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JusticeÉpisode 6/24

Gabriel Bée : la procureure n'a pas tout vu, la famille exige une instruction judiciaire

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Gabriel Bée : la procureure n'a pas tout vu, la famille exige une instruction judiciaire
© YouTube

23 h 30, le 20 mai 2025. Gabriel Bée, 33 ans, écoute de la musique trop fort dans sa maison d’Augé, en Deux-Sèvres. Un voisin appelle la gendarmerie. Trois hommes en uniforme arrivent. Cinq minutes plus tard, Gabriel est au sol, une balle dans le corps. Il meurt cinquante minutes après, dans des souffrances que sa mère n'ose imaginer. Un an plus tard, l'affaire est classée sans suite — la procureure de Niort estime que le gendarme tireur a agi en légitime défense. Seul problème : elle n'a pas vu toute la vidéo.

21 mai 2025 : une intervention de routine qui tourne au drame

Rien ne laisse présager une issue fatale. Gabriel Bée, moniteur de ski l'hiver, cordiste l'été, a acheté une grange dans son village natal pour se rapprocher de sa famille. Il est sportif, mince, 1,76 mètre. Pas un colosse. Pourtant, les gendarmes racontent une tout autre histoire — selon eux, Gabriel les aurait menacés avec une matraque, les obligeant à riposter.

Les pompiers appellent Romain, le maire, à minuit. « On m'annonce qu'il y a quelqu'un sur ma commune en urgence absolue, blessé par balle, par un gendarme. J'arrive sur place et 5 à 10 minutes après, Gabriel perd la vie. » Il ne comprend pas. Comment une intervention pour nuisance sonore a-t-elle pu dégénérer à ce point ? La réponse, il la trouvera plus tard dans le dossier judiciaire.

Isabelle Bée apprend la nouvelle le lendemain, convoquée à la gendarmerie de Niort. « Votre fils est mort. » Son mari réagit immédiatement : « Mais trois hommes contre un, ils sont pas capables de maîtriser à trois ? » La question reste entière. Trois gendarmes formés, équipés, face à un jeune homme seul dans son jardin. Deux d'entre eux ont choisi de sortir de la propriété. Le troisième a dégainé.

Les vidéos qui contredisent la version officielle

Deux vidéos existent. Celle de Gabriel, tournée avec son téléphone juste avant le drame — il voulait garder une trace de l'intrusion. Et la bodycam des gendarmes, qui a enregistré les tirs et les paroles qui ont suivi.

Sur la vidéo de Gabriel, on voit l'arrivée des gendarmes. Pas de sirène. Pas de girophare. Ils s'arrêtent devant le portail, le franchissent rapidement. Gabriel surgit, une matraque à la main. « Sortez de chez moi ! » hurle-t-il. Deux gendarmes obéissent et reculent. Le troisième, le tireur, reste planté au milieu de la cour. Il brandit son arme. Gabriel se retourne. Le premier coup part en l'air. Gabriel sursaute, se retourne encore. Le second tir est mortel.

La bodycam révèle l'indicible — on entend le tireur dire : « C'est bon, je l'ai eu. » Puis son collègue : « Oh putain, tu l'as buté ! » (oui, vous avez bien lu). Isabelle Bée raconte : « C'est atroce. Ces mots, c'est tout ce qu'ils ont trouvé à dire. » La suite ? Édifiant. La trajectoire de la balle, selon Romain, prouve que Gabriel tournait le dos. « Le gendarme tire de côté, alors qu'il est en train de sortir. Gabriel n'est pas face à lui. » Pourtant, la procureure retient la légitime défense.

« Je n'ai pas pu tout voir » : l'aveu troublant de la procureure

Isabelle Bée et Romain rencontrent la procureure de Niort après le classement sans suite. Ils espèrent des explications. Ils obtiennent une confession glaçante. « Je me suis concentrée sur le moment du tir. Cette vidéo est très longue. Je n'ai pas pu tout voir. » Isabelle est sous le choc : « Elle a admis ne pas avoir visionné l'intégralité de la pièce. » Romain confirme : « Je lui ai posé une question sur un passage précis. Elle m'a répondu : "Je ne sais pas". »

Voilà. Comment une procureure peut-elle classer une affaire sans avoir examiné l'ensemble des preuves ? La vidéo de Gabriel montre le déroulé complet — l'arrivée silencieuse, les sommations non réglementaires, la réaction du jeune homme. La procureure ne l'a pas vue. Elle s'est focalisée sur les secondes du tir, sur la bodycam. Elle a ignoré le contexte. Elle a pris une décision irrévocable sur la base d'un visionnage partiel. Isabelle pose la question qui tue : « Qu'est-ce qu'elle a à cacher ? »

