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JusticeÉpisode 94/48

PSG : une étudiante belge perd un œil après un tir de LBD

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-25
Illustration: PSG : une étudiante belge perd un œil après un tir de LBD
© YouTube

Sarah ne reverra jamais plus avec son œil gauche. La zone centrale — celle qui permet de lire, de reconnaître un visage — est devenue un trou noir. « Toute ma vue centrée de mon œil gauche ne reviendra pas », dit-elle, la voix encore tremblante, dans le témoignage exclusif recueilli par Blast. Elle traversait un passage piéton, sans histoire. Une demi-seconde plus tard, elle était au sol, le sang giclant de son œil.

Elle venait fêter une victoire. Elle a perdu un œil.

Le 30 mai, Paris vibre. Le PSG vient de remporter un titre. Sarah et une amie font deux heures de route depuis Bruxelles. « On savait qu'il y aurait du monde. On avait envie d'aller s'amuser », raconte-t-elle. La soirée est joyeuse. Jusqu'à 1h du matin. Des tensions commencent à monter dans le secteur où elles se trouvent. Elles décident de rentrer vers leur voiture, garée près de Châtelet.

Elles traversent un passage piéton. Rien d'anormal. Puis une détonation, une douleur fulgurante. « Je me suis retrouvée au sol sans comprendre pourquoi ni comment. Quand j'ai regardé mes mains, j'avais juste du sang partout. » Trois inconnus accourent. L'un d'eux crie : « Elle est aveugle, c'est sûr. » Son ami tente de la relever. Elle voit son propre sang sur sa poitrine, son cou. Les témoins interpellent la police. Les agents s'arrêtent. Ils ne l'aident pas. Ils tendent un bandage et un spray à son ami. « Ils ont demandé eux à la police de s'arrêter. La police s'est arrêtée. Elle a donné un pansement. » Ce sont les témoins et son ami qui appelleront les pompiers.

Sept points de suture, une macula morte

À l'hôpital Cochin, les médecins découvrent l'ampleur des dégâts. « J'avais un œdème de Berlin. Mon œil était complètement fermé. Dès qu'on essayait de l'ouvrir, il y avait du sang qui giclait. » Résultat : sept points de suture, une paupière extérieure déchirée, le dessous de l'œil également. Mais le plus grave est interne. La macula — cette zone centrale de la rétine qui capte les détails fins — est touchée. Les tissus nerveux sont détruits. La médecine ne peut pas les réparer. « Malheureusement quand c'est détruit, c'est juste détruit. » Sarah perd définitivement la vision centrale de l'œil gauche. « Si je regarde d'un œil, j'ai un trou noir au centre. Le contour est coloré mais flou. Autant ne pas voir. »

Le médecin de Cochin, sidéré, confie à Sarah n'avoir « jamais vu autant de cas touchés au niveau du visage, des yeux plus précisément ». Il dit que les hôpitaux de Paris étaient « remplis » de blessés similaires cette nuit-là. — Et ce n'est pas rien. Un adolescent de 13 ans, blessé à l'œil par un tir de LBD à Bobigny le même soir, a également été signalé par Ouest-France.

Quatre jeunes, quatre yeux perdus

Sarah n'est pas un cas isolé. « À ce stade, nous avons connaissance d'au moins quatre cas de jeunes ayant perdu la vue à la suite d'un tir policier lors des festivités liées à la victoire du PSG », explique le journaliste de Blast. Raphaël, 18 ans, a perdu un œil en demi-finale. Jordan, 26 ans, a témoigné pour Mediapart. Daoua, 13 ans, a lui aussi définitivement perdu un œil. Quatre victimes. Quatre trajectoires brisées. Un point commun : le LBD.

Voilà. Le médecin de Cochin n'avait jamais vu autant de blessures oculaires en une seule soirée. « Il était subjugué, il comprenait pas », dit Sarah. Les services d'urgence parisiens ont été submergés par ces cas. Pourtant, aucun responsable politique n'a, selon Blast, dénoncé publiquement ces violences policières.

