GIGN : l'enquête qui dévoile le rôle français dans la naissance d'Al-Qaïda

1979 : le choc de La Mecque et l'impensable erreur française
Épisode oublié. Trou noir dans la mémoire collective. Le 20 novembre 1979, des hommes armés investissent le plus haut lieu saint de l'islam. Leur chef : Jouhayman al-Utaybi, ancien garde national. Son reproche : la famille royale saoudienne, corrompue par l'Occident. Il réclame sa chute. Les Saoudiens ? Désemparés. Les rebelles tiennent les sous-sols de la mosquée, avec des milliers d'otages.
Quatre jours plus tard, l'Élysée reçoit un appel. Le prince turc demande l'aide de la France. Giscard d'Estaing accepte. Il envoie trois hommes du GIGN. Ordre du commandant Broutot — « Vous les formez, vous les encadrez, on fait le chemin tactique ensemble et dès qu'ils sont prêts, ils font l'opération tout seuls. » Les hommes du GIGN arrivent le 28 novembre à Taëf, à quelques kilomètres de La Mecque.
Problème : pas de plans de la mosquée. Qui les a ? Le groupe Ben Laden. L'entreprise du père d'Oussama Ben Laden venait de réaliser des travaux de rénovation. « Ils avaient tous les plans. Les plans du réseau de tunnels, du réseau électrique, tout ce qui était nécessaire pour élaborer efficacement un assaut », raconte un ancien du GIGN. La suite ? Édifiant.
Quatre jours. Les Français préparent la stratégie. Ils proposent de diffuser du gaz incapacitant dans les sous-sols par les conduits d'aération. Le 3 décembre 1979, l'assaut est donné. Les hommes du GIGN restent à l'hôtel — non-musulmans, ils n'ont pas le droit d'entrer dans le lieu saint. Les forces saoudiennes progressent, masques à gaz. Les rebelles ripostent avec des lance-flammes. Quatorze jours de siège. Les insurgés sont capturés. On les exécute tous.
Parmi eux, des djihadistes étrangers. À quelques centaines de kilomètres, un jeune étudiant de 22 ans suit les événements à la télévision. Il s'appelle Oussama Ben Laden. « C'est l'entreprise de son père qui a fourni les plans », dit l'enquête. Ce jour-là, Ben Laden assiste à son premier acte de djihad international. « Des hommes de différentes nationalités se battent ensemble pour une cause religieuse commune. » La graine, plantée.
L'ascension de Ben Laden : du chantier au djihad afghan
- Oussama Ben Laden a 22 ans. Chef de chantier chez son père, marié, père d'un enfant. La prise de La Mecque le marque. Mais voilà qu'en décembre 1979, l'Union soviétique envahit l'Afghanistan. Les services saoudiens cherchent un émissaire pour gérer l'aide financière aux moudjahidines. Leur choix : Ben Laden. 23 ans. Il part au Pakistan.
Là-bas, rencontre Abdallah Azzam, le « père du djihad ». Azzam théorise le djihad transnational. Ben Laden devient son disciple. Ensemble, ils attirent des volontaires arabes. Les États-Unis, obsédés par la guerre froide, arment les moudjahidines. 1986 : Washington décide d'envoyer des missiles Stinger. « Nous ne sommes pas là pour bâtir une nation, nous sommes là pour faire saigner du russe », confie un responsable américain à un journaliste.
Bascule : bataille de Jaji, 17 avril 1987. Les Soviétiques attaquent le camp de Ben Laden. Il s'évanouit — « jamais été aussi près de mourir », dit un témoin. Mais ses hommes tiennent bon. Ben Laden comprend le pouvoir de la propagande. Il se filme à cheval dans le désert, seul, en chef de guerre. « Il y a un mythe qui se construit, un peu similaire au mythe de Che Guevara. » Ses vidéos circulent dans tout le Moyen-Orient. Il devient une légende.
Août 1988. Les Soviétiques reculent. Ben Laden réunit Azzam et Ayman al-Zawahiri — le dangereux Égyptien — chez lui. Ils décident de créer une organisation internationale pour rassembler tous les djihadistes. Ils l'appellent Al-Qaïda, « la base ». Ben Laden, commandant en chef. Pas pour ses idées, mais pour son argent. L'organisation secrète est née.
Al-Qaïda : l'organisation secrète que la CIA a ignorée
Des années durant, les services occidentaux ferment les yeux. 1988 : la CIA apprend que Zawahiri est arrivé au Pakistan. Mais les Américains, euphoriques après leur victoire contre l'URSS, ne s'intéressent pas à ces fanatiques. Un haut responsable de la CIA dit à son homologue français : « Mais nous contrôlons tout puisque nous payons. » Erreur. Fatale.
1989 : Abdallah Azzam meurt dans un attentat à la voiture piégée. Zawahiri reste seul avec Ben Laden. « Pour Zawahiri, c'était un obstacle en moins. Il avait un accès total à Ben Laden. » Leurs ambitions divergent. Ben Laden veut chasser les Soviétiques jusqu'en Russie. Zawahiri veut renverser le pouvoir en Égypte. Mais un objectif commun : créer un État islamique.
1990 : l'Irak envahit le Koweït. Ben Laden propose ses services au ministre de la Défense saoudien : « Je peux mobiliser de nombreux moudjahidines arabes. » Refus. Les Saoudiens préfèrent l'armée américaine. Ben Laden, furieux. « Il avait été utilisé par les Américains et l'Arabie Saoudite. Il était très en colère. » Il se radicalise. Son ennemi devient les États-Unis.
