achat : soixante-quinze kilos d'un mélange de chaux vive et de ciment. Payé en espèces. Dans un magasin de bricolage situé hors de l'île d'Oléron.

Pourquoi aller chercher ces matériaux ailleurs, alors qu'on en trouve sur l'île ? Pourquoi payer en espèces ? La chaux vive, rappellent les enquêteurs cités par Canal Crime, couvre les odeurs de putréfaction. Le ciment peut servir à sceller une tombe.

Guilain Fricot nie. Il affirme avoir acheté ces matériaux pour faire des travaux chez un couple, entre l'île d'Oléron et Saintes. Mais il refuse de donner leur identité. « Je ne veux pas que ces gens-là soient inquiétés », dit-il.

« N'importe qui aujourd'hui, il a un élément comme ça à décharge contre lui, il l'utilise », commente un enquêteur. « Ça l'enfonce et ça prouve bien que c'est lui. »

Les squelettes dans la tête

Incarcéré à la prison de Rochefort, Guilain Fricot est soumis à une expertise psychologique. La psychologue lui fait passer le test de Rorschach — ces planches d'encre abstraites que le patient doit interpréter.

Les réponses sont glaçantes.

Planche 1 : « Un squelette, une colonne vertébrale. » Planche 2 : « Une vertèbre. » Planche 3 : « Deux êtres humains se regardent, deux squelettes qui… » Il ne finit pas sa phrase.

« Ça signe des ruminations mentales mortifères », analyse l'experte, citée par Canal Crime. « On ne peut que penser à ce moment-là à Lysiane et à un corps. On a le sentiment qu'il est hanté. »

La psychologue tente un coup de poker. Elle suggère à Guilain Fricot que le meurtre a pu être un accident, une dispute qui a dégénéré. « Vous l'avez poussée », dit-elle. Il hésite. Puis il se referme. Il ne passe jamais aux aveux.

Mais il parle à un co-détenu. Une phrase qui glace : « Si j'avais tué quelqu'un, je ferais disparaître son corps dans un cimetière. C'est bien là où on n'irait pas le chercher. »

Le juge d'instruction ordonne la fouille de tous les cimetières de l'île d'Oléron. Trois caveaux retiennent l'attention — des joints refaits de façon inhabituelle. Les recherches sont négatives.

Le corps de Lysiane Freigne reste introuvable.

Le procès sans corps

17 octobre 2018. Tribunal de Saintes. La cour d'assises de Charente-Maritime juge Guilain Fricot pour assassinat. Il risque trente ans de réclusion criminelle.

Dans la salle, les proches de Lysiane attendent. Ses parents âgés. Ses enfants. Jordan, le fils, a déposé une photo de sa mère sur le bureau des jurés. « Il y a toujours trois questions : pourquoi, comment et où ? » résume un proche. « Pourquoi ? On le sait. Fricot n'a pas accepté une rupture. Comment ? On ne le sait pas. Et je dirais qu'aujourd'hui pour la famille, c'est pas l'essentiel. C'est où ? Où est Lysiane ? »

La corde tachée de sang est montrée aux jurés. L'achat de chaux et de ciment est débattu. Guilain Fricot répète qu'il devait faire des travaux chez des amis, sans donner leurs noms. Il nie tout en bloc.

Jordan est appelé à la barre. Il est assis à un mètre de l'accusé. « Je lui ai demandé : "Où est-ce qu'il avait mis ma mère ?' Il répond que c'est pas lui, il sait pas, voilà. Il arrêtait pas de dire 'je ne sais pas'. »"

« Quelqu'un l'a hurlé dans la salle d'audience, mais il parle », raconte Jordan. « Rien, même pas une réaction humaine. Pour moi c'est un monstre. »

L'avocat de la défense plaide l'acquittement. Son argument : le corps n'a pas été retrouvé. « Ça veut dire qu'elle n'est peut-être pas morte », avance-t-il.

Les jurés ne le suivent pas. Après trois jours d'audience, Guilain Fricot est condamné à trente ans de réclusion criminelle. La préméditation n'est pas retenue — pas de peine de sûreté. Mais le message est clair : « Nous sommes convaincus que vous l'avez tuée et nous vous donnons trente ans parce que vous ne dites pas où est le corps », résume un observateur.

Pour la famille, c'est un soulagement amer. « Au moins, on nous a crus », dit Jordan. « Mais on ne me rendra jamais ma mère. Et je pourrai jamais aller me recueillir. »

« C'est pas sa condamnation que vous venez chercher, c'est notre vie », ajoute un proche. « S'il nous dit jamais ce qu'il en a fait, il le dira jamais. Pour nous, on est frustrés. On n'aura jamais la paix. On fera jamais notre deuil. Jamais. »

Guilain Fricot fait immédiatement appel. Il est présumé innocent jusqu'à la décision définitive.

Ce que ça dit de la France

Cette affaire pose une question qui dépasse le simple fait divers. Comment la justice condamne-t-elle un homme pour meurtre sans corps ? La réponse tient en trois mots : les preuves matérielles.

Le sang de Lysiane sur la corde, sur le sol du mobil-home, sur le jean lavé. L'achat de chaux vive et de ciment, deux jours avant la disparition. La cavale. Les confidences au co-détenu. Le test de Rorschach. Autant d'éléments qui, pris séparément, pourraient être expliqués. Ensemble, ils forment un faisceau irréfutable.

Mais l'absence de corps laisse un vide. Pour la famille, c'est une torture sans fin. Pour la défense, c'est une faille. Pour la justice, c'est un défi. Les affaires de disparition sans cadavre sont rares en France. Elles obligent les jurés à se fier à des indices, à des recoupements, à des expertises. Elles testent les limites du système judiciaire. Et elles rappellent une vérité brutale : parfois, le crime parfait n'existe pas. Mais la justice, elle, doit exister.

Le corps de Lysiane Freigne n'a jamais été retrouvé. Guilain Fricot n'a jamais avoué. Le dossier est loin d'être clos.

Sources :

  • Canal Crime (YouTube) : « Obsédé par son ex, il aurait commis le crime parfait ? »
  • Discovery Investigation France (YouTube) : « L'affaire Dee Warner : Le Crime Parfait ? Crime à la une »

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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