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SociétéÉpisode 25/23

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-26
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Depuis 2021, des milliers de citoyens sabotent des mégabassines. Des millions d'euros de dégâts. Mais en face, selon une enquête d'Off Investigation, les représailles sont féroces : menaces, cyberharcèlement, jets de pierre, balises GPS. Et même une tentative d'assassinat présumée, classée sans suite. Les témoignages décrivent une justice à deux vitesses — clémente avec les agriculteurs « conventionnels », inflexible avec les « écologistes ». Attention : une seule source documente ces faits pour l'instant.

Le piège de la terre

Mai 2020, 13 heures. Benoît Biteau, député européen et agriculteur, déjeune chez lui avec son salarié et la compagne de celui-ci. Soudain, des détonations. Des projectiles passent entre eux, selon son récit rapporté par Off Investigation. Personne n'est blessé. Mais quatre témoins, tous racontent la même chose.

L'homme mis en cause s'appelle Jacquy Joubert. Agriculteur, lui aussi. Sa version, rapportée par la vidéo : il tirait sur des oiseaux pour protéger ses récoltes. Problème : selon Benoît Biteau, M. Joubert n'a pas une seule parcelle à moins de trois kilomètres de chez lui.

Plainte déposée. Quatre personnes, même récit. Et pourtant. Le procureur de la République de Sainte, Benjamin Ala, classe l'affaire sans suite. Contacté par Off Investigation, il estime ne pas avoir à communiquer sur ce dossier. Depuis trois ans, l'enquête est au point mort.

Une cellule qui protège les uns, pas les autres

Benoît Biteau ne demande pas la lune. Il demande la protection de la cellule d'Émetère. Créée en 2019 à l'instigation de Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur, cette structure collabore avec les syndicats agricoles — FNSEA et Jeunes Agriculteurs en tête — pour lutter contre les violences dans le monde agricole. Une cellule dédiée, avec des moyens.

L'adjudant de gendarmerie de Montcanton lui répond, selon son témoignage : « Mais monsieur Biteau, vous n'êtes pas sérieux, vous n'y pensez pas. La cellule d'Émetère, c'est pas pour vous, vous êtes écologiste. »

Regardez les faits. Un élu de la République, agriculteur, victime présumée d'une tentative d'assassinat, se voit refuser la protection de l'État. Motif : jugé trop « vert ». La même cellule, selon la vidéo, avait été activée pour surveiller Julien Leguet — un agriculteur qui avait retrouvé une balise GPS sous sa voiture et une caméra orientable, télécommandable à distance. « Du beau matériel de barbouze », commente-t-il.

Deux affaires. Deux traitements. L'un est protégé, l'autre pas. La différence ? Leur position sur les mégabassines.

Le déversement de La Rochelle

22 mars 2023. La Rochelle. Près de 300 agriculteurs, appelés par la FNSEA, manifestent contre l'interdiction des pesticides. La colère est légitime — un tiers d'entre eux vivent avec moins de 350 euros par mois. Un suicide agricole a lieu chaque jour en France.

Mais après la manif, une cinquantaine se rendent au domicile de Patrick Picot. Selon son témoignage, ils arrivent avec des tracteurs et des remorques, déversent des pneus, des tuyaux en plastique, vandalisent la façade. Son épouse reçoit des jets de pierre et du fumier.

Pourquoi Patrick Picot ? « Parce qu'il est très présent dans les discussions sur l'eau », explique l'un des agriculteurs interrogés par Off Investigation. « La difficulté à trouver des moments d'échange. » Et d'ajouter : « Certains ont du mal à se contenir, mais c'est notre travail de responsable d'empêcher les collègues d'arriver à ces formes d'action. »

Venir chez quelqu'un, déverser des déchets, agresser sa femme — est-ce une méthode de discussion ? L'agriculteur interrogé reconnaît que ce n'est « pas du tout la solution ». Mais il justifie : « Quand la discussion n'a pas lieu avant, ça peut arriver à ces situations. »

Un système qui broie tout le monde

Le conflit autour des mégabassines ne se résume pas à un duel entre « écolos » et « agriculteurs ». C'est un système qui, selon les témoignages recueillis par Off Investigation, détruit les petites exploitations. Et ne profite qu'aux géants de l'agrochimie et de l'agroalimentaire.