Les incohérences ne s'arrêtent pas là. Pas de sirène, pas de girophare — pourtant, un tapage nocturne justifie-t-il un tel silence ? Les sommations des gendarmes ne sont pas celles du code de procédure : ils crient « monsieur », pas « gendarmerie ». Et surtout, deux d'entre eux sont sortis du domicile. Pourquoi le troisième a-t-il fait volte-face et tiré ? « Il explique sa peur, rapporte Romain. Il dit que Gabriel allait le frapper avec la matraque. Mais Gabriel n'a jamais dit "je vais te tuer". Il a dit "sors de chez moi". C'est tout. »

La famille Bée : pas de vengeance, mais la vérité

Isabelle Bée est catégorique : elle ne veut pas la vengeance. « Je suis profondément non violente. Je veux la justice. » Le 21 mai 2026, un hommage public a été organisé chez Gabriel — un an jour pour jour après sa mort. Des roses, des messages, des souvenirs. Derrière l'émotion, la détermination intacte. « Avec les mois d'enquête qu'il y a eu, les vidéos, ce qu'on voit, les incohérences, c'est impossible qu'il y ait un non-lieu. Il faut absolument que ça passe en instruction. »

Un appel à une nouvelle plainte a été lancé (révolutionpermanente.fr). La famille et le maire exigent l'ouverture d'une instruction judiciaire confiée à un juge indépendant. « C'est pas possible autrement », insiste Romain. « On nous dit "le gendarme a eu peur pour sa vie". Mais est-ce que la peur justifie de tuer quelqu'un qui tourne le dos et qui vous demande simplement de sortir de chez lui ? »

Isabelle a récupéré le chien de Gabriel, Skye, qui s'était enfui après les tirs. La chienne est traumatisée — elle ne supporte plus les bruits forts, refuse de s'éloigner de la maison. « Elle est devenue dépressive. » Un symbole de ce que la violence institutionnelle laisse derrière elle : des vies brisées, des animaux blessés, une communauté en colère.

Un système de protection institutionnelle ?

L'affaire Gabriel Bée n'est pas un cas isolé. Romain le rappelle : « On sent une protection des procureurs envers les forces de l'ordre. » Il cite l'affaire Nahel ; d'autres noms pourraient s'ajouter. Selon une enquête de StreetPress (2017), 47 personnes sont mortes entre 2007 et 2017 à la suite d'une intervention des forces de l'ordre. Beaucoup de ces affaires, la justice les a classées sans suite.

Le parquet de Niort a suivi le rapport de l'IGGN (Inspection générale de la Gendarmerie nationale), qui conclut à la légitime défense. Mais ce rapport est-il indépendant ? L'IGGN dépend du ministère de l'Intérieur. Les gendarmes enquêtent sur les gendarmes — la suite est prévisible. « On peut avoir l'impression qu'il y a une espèce de protection », reconnaît Romain. « Moi qui ne suis pas très militant, je me dis : "Ouais, ça pue." »

Isabelle garde espoir. « La procureure m'a dit à la fin de la rencontre : "Vous pourriez mettre le feu à la ville et même au département." Je lui ai répondu que je ne voulais pas ça. Je veux juste la vérité. » Mais cette vérité semble s'éloigner à mesure que les institutions se referment. Les preuves vidéo existent. Les témoignages sont là. Les incohérences sont flagrantes. Pourtant, la justice décide de ne pas voir.

Conclusion : un appel à l'instruction

Un an après la mort de Gabriel Bée, sa famille et son maire lancent un ultime appel. « Il faut une instruction judiciaire. » Pas de vengeance, pas d'émeute. Simplement la volonté que les faits soient examinés par un juge impartial. Que la procureure admette son erreur — ou que la hiérarchie la rattrape. Que les vidéos soient visionnées dans leur intégralité. Que les questions posées par Romain trouvent une réponse.

« Je ne veux pas de mal à cet homme, dit Isabelle. Je veux que ce genre de choses n'arrive plus jamais. » En attendant, elle continue de se battre. Avec Skye, la chienne traumatisée, et les rosiers plantés chaque mois sur la tombe de Gabriel. Un rosier par mois, une citation, un message d'amour. Une bataille contre l'oubli et l'impunité.

Les sources : transcript de la vidéo « Gabriel B. tué par un gendarme : la procureure avoue n'avoir pas tout vu » (YouTube, I4icPRYTHpY), Ouest-France (21 mai 2026), Révolution permanente, Alouette.fr. L'affaire est suivie par Le Dossier dans le cadre de son enquête sur les violences institutionnelles et les classements sans suite.

📰Source :youtube.com

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