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France, nouveau paradis des fonds prédateurs : l'Assemblée nationale sonne l'alarme

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-15
Illustration: France, nouveau paradis des fonds prédateurs : l'Assemblée nationale sonne l'alarme
© Illustration Le Dossier (IA)

L'affaire commence ici. Une mainmise silencieuse, mais qui n'a plus rien de discrète. Des centaines d'entreprises passées sous le contrôle de fonds d'investissement — souvent étrangers, parfois français — et systématiquement gavées de dettes. Le rapport parlementaire, dont Mediapart a obtenu la teneur, ne mâche pas ses mots : il dénonce des « soutiens aveugles » à une « nouvelle finance prédatrice ».

Un réquisitoire signé par l'Assemblée

Ce n'est pas une simple alerte d'ONG. C'est une enquête de l'Assemblée nationale elle-même. Le résultat ? Un réquisitoire contre la complicité des autorités françaises. « La France est devenue le sanctuaire européen des fonds de capital-investissement », selon le journaliste Matthias Thépot dans son article pour Mediapart, publié ce matin.

Le rapport pointe une double réalité. D'un côté, une régulation quasi inexistante — contrairement aux banques, ces fonds échappent à la plupart des contrôles prudentiels. De l'autre, une générosité publique sans limite : crédits d'impôt, exonérations, aides directes. Tout est fait pour attirer ces géants.

Des fonds omniprésents

Industrie, santé, éducation, prêt-à-porter, loisirs : aucun secteur n'est épargné. Les grands groupes de capital-investissement — EQT, Apollo Global Management, KKR & Co., CVC Capital Partners, CDR, BC Partners — se sont taillé une part de lion dans l'économie française. Mais ils ne sont pas seuls. Des fonds tricolores, comme Ardian, PAI Partners ou Tikehau Capital, jouent aussi leur partition.

Selon le rapport, ces acteurs « reprennent des entreprises par centaines » et les endettent « plus que de mesure ». Le mécanisme est connu : le fonds achète une société avec un minimum de fonds propres, le reste est emprunté sur le dos de la cible. Les dividendes sont versés aux actionnaires. L'entreprise, elle, croule sous les intérêts. Si elle fait faillite, le fonds s'en va. Pas de perte.

L'État complice ?

Le cœur du scandale, selon l'enquête parlementaire, est le rôle de l'État. Loin de freiner ces appétits, les pouvoirs publics les auraient encouragés. « Soutiens aveugles », écrit le rapport. Comment ? Par des dispositifs fiscaux avantageux, des garanties publiques, et une absence totale de garde-fous. « La France est devenue un paradis de la finance non régulée en Europe », confirme Mediapart.

« Ils ont envahi notre économie »

Le constat dépasse le simple rapport technique. Des associations, des syndicats et des économistes tirent la sonnette d'alarme depuis des années. L'Assemblée nationale leur donne aujourd'hui une tribune officielle.

Une impunité réglementaire

Pourquoi la France attire-t-elle autant ? Parce que, contrairement à d'autres pays européens, elle n'a pas encadré le capital-investissement. Les banques sont surveillées par la Banque Centrale Européenne. Les fonds, eux, échappent à toute supervision macroprudentielle. Pas de limite d'endettement. Pas de contrôle des ratios. Pas d'obligation de transparence sur les montages.

Le rapport de l'Assemblée nationale demande un changement radical. Une régulation spécifique, un plafonnement de l'effet de levier, une transparence sur les frais. Les propositions sont sur la table.

La réponse des fonds

Contactés par Mediapart, plusieurs fonds — EQT, Ardian, Tikehau — n'ont pas souhaité commenter. D'autres, comme KKR, ont renvoyé vers des communiqués génériques vantant leur rôle dans le financement de l'économie. « Nous créons de l'emploi et de la croissance », affirment-ils. Le rapport, lui, cite des cas où les effectifs ont fondu après le passage d'un fonds.

La contradiction est frontale. D'un côté, des discours lisses et des campagnes de relations publiques. De l'autre, des faits vérifiés par une enquête parlementaire.

Un tournant politique ?

Ce rapport tombe dans un contexte où le débat sur la financiarisation de l'économie s'intensifie.

La balle est dans le camp du gouvernement. Va-t-il suivre les recommandations de l'Assemblée ? Ou continuer à fermer les yeux ?

En attendant, le rapport est public. Les noms sont connus. Les faits sont établis.

Sources : Mediapart (article de Matthias Thépot, 15 juin 2026), Rapport d'enquête de l'Assemblée nationale (non publié in extenso, cité par Mediapart).

📰Source :youtube.com

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