« Un crime » pour l'avocat

Sarah a pris un avocat. Il a déposé une plainte auprès du procureur de la République et de l'IGPN pour « violence volontaire avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entraîné une infirmité permanente » et pour « non-assistance à personne en danger ». La première infraction est un crime. « Donc on est dans cette situation absolument terrible d'une jeune femme qui se dit 'Je vais aller dans une belle ville pour un événement joyeux' et qui rentre chez elle en ayant perdu la vue à un œil », déclare son avocat. Il insiste : « Cela est profondément choquant, inacceptable. » Il attend que la justice identifie le policier qui a tiré, et que les responsabilités soient établies.

L'avocat pointe aussi l'absence d'assistance. Les policiers ont donné un bandage, mais n'ont pas appelé les secours. Ce sont des témoins qui l'ont fait. « Ils n'ont pas porté assistance immédiate », souligne-t-il.

Le député Bilongo interpelle le ministre

Carlos Bilongo, député du Val-d'Oise, a écrit au ministre de l'Intérieur Laurent Lunez après le cas de Raphaël. Il dénonce des choix politiques. « Pour qu'un policier tire, c'est qu'on lui a donné l'ordre de tirer. Et pour que le tir soit tendu, c'est que la personne qui a voulu tirer a visé son œil, son visage », martèle-t-il. Il voit dans ces blessures un signal alarmant : « Ça veut dire que les jeunes du Val-d'Oise doivent rester dans le Val-d'Oise et n'ont pas le droit d'aller sur Paris. Je refuse ça. » Il ajoute que Raphaël voulait devenir footballeur professionnel. « Toute sa vie aujourd'hui est gâchée. »

LBD : une arme « dangereuse en elle-même » ?

Le journaliste de Blast est catégorique : « Cette arme est dangereuse, en elle-même. Il ne peut pas y avoir un bon usage du LBD. » Il rappelle que la police et sa hiérarchie, ainsi que le ministre de l'Intérieur, ne peuvent ignorer — après dix ans d'usages controversés — que le LBD peut « conduire à des préjudices extrêmement graves ». Il réclame son interdiction pure et simple. « Quoi qu'il arrive, on se retrouve avec des policiers qui touchent des gens au visage. »

Sarah, elle, ne comprend toujours pas. « Pourquoi sur ce moment-là, il a pensé que j'aurais pu être un danger ? » se demande-t-elle. « Je suis une bonne personne, je fais toujours les choses bien. Je pense vraiment pas avoir mérité ça. » Elle se sent prête à se battre « pendant des années », pour elle et pour les autres. « Le fait que ce soit aussi fréquent... le médecin m'a dit que jamais il avait vu autant de cas. »

Un long combat judiciaire en perspective

Pour Sarah comme pour Raphaël, Jordan, Daoua, un long chemin commence. Celui d'une vie à réapprendre — lire sans vision centrale, éviter les chocs, supporter les migraines quand elle étudie. Sarah est en période d'examens : « Je suis incapable d'étudier comme je le faisais il y a un mois et demi. » Elle a des crises de panique, ne peut plus se regarder dans un miroir. « Je me rends compte à quel point c'était important d'avoir mes deux yeux. »

Son avocat attend de l'IGPN qu'elle « fasse toute la lumière ». Le ministre de l'Intérieur n'a pas, à ce jour, répondu publiquement aux interpellations du député Bilongo. La présomption d'innocence s'applique aux policiers visés — aucun n'a encore été identifié. Mais les faits, eux, sont documentés : plainte, certificats médicaux, photos, vidéos, multiples témoins.

Qui a ordonné l'usage du LBD ce soir-là ? Combien de projectiles ont été tirés ? Combien d'autres victimes n'ont pas encore parlé ? Le Dossier suivra cette affaire.

Sources :

  • Blast (témoignage de Sarah, avocat, journaliste)
  • Mediapart (témoignage de Jordan)
  • Ouest-France (adolescent de 13 ans blessé à Bobigny)
  • Témoignages des victimes (Raphaël, Daoua)
  • Médecins de l'hôpital Cochin (cités dans le témoignage)

📰Source :youtube.com

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