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SociétéÉpisode 6/10

Colocation forcée : 44% des actifs en CDI dormiront chez des inconnus en 2026

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-08
Illustration: Colocation forcée : 44% des actifs en CDI dormiront chez des inconnus en 2026
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2000€ par mois, quatre colocataires, une régression

La cigale et la fourmi. Adrien récite la fable à sa mère. Il a 9 ans. La leçon de morale — travaille, économise, tu seras récompensé — sonne creux dans ce salon où vivent cinq adultes et un enfant.

Sabine est guide dans un musée parisien. CDI. 2000€ net. Pas de dettes. Mais depuis cinq ans, elle loue quatre chambres de sa maison à des inconnus. Julie, fonctionnaire. Élise, artiste. Basti, étudiant allemand. Et d'autres — une vingtaine défilée.

Pourquoi ? Parce qu'avec son salaire, impossible de trouver un deux-pièces pour elle et son fils.

« Moi, je pense que j'aurais jamais vécu en colocation si j'avais pas été obligé », avoue-t-elle. « Pas facile de dire qu'à 40 ans, on habite en colocation. C'était pas le plan de match. »

Alors, les chiffres. En France métropolitaine, les loyers ont grimpé de 32% en vingt ans (INSEE). Pas plus que l'inflation, disent les stats. Mais le vrai problème ? L'écart entre les salaires et les dépôts de garantie — entre les CDI et les critères des agences.

La chambre d'Adrien ? C'était une salle de jeux. « Quand mon père habitait encore là, je dormais dans la chambre de Léa », raconte le garçon. « Au début, je comprenais pas trop pourquoi ma mère a choisi ça. » Il a appris. Il accepte. Il dit : « Si ma mère elle a choisi ça, c'est que c'est bien. »

C'est ça, la dignité des enfants de la crise. Ils justifient l'injustifiable.

9m² pour 540€ : le coach sportif logé chez un retraité

Ellie a 21 ans. Il vient du Gers. Coach sportif. CDI à 1450€ net. Il a débarqué à Paris il y a sept mois.

Les annonces ? « 750€ pour des tout petits logements », résume-t-il. Il a trouvé une chambre. 9m². Chez Pierre, 68 ans, retraité. 540€ par mois.

« C'est tout ce que je peux avoir pour ce prix-là », dit Ellie. « Mais ça fait un petit choc. »

Un petit choc. Un euphémisme. Sa chambre ? Un cagibi où il stocke ses vêtements sous le lit et sa nourriture dans des boîtes — parce qu'« il y a beaucoup de passages » et qu'on lui a déjà « taxé » ses affaires.

Pierre, lui, dort dans le salon. Sur un canapé qu'il ne déplie plus. Sa chambre ? « Derrière le rideau », entre les deux chambres qu'il loue. Il n'a pas de porte. « 10 m² dans lesquels 30 ans de vie se tassent du sol au plafond. »

Pierre touche 450€ de retraite. Sans ces locations, il coule.

« Je suis obligé », dit-il. « Il y a toujours du monde chez vous ? Ouais. »

L'appartement fait 52m². Certains matins, on se marche dessus. Plus d'eau chaude après trois douches. Mais Pierre sourit : Ellie lui offre des séances d'assouplissement.

C'est ça, la France de 2026. Un retraité héberge un coach sportif qui ne peut pas se loger seul. La solidarité remplace la politique.

Aide-soignante à 1700€ : la chasse au deux-pièces impossible

Mathilde, aide-soignante à Strasbourg, gagne 1700€ net. CDI. Depuis un an, elle cherche un appartement. Un deux-pièces. Rien.

— 33% du salaire, expliquent les agences. 580€ max, charges comprises. Un deux-pièces à Strasbourg ? 620€ pour 34m² sombres et défraîchis. Et encore — il faut un garant.

« Si j'avais eu 20 ans, peut-être », souffle Mathilde. « Mais à 40 ans, ce serait cool d'avoir un peu plus. »

Elle a fait une demande de logement social. Sans enfant, elle n'est pas prioritaire. Elle soigne les autres depuis neuf ans. Et ne peut pas se loger seule.

« C'est très difficile », dit-elle, la voix serrée. « C'est pas un retour en arrière, c'est une colère, une révolte intérieure. »

Elle loue une chambre dans un 100m² en rez-de-chaussée. Avec des étudiantes de 20 ans. « On n'a pas la même génération », constate-t-elle. Elle mange seule dans sa chambre.

« Je comprends pas comment en quelques années on en est arrivé là. »

Séparés mais cohabitants : l'absurde quotidien des couples sans logement

Roman ne montre pas son visage. Trop honteux, trop douloureux.

Artiste plasticienne, elle s'est séparée de son compagnon il y a six mois. Deux enfants, 6 et 8 ans. Un logement social — quatre pièces, 1400€. Une aubaine.

Mais impossible d'assumer deux loyers. Alors ils cohabitent. Séparés.

« On avait pas les moyens d'avoir deux appartements qui puissent accueillir les enfants », explique Roman. « Le seul moyen, ça a été la cohabitation. »

Ils dorment en alternance dans la chambre principale. L'autre déplie le canapé. Ils font attention à la pudeur. « On sait quand l'un prend la douche, l'autre n'y va pas. »

Ils consultent une médiatrice sociale — pour que ça n'explose pas.

« Faire le deuil d'une relation alors que l'autre est là à côté de soi, c'est pas simple », admet Roman. « On vit confortablement dans une contrainte qui est énorme. »

Et ce n'est pas temporaire. Ils se projettent sur plusieurs années.

C'est ça, la liberté des séparés

📰Source :youtube.com

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