LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

SociétéÉpisode 17/22

Paris : 78 animateurs suspendus, 1335 millionnaires sans impôt — le double scandale

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-21
Illustration: Paris : 78 animateurs suspendus, 1335 millionnaires sans impôt — le double scandale
© YouTube

78 suspensions, 462 cas nationaux : le périscolaire est une passoire

Commençons par les faits. Depuis le début de l'année 2026, la mairie de Paris a suspendu 78 animateurs périscolaires. 31 sont visés par des enquêtes pour violences sexuelles. Dans une école du 13e arrondissement, un animateur apprenait aux enfants les règles du strip‑poker. Une mère raconte : "Les mots de mon enfant en retour à la maison, c'était : 'Est‑ce que c'est normal maman quand on joue aux cartes, on doit enlever sa culotte ?'" Le ministère public a ouvert une dizaine d'enquêtes préliminaires dans des crèches. 84 écoles maternelles — un tiers des établissements parisiens — font l'objet d'une investigation. Vingt écoles élémentaires aussi.

Mais ce n'est pas un problème parisien. À l'échelle nationale, au moins 462 cas de violence ont été recensés depuis cinq ans. "Bien plus que ça", corrige Élisabeth Gutman, fondatrice du collectif SOS Périscolaire. Son site recense 469 témoignages géolocalisés. "Il y en a 150 qu'on n'a pas encore mis", dit‑elle. Soit près de 600 signalements. Des violences physiques, psychologiques, sexuelles.

La réforme des rythmes scolaires de 2013 a bricolé le système en profondeur. Un besoin massif d'animateurs, des recrutements sans contrôle, des contrats précaires. Aujourd'hui, 75 % des agents périscolaires à Paris sont des vacataires. Certains travaillent sans contrat légal. La formation ? Le BAFA, trois semaines. Pour un métier qui nécessite un an, voire deux ans de formation professionnelle. "On ne peut pas rentrer en profondeur sur les besoins éducatifs des enfants", explique Franck Benenganem, délégué syndical SUPPAP‑FSU. "On a une formation d'animateur avec un BAFA qui dure trois semaines." Pendant ce temps, les directeurs de centres de loisirs ont un BFD — une formation tout aussi courte.

Voilà. Il n'existe pas d'inspection spécialisée pour le périscolaire. Contrairement aux services de ménage de l'hôtel de ville, personne ne vérifie les conditions d'accueil des enfants. Résultat : 50 % des structures périscolaires en France sont sous statut de "garderie" non déclarée à Jeunesse et Sport. Zéro contrôle. Zéro sanction. Et pourtant.


Le collectif SOS Périscolaire a remplacé l'État

En 2021, Élisabeth Gutman crée SOS Périscolaire. Son objectif — briser l'omerta. "Il y a des alertes qu'on a ignorées, des alertes qu'on a étouffées", dit‑elle. Le collectif reçoit des appels de familles de toute la France. "On est le seul à faire le lien avec les familles pour les accompagner d'un point de vue administratif et juridique." Un collectif de parents, pas même une association — et pourtant, il s'est substitué à l'État.

Le livre Les rois du silence, signé par la journaliste Victoire Franking Moulard (Le Parisien), sort ce jeudi chez Robert Laffont. Élisabeth Gutman en signe la préface. "C'est un livre très important pour nous parce qu'il raconte ce qu'on voit, ce qu'on entend chaque jour", témoigne‑t‑elle. Le titre est un jeu d'enfants : "Le premier qui part a perdu." Dans le périscolaire, la règle a été appliquée pendant des années. Silence. Dissimulation. Inaction.

Les témoignages sont accablants. Des parents alertent, personne ne répond. Des signalements restent dans les tiroirs. La brigade criminelle de Paris croule sous les dossiers en attente. "Il y a un nombre considérable de dossiers en attente", admet le procureur. Un groupe dédié a été renforcé, mais les victimes attendent souvent des semaines avant d'être interrogées.

Le 14 avril, le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a débloqué un plan d'action de 20 millions d'euros. Promesses : suspension immédiate des agents concernés, interdiction des situations d'isolement entre un adulte et un enfant, organisation d'une convention citoyenne avec 77 parents tirés au sort. Mais les syndicats crient au coup de com'. "On nous demande l'inclusion, mais on n'a pas de moyens", dénonce Franck Benenganem. "Dans mon établissement, je suis souvent en sous‑effectif."

Les animateurs vivent un enfer. "Tous les jours, on a des collègues qui se font suspendre sans alerte", raconte un manifestant. "On a la peur au ventre. On traîne une épée de Damoclès au‑dessus de la tête." La ville a instauré une suspension automatique pour le moindre geste équivoque. "Quelqu'un qui hausse la voix peut être considéré comme violent", s'indigne Franck Benenganem. Résultat : le climat est nauséabond. "On passe pour des pédophiles", entend‑on dans les rangs.


1335 millionnaires sans impôt : le mensonge d'Amélie de Montchalin

Le 21 mai, une autre bombe explose à l'Assemblée nationale. La commission d'enquête sur l'imposition des plus hauts patrimoines auditionne deux anciens ministres de Bercy : Éric Lombard, directeur de la Caisse des Dépôts, et Amélie de Montchalin, ex‑ministre des Comptes publics.

Le 14 janvier 2026, Lombard avait affirmé devant l'Assemblée que "des milliers de contribuables très fortunés échappaient à l'impôt sur le revenu". Amélie de Montchalin, alors en fonctions, avait balayé cette déclaration d'un revers de main. "Ce n'est pas vrai", avait‑elle répondu.

