Lionel Sanchez, ex-animateur de Radio France, mis en examen pour viols sur mineurs : le silence et la lenteur

Les faits
L’affaire commence dans les années 1990. Lionel Sanchez a alors une vingtaine d’années. Il est surveillant dans un collège privé de Rouen. C’est là, selon le témoignage de Maxime recueilli par France 3 Normandie, qu’il aurait imposé une fellation à un élève de 12 ans. Les faits remontent à 1993. Maxime a porté plainte en 2021. Lionel Sanchez a été mis en examen en 2024. Entre-temps, d’autres voix se sont levées.
Sandra, la cousine de Sanchez, raconte un viol subi à l’âge de 6 ans. « Il m’a fait asseoir à côté de lui. Il sort un livre, il me dit “Tiens le livre dans tes mains.” Il a introduit ses doigts dans mon vagin à plusieurs reprises. Je me rappelle encore de son souffle horrible, de l’odeur de sa peau. » Après l’agression, elle saigne. Elle rentre chez sa mère. Elle se tait pendant des décennies.
Pierre, lui, était un enfant de 8 ans lorsque Sanchez, venu faire du babysitting, aurait abusé de lui et de ses deux frères, âgés de 6 et 4 ans. « Quand il nous couchait, au moment de l’histoire, il nous mettait la main dans le pantalon et il nous touchait jusqu’à tant qu’on ait une érection. » Sa sœur, bloquée dans sa chambre, criait pour les aider. Pierre a porté plainte en novembre 2024, plus de trente ans après les faits.
Michel était adolescent quand les faits se seraient déroulés dans les anciens locaux de France Bleu Normandie, au début des années 2000. Sanchez l’aurait invité à monter voir ses vinyles, puis l’aurait chatouillé, « comme un jeu », avant de glisser sa main sous son pantalon. Michel décrit un mode opératoire : gagner la confiance, tester la sexualité de la victime, trouver l’opportunité de l’isoler. Il a porté plainte juste avant la prescription.
Au total, quatre victimes présumées sont connues — mais selon Sandra et Maxime, le nombre réel pourrait être bien plus élevé. « Avec Sandra, on estime qu’il a violé entre 50 et 100 personnes », affirme Maxime dans le reportage de France 3 Normandie. Une douzaine de victimes seraient déjà identifiées à ce jour.
Le contexte
Lionel Sanchez, 51 ans aujourd’hui, a été une figure médiatique locale. Animateur de radio et de télévision, il a travaillé pour France Bleu Normandie, où on le considérait comme un « animateur phare ». Avant cela, il avait été surveillant dans un collège privé de Rouen. C’est dans ce cadre qu’il aurait commis les premiers faits présumés.
En 2018, un courrier envoyé par une victime à Radio France déclenche une enquête interne. Sanchez est licencié. La directrice générale de Radio France, interrogée dans le reportage, affirme que « personne ne savait » jusqu’alors. « La direction n’avait pas d’information tangible sur ce qui pouvait concerner les agissements de ce salarié. »
Mais cette version, d’anciens collègues la contestent. Jeanne, qui a travaillé avec Sanchez à France Bleu Normandie, confie : « Je porte une culpabilité. Je pense que Radio France n’a pas assez porté la culpabilité de cette situation. Il n’a pas mesuré l’ampleur des dégâts. Radio France n’a rien fait. Ils ont mis un couvercle sur cette cocotte-minute. »
Le licenciement n’a pas été suivi d’un signalement aux autorités judiciaires. Les victimes ont dû attendre 2021 pour que la première plainte soit déposée. Entre-temps, Sanchez a déménagé. Aujourd’hui, le parquet de Rouen le localise. Il est soumis à un contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs. Mais il reste libre.
Le traitement judiciaire
Le parquet de Rouen confirme la mise en examen de Lionel Sanchez en 2024. Une commission rogatoire est en cours. De nombreuses auditions de témoins et de victimes ont eu lieu. L’objectif : enrichir le dossier initial et identifier toutes les potentielles victimes.
