Deux ans séparés : le couple russe anti-guerre enfin libre en France

Ils ont fui la guerre… pour tomber dans le piège américain
Septembre 2022. La guerre d'Ukraine dure depuis sept mois. La répression s'intensifie contre tout opposant au Kremlin. Le couple — dont les prénoms sont Aleksei et sa femme (prénom non précisé dans les sources) — décide de quitter la Russie. Destination : le Kazakhstan. Puis le Mexique. Enfin, la frontière américaine.
Mais l'espoir tourne court. « Ils sont envoyés dans les centres de détention de la police de l'immigration américaine », raconte Anne Caces, la journaliste de l'émission. Lui : un peu plus d'un an. Elle : près de deux ans. Séparés. Sans contact. « Presque 2 ans que ce couple ne s'était pas vu. »
Quand ils se retrouvent enfin, les larmes coulent. « Enfin, nous sommes ensemble », dit-elle. « Je suis passée par l'enfer. Maintenant, je suis au paradis ! »
Pourquoi un tel cauchemar ? Le couple s'est présenté à la frontière américaine depuis le Mexique, officiellement. Mais le système migratoire des États-Unis — sous l'administration Trump — les a traités comme des détenus. « C'est le côté "on sort d'un piège et on tombe dans le piège de D.Trump" », analyse Paul Gogo, journaliste français ayant vécu neuf ans en Russie. « A chaque fois, des échéances tombaient à l'eau. "On va vous libérer à ce moment-là", mais finalement, non. »
L'activisme qui a tout changé
Avant la guerre, Aleksei était bénévole au sein du Fonds de lutte contre la corruption — le QG de Navalny, comme le rappelle le transcript. « Après le début de la guerre, des répressions assez agressives ont commencé contre tous les participants, de toutes les organisations liées, d'une manière ou d'une autre, à A. Navalny », explique-t-il.
Sa femme dormait mal. Elle entendait des pas. Pensait : « Ils peuvent venir maintenant ! » Une pression intenable. Le couple a choisi l'exil.
Mais la route est longue. « Ce sont pas les seuls à être passés par ces prisons aux États-Unis », poursuit Paul Gogo. « Ca restait une porte de sortie et ça ne l'est plus trop. La Géorgie était une porte de sortie et ne l'est plus trop non plus. Les pays baltes sont de moins en moins accueillants. Quand vous êtes russe et que vous voulez vous enfuir de votre prison, c'est de plus en plus compliqué. »
Un constat glaçant : le monde se ferme pour les opposants russes. Même les États-Unis, rêve d'asile, deviennent une prison. « L'association Russie-Libertés et le Quai d'Orsay ont énormément travaillé pour les faire sortir », précise Paul Gogo. Résultat : le couple a obtenu le statut de réfugié et se trouve désormais en France, où il a demandé l'asile. « La France les a accueillis », dit le journaliste. « C'est un pays assez ouvert, notamment aux militants des droits de l'homme. »
Une société russe fracturée jusqu'à la famille
Le témoignage du couple met en lumière une réalité souvent ignorée : la guerre a déchiré les familles russes. « Déjà, avant la guerre, on avait des désaccords, voilà… Mais la guerre nous a divisés en 2 camps. Franchement, c'est difficile d'en parler car c'est très personnel. Je peux probablement dire que ça ne redeviendra jamais comme avant. »
Les parents d'Aleksei sont restés en Russie. Le fils leur parle au téléphone, mais le fossé est infranchissable. Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française à l'ONU, commente : « Les drames humains à l'intérieur de ce qui se passe en Russie, on n'en parle pas assez. Les familles divisées, les amis qui ne se parlent plus… »
Paul Gogo abonde : « Maintenant que je suis en France, je passe pas mal de temps avec ces Russes en exil. Hier encore, j'étais chez Russie-Libertés. J'ai croisé des gens rencontrés il y a quelques années à Moscou, des dissidents politiques, qui auraient pu bouleverser la Russie, très intelligents. Entre 2 emprisonnements, ils ont trouvé une fenêtre pour quitter le pays. »
L'enfermement mental des Russes restés au pays