Sauf que les sénateurs Jean‑François Husson et Claude Raynal ont consulté une note du ministère. Le document est formel : 1335 millionnaires ne paient aucun impôt sur le revenu. Pas un centime.

Ce 21 mai, Amélie de Montchalin se défend : "Je n'avais pas cette note le 14 janvier. Elle a été produite à la demande du président Raynal et du rapporteur général Husson." Elle ajoute : "Il n'y a jamais eu à ma connaissance, et je crois qu'il n'y a toujours pas aujourd'hui, une quelconque liste qui donnerait le nom individuel des personnes qui seraient dans cette situation."

Des grandes fortunes qu'on ne connaîtrait pas. Un trou noir fiscal. Comment 1335 personnes déclarent-elles zéro impôt alors qu'elles possèdent des millions ? Le système des niches fiscales, des optimisations légales ou illégales ? La commission d'enquête doit faire la lumière. Éric Lombard, lui, maintient : "On ne peut pas rester sourd au désir d'équité exprimé par les Français."


Quand l'État cache, ment et se contredit

Même mode opératoire dans les deux scandales. D'un côté, des milliers d'enfants exposés à des prédateurs parce que l'État n'a pas organisé le périscolaire. De l'autre, des milliers de millionnaires dispensés d'impôt parce que l'État ne les traque pas.

Le plan d'action de 20 millions pour Paris ? Enterré dès son annonce. La convention citoyenne sur les rythmes scolaires exclut le collectif SOS Périscolaire. Les parents lanceurs d'alerte sont ignorés. Les animateurs sont traités comme des suspects.

Pendant ce temps, Amélie de Montchalin jure qu'elle n'a pas vu la note. Pourtant, les sénateurs l'ont obtenue. Qui dit vrai ? Les documents, eux, ne mentent pas — 1335 noms absents du fichier. 1335 contribuables qui ne paient rien. Ce n'est pas fini. Une proposition de loi sur la vérification des fichiers d'honorabilité des animateurs doit être examinée en juin. Mais qui contrôlera les contrôleurs ? Le ministère de l'Éducation nationale n'a toujours pas mis en place une chaîne de signalement nationale. Le collectif SOS Périscolaire reste le seul recours des familles.


Vidéosurveillance algorithmique : la fausse solution

Pour couronner le tout, le Sénat examine un amendement à la loi d'orientation pour la sécurité (LOPMI) qui généraliserait la vidéosurveillance algorithmique (VSA). Des caméras "intelligentes" capables de détecter des comportements suspects dans l'espace public, les commerces, les musées. Le sénateur Horizons Pierre‑Jean Verzini défend le texte : "Les caméras vont tourner comme aujourd'hui. Elles n'identifieront personne. Quand un comportement sera jugé suspicieux, la caméra bipera et quelqu'un regardera." Il cite l'exemple de Nottingham, où la reconnaissance faciale a permis d'arrêter un fugitif recherché depuis dix ans.

Mais les opposants dénoncent un danger liberticide. Élisa Martin, députée LFI, rappelle que "95 % des maires sont favorables à la VSA parce qu'ils sont sous pression budgétaire. Ils préféreraient avoir les moyens d'embaucher des humains." L'avocat Jean‑Baptiste Souffron précise que "le droit européen interdit la reconnaissance faciale en temps réel". Pourtant, les policiers l'utilisent déjà illégalement — comme ce week‑end en Ardèche.

La VSA ? Une fausse solution. Elle ne remplacera jamais des animateurs formés, des contrôles effectifs, des peines dissuasives. Ni ne fera payer les 1335 millionnaires.


Le silence a un prix

78 animateurs suspendus. 31 pour violences sexuelles. 600 signalements. 1335 millionnaires sans impôt. Des centaines de parents qui crient, des syndicats qui manifestent, une commission d'enquête qui auditionne.

Le gouvernement conteste, enterre les rapports, promet des réformes sans les appliquer.

Le livre Les rois du silence sort jeudi. Il donne la parole aux familles. Mais la vraie question est ailleurs — qui a étouffé les alertes ? Qui protège les prédateurs ? Qui ferme les yeux sur l'évasion fiscale ?

Les noms sont connus. Les documents existent. Les témoignages affluent. L'État ne pourra pas se cacher éternellement.

Les parents, les enfants, les contribuables — tous attendent des réponses. Pas des promesses. Pas des conventions citoyennes. Pas des caméras.

Des actes.


Sources

  • Émission "Chaque voix compte" (LCP, 21 mai 2026) – interventions d'Élisabeth Gutman, Isabelle Santiago, Franck Benenganem, Pierre‑Jean Verzini, Élisa Martin, Jean‑Baptiste Souffron.
  • Livre "Les rois du silence" de Victoire Franking Moulard (Robert Laffont, 2026), préface d'Élisabeth Gutman.
  • Rapport CIVIS 2023 (pistes pour la protection de l'enfance).
  • Note du ministère de l'Économie et des Finances (citée par les sénateurs Jean‑François Husson et Claude Raynal) – 1335 millionnaires non imposés.
  • Audition d'Éric Lombard et Amélie de Montchalin devant la commission d'enquête sur l'imposition des plus hauts patrimoines (Assemblée nationale, 21 mai 2026).
  • Témoignages et données du collectif SOS Périscolaire (carte de 469 signalements).

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 17 · 2026-05-21

Paris : 78 animateurs suspendus, 1335 millionnaires sans impôt — le double scandale

Sur le même sujet