Mais le temps passe. Maxime dénonce l’inertie : « Je vois qu’il y a plein d’affaires de pédophilie en ce moment qui se passent. Moi, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de discours mais jamais d’action. » Il a porté plainte en 2021. La mise en examen n’est intervenue que trois ans plus tard. Depuis, deux années d’instruction supplémentaires se sont écoulées sans avancée majeure.
Maître Calfond, avocate de plusieurs victimes présumées, exprime son malaise : « La place d’une affaire judiciaire n’est pas dans les médias mais au sein d’un tribunal. Mais il y a des affaires qui traînent énormément. Il s’est passé déjà trois ans avant sa mise en examen, et aujourd’hui on a encore deux ans d’instruction qui sont passées sans que cela avance énormément. » Elle précise que de nouveaux plaignants ne sont toujours pas intégrés à la procédure.
Le parquet de Rouen, contacté par France 3 Normandie, n’a pas donné plus de détails sur l’avancement du dossier. La commission rogatoire se poursuit. Les victimes, elles, attendent.
Ce que ça dit de la France
Cette affaire révèle plusieurs fragilités. D’abord, celle du traitement judiciaire des violences sexuelles sur mineurs. Les délais sont longs. Trop longs. Entre les faits présumés et la mise en examen, des décennies se sont écoulées. Entre la première plainte et l’instruction, trois ans. Pendant ce temps, le suspect reste libre. Les victimes, elles, portent un fardeau. « Moi, ça fait 37 ans que je suis en prison. J’ai fait déjà une pleine perpétuité dans ma tête », dit Sandra.
Ensuite, la question de la prescription. Plusieurs victimes ont porté plainte tardivement, parfois juste avant que les faits ne soient prescrits. Pierre, qui a déposé plainte en novembre 2024, est dans ce cas. « Quand on parle d’enfant, je pense qu’il ne devrait pas y avoir prescription », estime-t-il. Le débat est récurrent, mais chaque affaire le ravive.
Enfin, le rôle des institutions médiatiques publiques. Radio France a licencié Sanchez après une enquête interne, mais n’a pas alerté la justice. La direction affirme n’avoir rien su avant le courrier de 2018. Pourtant, des collègues et des stagiaires avaient des soupçons. Jeanne, l’ancienne collègue, parle de « bienveillance » apparente de Sanchez envers les stagiaires de troisième. « On n’imagine pas qu’il y a derrière une attitude de prédateur. » Mais une fois les faits connus, l’institution a-t-elle fait assez ? « Radio France n’a rien fait », répète Jeanne.
Le devoir de vigilance des médias publics est en cause. Quand un employé est licencié pour des faits de cette nature, pourquoi ne pas saisir la justice ? La réponse de Radio France — « personne ne savait » — ne convainc pas les victimes. Sandra, elle, n’attend plus que la justice. « Il faut que ça bouge. Il faut que quelque chose se passe parce que c’est plus possible. »
L’affaire Lionel Sanchez n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une série de scandales qui éclaboussent le périscolaire, les crèches, les écoles. Le Dossier a déjà documenté plusieurs de ces affaires. Ici, c’est un animateur radio, une figure publique, qui est mis en cause. La lenteur de la justice et le silence des institutions interrogent. Combien de victimes faudra-t-il encore pour que les choses changent ?
Le dossier est loin d’être clos. La commission rogatoire se poursuit. D’autres victimes pourraient se manifester. Lionel Sanchez reste présumé innocent. Mais pour Sandra, Maxime, Pierre et Michel, l’attente est une seconde peine. « J’aurais dû parler plus tôt, parce que si j’avais parlé plus tôt, il y aurait peut-être eu moins de victimes », regrette Maxime. Les mots résonnent. La justice, elle, n’a pas encore parlé.
Sources :
- France 3 Normandie, reportage vidéo « Affaire Lionel Sanchez : de nouveaux témoignages de victimes » (YouTube).
- Déclarations du parquet de Rouen, citées dans le reportage.
- Témoignages de Sandra, Maxime, Pierre, Michel, recueillis par France 3 Normandie.
- Propos de Maître Calfond, avocate des victimes, dans le même reportage.
- Déclaration de la directrice générale de Radio France, citée dans le reportage.
- Témoignage de Jeanne, ancienne collègue de Lionel Sanchez à France Bleu Normandie.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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