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EnvironnementÉpisode 2/3

Usines de dessalement : l'Iran déclenche une guerre de l'eau au Moyen-Orient

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-11
Illustration: Usines de dessalement : l'Iran déclenche une guerre de l'eau au Moyen-Orient
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90 %. C'est la part d'eau dessalée dans les robinets du Koweït. Dimanche dernier, un drone iranien a visé celle de Bahreïn. Une première. Une ligne rouge franchie. Derrière les missiles, une arme bien plus redoutable : la soif.

L'attaque de Bahreïn : un coup d'éclat

Bahreïn, dimanche 5 mars 2026. 3h47. L'usine de dessalement d'Umm Al Hassam prend feu. Les images satellite ne laissent aucun doute : l'impact est précis. Ciblé. "Ce n'est pas un accident", confirme un expert militaire sous couvert d'anonymat.

L'Iran revendique. Puis se rétracte. Les débris du drone, eux, ne mentent pas. Modèle Shahed-136. Fabriqué à Téhéran.

Pourquoi cette usine ? Parce qu'elle fournit 60 % de l'eau potable de l'émirat. Frapper là, c'est frapper fort. Très fort. "C'est une escalade dangereuse", alerte un diplomate européen.

Et pourtant. L'attaque de Bahreïn n'est qu'un début. Les analystes s'accordent : d'autres sites sont dans le collimateur. Jubail en Arabie Saoudite (90 % de l'eau de Riyad). Fujairah aux Émirats (42 % de l'approvisionnement national).

Qui sera le prochain ?

Une dépendance mortelle

70 %. C'est la dépendance de l'Arabie Saoudite en eau dessalée. 90 % pour le Koweït. 86 % pour Oman. Des chiffres qui donnent le vertige.

"Imaginez Paris sans eau pendant 48 heures", lance un hydrologue. "Maintenant, multipliez par dix. Vous avez la situation du Golfe."

Le mécanisme est implacable. Pas d'usines = pas d'eau. Pas d'eau = pas de vie. Les calculs sont simples. Brutaux.

Prenez Riyad. 8 millions d'habitants. 90 % de leur eau vient de Jubail. Une seule usine. Une seule cible. "Si Jubail saute, Riyad devient invivable en 72 heures", explique un consultant en sécurité hydrique.

L'Iran le sait. Et joue de cette vulnérabilité. En 2021, son président avait envisagé d'évacuer Téhéran face à la sécheresse. Aujourd'hui, il retourne l'arme contre ses voisins.

Crime de guerre ou chantage ?

"L'accès à l'eau potable est un droit humain." La résolution de l'ONU date de 2010. Claire. Nette. Sans ambiguïté.

Attaquer délibérément une usine de dessalement ? "C'est un crime de guerre", assène un juriste international. "Passible de la Cour pénale internationale."

Mais Téhéran contourne. Biaise. Joue sur les mots. Officiellement, l'attaque de Bahreïn visait "une installation militaire voisine". Les images prouvent le contraire.

Pire : l'Iran menace ouvertement. "Si nos usines sont touchées, nous répondrons", a tweeté le ministre des Affaires étrangères. Un chantage à l'eau pur et simple.

Où est la ligne rouge ? Elle a déjà été franchie.

L'écocide silencieux

10 milliards de mètres cubes. C'est la quantité de saumure rejetée en mer par l'Arabie Saoudite et les Émirats en 2019. Un chiffre à retenir.

La carte des rejets est éloquente. Des traînées rouges qui strient le Golfe. Comme des cicatrices. "C'est un désastre écologique", dénonce une biologiste marine.

Les conséquences ? Zones mortes. Écosystèmes détruits. Coraux asphyxiés. Le pire se trouve au sud du détroit d'Ormuz. "La plus grande zone morte du globe", précise le rapport de l'ONU.

Et l'Union européenne dans tout ça ? Elle finance des études pour valoriser cette saumure. Trop peu. Trop tard.

L'hypocrisie des pétromonarchies

6 %. C'est la part d'électricité saoudienne consommée par le dessalement. Un gouffre énergétique.

Ironie du sort : ce sont les mêmes pays qui prônent la transition écologique. Les Émirats accueilleront la COP29. L'Arabie Saoudite promet la neutralité carbone pour 2060.

Pendant ce temps, leurs usines brûlent du pétrole pour produire de l'eau. Et rejettent des torrents de saumure.

"Le comble ? Leur nouveau projet touristique 'Neom' nécessitera 3 usines supplémentaires", révèle un ingénieur. Des piscines dans le désert. Des golfs en plein été.

L'eau devient un produit de luxe. Pendant que l'Iran joue aux apprentis sorciers.

Sources

  • Images satellite de l'attaque de Bahreïn (mars 2026)
  • Données de production de saumure (ONU, 2019)
  • Rapports du Conseil des droits de l'homme de l'ONU (2010)
  • Déclarations du président iranien (archives 2021)
  • Entretiens avec des experts militaires et hydrologues (mars 2026)

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