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Bruel accusé de viol : le parquet rouvre, la Bruelmania vacille

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Bruel accusé de viol : le parquet rouvre, la Bruelmania vacille
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Une adolescente, un artiste, une mission d’État

Flavie Flamand n’est pas une inconnue. En 2016, elle publie « La Consolation », où elle raconte les viols subis à treize ans par le photographe David Hamilton. Laurence Rossignol, alors ministre des Familles, la rencontre. Elle lit le livre. « J’ai souhaité la rencontrer », raconte la sénatrice aujourd’hui. De ces entretiens naît une mission officielle sur les délais de prescription des crimes sexuels sur mineurs. Flavie Flamand travaille avec le magistrat Jacques Calmette. Leur rapport conclut à un allongement. En 2018, Marlène Schiappa porte la loi qui porte les délais à trente ans. Aujourd’hui, Gérald Darmanin promet l’imprescriptibilité.

Mais Flavie Flamand n’a pas seulement parlé de Hamilton. Elle accuse désormais Patrick Bruel de l’avoir violée alors qu’elle avait seize ans et lui trente-deux. Un écart d’âge que Rossignol qualifie d’« abus évident ». « Il n’y a aucun doute », tranche-t-elle.

Pourquoi attendre si longtemps ? La question revient sans cesse. Rossignol répond : « Les femmes parlent. Toujours. Mais on ne les entend pas. » Elle dénonce une « présomption de mensonge » qui pèse sur chaque plaignante. « On se demande toujours quel est l’agenda caché d’une femme qui porte plainte. » Aujourd’hui, cet agenda s’appelle justice.

La justice se ravise — un classement sans suite qui interroge

Le parquet de Nanterre avait classé une première plainte contre Patrick Bruel. Sans suite. Sans explication publique. Puis les témoignages se sont multipliés. Mediapart a enquêté pendant des années. Résultat : le parquet rouvre le dossier.

« S’il rouvre, c’est qu’il y a de quoi rouvrir », lance Laurence Rossignol. Une phrase qui sonne comme un camouflet pour la première instruction. « Le classement sans suite a peut-être été un peu rapide, pas suffisamment travaillé », ajoute-t-elle. La question est posée : la célébrité a-t-elle protégé Bruel ? Rossignol nuance : « Les femmes qui dénoncent des inconnus ont autant de difficultés. » Mais elle reconnaît que les médias – et notamment Mediapart – jouent un rôle clé. Sans eux, les affaires resteraient enfouies.

Et les concerts au Québec ? Annulés. Pour des raisons juridiques, explique Rossignol : une plainte déposée là-bas pourrait entraîner une interpellation du chanteur. L’annulation n’est donc pas une atteinte à la présomption d’innocence. C’est une mesure de prudence. Mais le malaise demeure.

« Il y a quelque chose de gênant à voir des hommes continuer de nier, de parader, de rechercher l’amnistie du public », dénonce Rossignol. Elle compare la situation à celle de Bertrand Cantat, condamné pour le meurtre de Marie Trintignant, et qui a dû renoncer à la scène face à l’indignation. « Ces gens-là ne font pas un métier anodin. Sur scène, il y a une rétribution narcissique qui vaut totem d’impunité. »

Le modus operandi qui ne trompe pas

Flavie Flamand n’est pas seule. D’autres femmes se sont manifestées. Des masseuses, des kinésithérapeutes. Leurs témoignages convergent. « Tous indiquent un modus operandi dans les agressions sexuelles », affirme Rossignol. « Un process identique qui se renouvelle. »

Elle détaille : le violeur n’est pas un homme frustré. « Le violeur considère que sa domination sur les femmes doit continuellement s’exprimer. Le consentement n’existe pas dans sa représentation. » Patrick Bruel, lui, a publié un message sur Instagram : « La notoriété et le statut peuvent biaiser une relation de séduction. » Rossignol traduit : « Il se présente comme la victime. Il n’a pas un mot pour les femmes qui l’accusent. »

La sénatrice insiste sur la convergence des récits. « Il faut croire les femmes qui parlent quand il y a autant de témoignages. » Elle assume de prendre position avant la justice : « La psychologie judiciaire a trop longtemps fonctionné en sens inverse. » Et de rappeler que c’est le nombre qui fait la force : les plaignantes se sont regroupées, renforçant leur crédibilité.

Éducation, masculinisme, féminicides : l’autre face du scandale

L’affaire Bruel n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un contexte plus large. Selon la délégation aux droits des femmes du Sénat, les discours masculinistes explosent chez les jeunes. Un sondage IFOP révèle que 73% des 16-24 ans connaissent au moins un influenceur masculiniste et 39% consultent leur contenu. 19% le font régulièrement.

Rossignol, rapporteure d’une mission sénatoriale sur le masculinisme, tire la sonnette d’alarme. Les services antiterroristes (parquet, DGSI) se sont saisis du sujet. « Il y a un risque terroriste », prévient-elle, citant les attentats masculinistes aux États-Unis et au Canada. « Les influenceurs entrent dans les familles. Des garçons sous influence contrôlent les tenues de leur mère, de leur sœur, leurs fréquentations. »

Et l’éducation sexuelle obligatoire à l’école ? Appliquée en pointillé. Au 31 décembre 2025, seulement 66% des écoliers, 48% des collégiens et 35% des lycéens avaient bénéficié d’au moins une séance sur trois prévues. « La loi a été laissée à l’appréciation des établissements, sans financement », dénonce Rossignol. Elle appelle les familles à témoigner des dérives constatées à la maison.

Les féminicides, eux, ne faiblissent pas. 35 à 36 depuis le début de l’année selon le comptage de Rossignol. « Une accélération sur une séquence très courte. » Une proposition de loi « intégrale » contre les violences conjugales est déposée, mais le gouvernement tarde à l’inscrire à l’ordre du jour. « Il manque des arbitrages favorables », regrette la sénatrice.

Et maintenant — la justice aux abois

La réouverture du dossier Bruel est un signal. Mais les moyens judiciaires suivent-ils ? Rossignol dénonce une « embolie des violences sexuelles dans les tribunaux ». « Les femmes parlent, mais il faut des moyens d’enquête, des moyens d’instruction. » Le garde des Sceaux promet un texte sur l’imprescriptibilité des viols sur mineurs. « C’est inéluctable », estime-t-elle. Flavie Flamand, qui a tant œuvré pour cet allongement, voit enfin son combat aboutir.

Pendant ce temps, Patrick Bruel continue de nier. La Bruelmania vacille. Les

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