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JusticeÉpisode 6/24

Gabriel B. tué par un gendarme : la procureure avoue n'avoir pas tout vu

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-02
Illustration: Gabriel B. tué par un gendarme : la procureure avoue n'avoir pas tout vu
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Trois hommes, une cour, deux tirs

Il est 23h30, le 20 mai 2025. Trois gendarmes arrivent devant le domicile d’Augé. Pas de sirène. Pas de girophare. Ils ouvrent le portail sans sommation réglementaire — juste des « Monsieur » criés, à peine audibles par‑dessus la musique. Gabriel surgit, une matraque à la main. « Sortez de chez moi ! », hurle‑t‑il. Deux gendarmes obtempèrent et reculent. Le troisième — le tireur — s’arrête en plein milieu de la cour, se retourne et dégaine.

Gabriel filme la scène avec son téléphone. La caméra ne capture pas l’impact, mais on entend tout. Premier coup de feu en l’air. Gabriel se retourne, surpris, la matraque toujours levée. Puis le second tir part. Le gendarme est en train de sortir du domicile — il tire de côté. La trajectoire de la balle, analysée par les experts, prouve que Gabriel n’est pas face à lui. Il tourne le dos. La balle le frappe de profil. Il s’effondre. Cinquante minutes plus tard, il meurt dans son sang, sous les massages cardiaques des gendarmes — « sur une hémorragie interne, j’ose pas imaginer », souffle sa mère Isabelle.

La vidéo de Gabriel contredit point par point la version officielle. Elle montre un homme qui exige simplement que les forces de l’ordre quittent son domicile. Aucune menace de mort, aucune charge physique. « Les seules phrases de Gabriel, c’était ‘sors de chez moi’. Pas ‘je vais te tuer’ ou ‘je vais te taper’. » Pourtant, le gendarme tireur invoque la légitime défense. Il dit avoir eu peur pour sa vie.

« C’est bon, je l’ai eu » — et l’autre qui panique

La caméra embarquée des gendarmes — la bodycam — enregistre tout. Elle capte l’instant fatal. Et surtout, elle capte les mots qui suivent. Le tireur : « C’est bon, je l’ai eu. » Un de ses collègues répond : « Oh putain, tu l’as buté ! »

Deux phrases. Deux réactions diamétralement opposées. L’un semble satisfait, presque soulagé. L’autre panique, réalise l’horreur. Ces paroles n’ont pas ému le parquet de Niort. Le procureur a classé l’affaire sans suite. Motif : la peur du gendarme était « légitime » face à un homme armé d’une matraque.

Mais les faits sont têtus. Gabriel B. mesurait 1,76 m, sportif certes, mais très mince. Il n’était pas un colosse. Deux gendarmes sur trois ont choisi de sortir de la propriété — la décision la plus raisonnable. Pourquoi le troisième a‑t‑il jugé nécessaire de faire feu à deux reprises, dont un tir mortel de côté, alors que Gabriel tournait le dos ?

L’Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN) a enquêté. Son rapport, consulté par la famille, n’a pas non plus convaincu. « Il manque une pièce au puzzle », résume Romain, le maire de la commune.

Confession glaciale de la procureure

Isabelle B. rencontre la procureure de Niort plusieurs mois après la mort de son fils. Elle espère des explications. Elle obtient une confession glaçante.

« Je lui ai posé une question sur la vidéo de Gabriel — un passage précis qui m’intriguait. Sa réponse a été : ‘Je ne sais pas. Je me suis concentrée sur le moment du tir. Cette vidéo est très longue. Je n’ai pas pu tout voir.’ » La procureure, selon Isabelle, a reconnu n’avoir visionné que les secondes entourant le tir, pas le déroulé complet de l’intervention. Elle a ensuite classé l’affaire.

« J’ai été extrêmement choquée », lâche Isabelle. Comment une magistrate peut‑elle rendre une décision aussi lourde sans examiner l’intégralité des preuves ? Le dossier judiciaire contient pourtant les deux vidéos — celle de Gabriel et celle de la bodycam —, les témoignages des gendarmes, le rapport de l’IGGN. Et le parquet choisit de tout refermer en quelques semaines.

Le maire, qui accompagnait Isabelle lors de cet entretien, confirme les dires de la mère. « Elle a été très courtoise, empathique même. Mais elle a osé me dire qu’elle n’avait pas vu toute la pièce. » Aucun enregistrement n’a été fait de cette rencontre. La procureure peut nier. Mais les mots restent.