Mai 1991 : il s'installe au Soudan. Il finance des camps d'entraînement. Février 1993 : premier attentat contre le World Trade Center. Échoue de peu. 1996 : la CIA découvre enfin l'existence d'Al-Qaïda. Un repenti a volé des documents. « Ils ont trouvé des détails sur les salaires, l'assurance, l'organisation », dit l'enquête. Trop tard.
Mai 1998 : Ben Laden enregistre une vidéo de menace. « Nous prévoyons un jour noir pour l'Amérique. Elle devra ramasser les corps de ses enfants jusque sur son sol. » 7 août 1998 : ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie explosent. 224 morts. Bill Clinton ordonne des frappes de représailles. 12 octobre 2000 : l'USS Cole attaqué au Yémen. 17 marins tués.
Le 11 septembre et l'impunité des vrais responsables
6 août 2001 : la CIA remet une note au président George W. Bush. Risque d'attentat sur le sol américain. Bush ignore. 11 septembre 2001 : 19 pirates de l'air, quatre avions détournés, près de 3 000 morts. Le monde bascule.
Ben Laden, le cerveau. Mais l'enquête montre : les États-Unis ont laissé faire. Décembre 2001, Tora Bora. Les forces américaines encerclent Ben Laden. Pas assez de troupes au sol. Il s'échappe. « Faute de troupes américaines au sol », confirme l'analyse.
20 mars 2003 : invasion de l'Irak. L'administration Bush invente un lien entre Saddam Hussein et Al-Qaïda. Ce lien n'existe pas. Mais la guerre offre un second souffle à l'organisation terroriste. Abou Moussab al-Zarqaoui, disciple de Ben Laden, prend la tête d'Al-Qaïda en Irak. Il s'attaque aux chiites. Il crée un État dans l'État.
Attentats en série : Madrid 2004 (191 morts), Londres 2005 (52 morts). Ben Laden se cache à Abbottabad, Pakistan — en plein cœur d'une académie militaire. « Il me paraît impossible de croire que les ISI (services pakistanais) ne savaient pas », dit un expert. Cinq ans cloîtré. Télévision, lettres.
1er mai 2011 : opération Neptune's Trident. 38 minutes. Les Navy SEALs tuent Ben Laden d'une balle dans la tête et la poitrine. Son corps jeté en mer. Obama annonce : « Les États-Unis ont mené une opération qui a tué Oussama Ben Laden. » Les Américains dansent dans les rues. Mais le mal est fait.
Les héritiers : de Baghdadi à Paris 2015
Ben Laden mort. Ses héritiers prennent le relais. Abou Moussa al-Souri, son ancien chargé de communication, rédige un texte de 1 600 pages en 2004. Son analyse : le modèle du 11 septembre est obsolète. « Les Américains sont trop forts, c'est l'Europe qu'il faut viser. » Sa stratégie : provoquer une haine de l'islam en Europe par des attentats meurtriers. Les musulmans d'Europe, stigmatisés, rallieront alors le djihad.
2010 : Abou Bakr al-Baghdadi devient le chef d'Al-Qaïda en Irak après la mort de Zarqaoui. Il transforme l'organisation. Il prend le contrôle de territoires en Irak et en Syrie. 5 juillet 2014 : il apparaît dans la grande mosquée de Mossoul. Il se proclame calife de l'État islamique. « J'ai été choisi pour être votre suzerain », dit-il.
« C'était le grand projet de Ben Laden. Baghdadi est en train de le concrétiser », analyse l'enquête. L'État islamique, c'est une armée, une administration, des véhicules, du matériel. Il attire des combattants du monde entier — comme en Afghanistan dans les années 80. Il est encore plus violent qu'Al-Qaïda. Il décapite, réduit en esclavage, brûle vif.
13 novembre 2015 : Paris frappé. 130 morts. Bataclan, terrasses, Stade de France. Attentats revendiqués par l'État islamique. La conséquence directe de quarante ans de chaos. De La Mecque à Paris, en passant par le GIGN, les missiles Stinger, les guerres d'Afghanistan et d'Irak. L'Occident a armé, financé, ignoré. Aujourd'hui, il récolte.
Les questions, elles, restent. Pourquoi la CIA n'a-t-elle pas agi en 1998 ? Pourquoi les États-Unis ont-ils laissé fuir Ben Laden à Tora Bora ? Pourquoi l'administration Bush a-t-elle menti sur l'Irak ? Pourquoi les services pakistanais ont-ils protégé le terroriste numéro un pendant cinq ans ?
Les réponses sont là. Archives, témoignages, documents volés. Le Dossier publie cette enquête. Pour que la vérité éclate. Pas de conclusion générique. Seulement des faits. Et un constat : le terrorisme islamiste n'est pas né du vide. Il a été fabriqué, étape par étape, par les puissances qui devaient le combattre.
Sources :
- Témoignages d'anciens membres du GIGN (documentaire)
- Archives vidéo d'interviews d'Oussama Ben Laden
- Documents des services de renseignement saoudiens
- Plans du groupe Ben Laden pour la Grande Mosquée
- Conversations avec des responsables américains au Pakistan
- Témoignages d'anciens agents de la CIA
- Interviews des journalistes Robert Fisk et Abdel Bari Atwan
- Documents volés par un terroriste repenti à Al-Qaïda
- Archives de la CIA (note du 6 août 2001)
- Enregistrements audio et vidéo de Ben Laden
- Texte de 1 600 pages d'Abou Moussa al-Souri
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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