Le couple décrit une atmosphère oppressante. Nouvelles lois, nouvelles interdictions, arrestations absurdes. Paul Gogo cite un exemple : « Quelqu'un avait sorti sa carte Mir, système bancaire créé par la Russie. Mir, ça veut dire "monde" et "paix". La police avait pris le fait que cette personne sorte sa carte dans la rue comme une manifestation. Elle s'était fait emprisonner. »
Mais au-delà des persécutions individuelles, c'est la désinformation qui emprisonne les esprits. L. Mengel, présentateur, note : « La plupart des Russes qui sortent de Russie sont très surpris de découvrir la manière dont le monde regarde la guerre entre l'Ukraine et la Russie. » Beaucoup croient encore que Zelensky est un clown, une image forgée par la propagande d'État. « Personne ne le pense, c'est ce qu'on leur a appri », ajoute-t-il. « Effectivement, c'était un clown, mais il est devenu président et chef de guerre. Mais ils en sont restés aux premiers moments. »
Une bulle informationnelle étanche. Les Russes qui émigrent et téléphonent à leur famille restée au pays sont effarés du décalage. « Ils se demandent ce qu'ils font », résume L. Mengel.
Le Kremlin attire des Français : le « visa idéologique »
Anne Caces montre l'image inversée. « On peut vous montrer l'image inversée de ce qu'on vient de voir. C'est un couple de Français qui ont été décorés par V. Poutine cette semaine. Ils ont élevé 10 enfants en Russie. Ils ont eu la médaille de la meilleure mère de famille. Lui est un ancien militant du FN. Il faisait son discours devant V. Poutine, qui le décore. C'est un message qu'on envoie aux Français pour nous dire que c'est super. »
Paul Gogo révèle une stratégie plus large : « Un autre Français, ami de ce monsieur, a pour travail d'attirer des Français avec ce qu'on a appelé le visa idéologique. Le Kremlin veut faire venir des gens qui pensent comme eux en Russie. Son travail est de les accueillir en Russie, de leur faire faire une petite visite des meilleurs endroits de Moscou et des villages alentour et de les aider à s'installer pour vivre la belle vie russe. »
Pendant que des opposants russes fuient leur pays, le Kremlin recrute des Occidentaux partageant ses idées. Un jeu de miroirs cynique.
Et demain ?
Le couple, désormais en France, espère reconstruire sa vie. « Soutenus par l'association Russie-Libertés », indique le transcript. « Ils espèrent reconstruire sa vie en France, où ils ont demandé l'asile. »
Mais les blessures restent ouvertes. La femme dit : « Je suis passée par l'enfer. Maintenant, je suis au paradis ! » Un paradis fragile, dans un pays qui n'est pas le sien. Leur histoire est celle de milliers de Russes, pris entre la répression intérieure et les portes qui se ferment à l'extérieur.
Paul Gogo résume le paradoxe : « On avait peut-être en commun avec des activistes russes le fait que vous faites tout pour respecter les lois, mais vous ne pouvez pas toutes les respecter. Les lois sont faites de manière à ne pas pouvoir respecter toutes les lois. Vous savez qu'il y a un dossier au FSB qui peut être ressorti à tout moment pour vous taper dessus. »
Une menace qui plane, même à distance. Le couple a payé le prix fort pour avoir cru en un autre monde. Aujourd'hui, ils sont libres. Mais le chemin a été long.
À suivre.
Sources
- Émission Le Dossier, épisode 14 : « Guerre en Ukraine : le piège russe et le dilemme de Zelensky » – transcript intégral des témoignages du couple russe, d'Anne Caces, Paul Gogo, Dominique Trinquand et L. Mengel.
- Vérifications web croisées (lesechos.fr, fr.euronews.com, leparisien.fr, courrierinternational.com, franceinfo.fr) : données sur la contraction économique russe, les prévisions de croissance et d'inflation, le bilan des frappes russes du 5 mai 2026, le recul des naissances en Russie, et la biographie de Paul Gogo.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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