Isabelle B. : une mère, pas une militante

Isabelle n’est pas une militante. Elle le dit elle‑même : « Je suis profondément non violente. Je n’ai pas envie de mettre le feu. » Mais elle est déterminée. Un an après la mort de Gabriel, elle a organisé un hommage public chez lui, dans les Deux‑Sèvres, le 21 mai 2026. « Ça nous paraissait évident de lui rendre cet hommage et d’informer les gens car on est à un moment clé, pour déposer une nouvelle plainte dans les jours qui viennent », a‑t‑elle déclaré à Révolution Permanente.

Son histoire personnelle est bouleversante. Elle récupère le chien de Gabriel, Skye, le lendemain du drame. La bête s’était enfuie après les tirs, terrorisée, et avait été placée dans un refuge municipal. Aujourd’hui, Skye est « traumatisée », ne supporte plus le bruit, refuse de sortir du quartier. « Elle s’arrête, elle me regarde, l’air de dire ‘Non, pas plus loin’. » Isabelle décrit aussi Gabriel : moniteur de ski, cordiste l’été, amoureux de la montagne. Il avait acheté une grange sur une colline, près de chez ses parents, pour se rapprocher d’eux.

« Il avait tort de mettre la musique trop fort, je le lui aurais dit. Mais quand on est un imbécile, on ne doit pas mourir pour autant. » Sa voix ne tremble pas. Elle exige une instruction judiciaire. « Avec les mois d’enquête, les vidéos, les incohérences, c’est impossible qu’il y ait un non‑lieu. Il faut absolument que ça passe en instruction. »

Romain, le maire : « On sent une protection des procureurs »

Romain connaissait Gabriel depuis l’adolescence. Amis, vacances au ski, à la mer. C’est lui qui reçoit l’appel des pompiers le soir du drame. Il arrive sur place cinq minutes après la mort du jeune homme. « Stupéfaction. On comprend pas. » Très vite, il découvre les incohérences. L’absence de sirène. Les sommations bâclées. Le premier gendarme qui dit « C’est bon, je l’ai eu ».

Il rencontre la famille, lit la procédure, visionne les vidéos. Sa conclusion est sans appel : « Les gendarmes sont arrivés et ont directement tiré le rideau. Ils ont forcé l’entrée. Gabriel l’a vécu comme une intrusion. » Puis il analyse la décision de justice : « On veut nous faire croire que c’était Gabriel ou lui. Question de vie ou de mort. Mais est‑ce que c’est rationnel de tirer parce qu’on a peur ? »

Le maire va plus loin. Il évoque un sentiment de protection institutionnelle. « On sent une espèce de protection des procureurs envers les forces de l’ordre. » Il cite l’affaire Naël, tué en 2023 par un policier à Nanterre. « Là encore, malheureusement, on n’arrive pas à être surpris. » Il refuse pourtant la violence. « Je ne veux pas la vengeance. Je veux la vérité et la justice. »

Une date. Un virement. Une question. Ici, ce sont des balles et une procureure qui ferme les yeux.

La machine à étouffer — 47 morts en dix ans

Ce n’est pas la première fois qu’une mort lors d’une intervention policière ou gendarmerique se conclut par un classement sans suite. StreetPress recensait déjà 47 morts entre 2007 et 2017 dans des circonstances similaires. Le ministère de l’Intérieur annonçait pour 2025 une hausse des interpellations de 32 % — mais aucun chiffre officiel ne comptabilise les décès.

Le parquet de Niort a estimé que le gendarme avait agi en légitime défense. Pourtant, les vidéos montrent que Gabriel ne chargeait pas, qu’il reculait même après le premier tir. La trajectoire de la balle prouve qu’il tournait le dos. Les collègues du tireur ont quitté les lieux — signe qu’ils ne se sentaient pas en danger immédiat.

Isabelle B. et Romain ont déposé une nouvelle plainte. Ils espèrent que cette fois, un juge d’instruction sera nommé. « Il faut absolument que ça passe en instruction », répète le maire. Sans cela, la décision du parquet restera définitive. Le gendarme tireur — dont le nom n’a jamais été rendu public — reprendra son service comme si de rien n’était.

À suivre.

Sources :

  • Transcript de l’enquête vidéo — Le Dossier (déclaration d’Isabelle B., du maire Romain, extraits de la bodycam).
  • Ouest-France — « Un hommage public à Gabriel B. organisé aux Deux‑Sèvres », 21 mai 2026.
  • Révolution Permanente — « Mort de Gabriel B. : un an après, la famille dépose une nouvelle plainte », 21 mai 2026.
  • Alouette.fr — « Gabriel B. tué par un gendarme : un an déjà », 21 mai 2026.
  • StreetPress, 2017 — Enquête sur les morts lors d’interventions des forces de l’ordre (données de référence).

📰Source :youtube.com

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