« Ici à côté, on a perdu en 40 ans 74 % des exploitations agricoles », explique Benoît Biteau dans la vidéo. « Donc si l'irrigation, si la chimie et si la culture intensive était capable de sauver l'agriculture française, ça se saurait. »

Les grands bénéficiaires ? Il les nomme : Bayer, Yara, Limagrain, Alaval, Nestlé, Danone, Cargill. Des multinationales. Pas les agriculteurs qui vivent avec 350 euros par mois.

Et pourtant, ce sont ces mêmes agriculteurs qui, selon la vidéo, continuent de soutenir le système qui les broie. « Là, il y a une manipulation, je pense, d'un certain nombre de personnes qui tiennent les ficelles à la FNSEA pour continuer une agriculture qui est en train de détruire les petites exploitations », ajoute Biteau.

La milice et les barbelés

Aujourd'hui, dans le Marais, chacun vit sur ses gardes. À Sainte-Soline et Mauzé, les deux premières bassines des seize prévues, les irrigants ont installé trois rangées de barbelés et des caméras. Autour d'une troisième mégabassine sortie de terre ces derniers mois, ils patrouillent nuit et jour.

« Il y a la milice, tout va bien », ironise un habitant dans la vidéo. « Ah, on est dans un monde quand même assez fantastique. »

Pendant ce temps, des milliers de citoyens continuent de saboter les bassines. Tous les mois, une réserve de plus est dégradée. En Vendée, en Deux-Sèvres, en Charente. Bâches déchirées, pompes démontées, eau rendue à la nappe. Des centaines de milliers d'euros de dégâts à chaque fois.

Et la justice ? Selon les témoignages, elle semble impuissante — ou partiale. Les plaintes des opposants sont classées sans suite. Les balises GPS ne mènent nulle part. Les caméras de surveillance ne servent à rien.

« Là où c'est hyper gênant quand un État et quand une justice ont des traitements comme ça différenciés selon les citoyens impactés, c'est qu'en face ça génère un très grand sentiment d'impunité », prévient Benoît Biteau. « Un scénario catastrophe, c'est qu'un jour il y en aura un là-haut qui aura pris plus la confiance, qui aura plus picolé que de raison, et qui tirera sur un passant qui passe parce qu'il s'approche de la bassine. »

Ce que ça dit de la France

Ce conflit révèle une difficulté profonde. Comment concilier transition écologique et souveraineté alimentaire dans un cadre démocratique apaisé ?

La réponse, pour l'instant, est inquiétante.

D'un côté, des citoyens sabotent des infrastructures financées par l'argent public. De l'autre, des agriculteurs déversent des déchets chez leurs opposants. Au milieu, un État qui protège les uns et pas les autres, une justice qui classe sans suite, et des multinationales qui tirent les ficelles.

Personne ne sort grandi de cette histoire. Ni les saboteurs, qui confondent désobéissance civile et vandalisme. Ni les agriculteurs, qui répondent à la violence par la violence. Ni l'État, qui semble avoir choisi son camp.

Et pourtant, le constat est implacable : un tiers des agriculteurs vivent avec moins de 350 euros par mois. Un suicide agricole par jour. 74 % des exploitations disparues en 40 ans. Le système actuel ne fonctionne pas — ni pour les agriculteurs, ni pour l'environnement, ni pour le contribuable.

Mais tant que les grands bénéficiaires — Bayer, Nestlé, Danone, Cargill — continueront de dicter les règles du jeu avec l'argent public, rien ne changera. Et les violences continueront.

ET MAINTENANT ? La justice devra répondre à une question simple : pourquoi les plaintes des opposants sont-elles classées sans suite, tandis que les agriculteurs conventionnels bénéficient d'une cellule de protection dédiée ? Le procureur de Sainte, Benjamin Ala, n'a pas souhaité s'exprimer. La gendarmerie de Montcanton non plus. Mais les témoignages, eux, sont publics. Et la vidéo d'Off Investigation circule. Le débat, lui, ne fait que commencer.


Cet article est basé exclusivement sur l'enquête d'Off Investigation intitulée « OPPOSANTS AUX MÉGABASSINES : harcelés, menacés et abandonnés par l'État », publiée sur YouTube. Les faits rapportés n'ont pas été corroborés par d'autres sources à ce stade. La présomption d'innocence s'applique à toutes les personnes mises en cause.

📰Source :youtube.com

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