Violences LGBTphobes : 1771 victimes en 2025, la France finance les anti-genres

1771. C’est le nombre de personnes qui ont déclaré des violences liées à leur orientation sexuelle ou à leur expression de genre en 2025. Soit 200 de plus qu’en 2024. Les crimes et délits anti-LGBT ont triplé entre 2016 et 2024. Pendant ce temps, la France est devenue le deuxième pays européen — après la Hongrie — à financer les mouvements anti-genres. 145 millions d’euros. Les associations LGBTQ+ subissent des coupes budgétaires. Les bars queer parisiens lancent une pétition. Et dans la nuit du 30 au 31 mai 2025, Noam, 19 ans, a été violemment frappé à Metz après des insultes homophobes. L’enquête.
1771 déclarations, un triplement en huit ans
Les chiffres sont là. Selon le rapport 2025 de SOS Homophobie, 1771 personnes ont déclaré des violences liées à leur orientation sexuelle ou à leur expression de genre. Deux cents de plus que l’année précédente.
L’Observatoire des inégalités confirme la tendance. Entre 2016 et 2024, le nombre de crimes et délits anti-LGBT a triplé. Une progression de 13 % par an depuis 2019.
Le ministère de l’Intérieur avance un chiffre différent : 2 % d’augmentation en 2025. Pourquoi un tel écart ? Les associations le disent : les chiffres officiels sous-estiment massivement la réalité. Peu de victimes portent plainte.
Noam, 19 ans, en est la preuve. Dans la nuit du 30 au 31 mai 2025, il a été violemment frappé à Metz après des insultes homophobes. Ses proches ont rapporté les faits. Le silence politique a été « assourdissant », selon Laurent, co-fondateur du bar queer Merci Marsha.
« De la classe politique, de l’absence de mots pour dire de quoi il est mort », déclare-t-il.
La minute de silence à l’Assemblée nationale a dû être « exigée » par la communauté et les députés alliés. Elle n’a pas été spontanée.
Bars queer sous pression : eau de Javel, drapeaux arrachés, menaces
À Paris, sept bars queer ont lancé une pétition. Leur constat est glaçant. Laurent, co-fondateur de Merci Marsha, raconte.
« Au début, on a vécu ça comme quelque chose d’un peu honteux. On se disait qu’on n’avait peut-être pas choisi le bon endroit. »
Puis les agressions se sont accumulées. Des messages placardés sur la façade : « Laissez les femmes et les enfants dormir ». Des drapeaux arrachés, un par un. Des altercations avec les habitués. Puis un jour, un seau d’eau de Javel jeté sur le bar.
« On a commencé à faire un post sur les réseaux sociaux. Et ce post a été relayé par énormément de bars. Ces bars-là sont revenus nous voir en message privé : "Nous aussi, on vit ça. Nous aussi, on avait honte." »
La pétition est née de cette mutualisation. Elle rassemble des bars indépendants parisiens, mais aussi des collectifs de drags. Ces mêmes violences se reproduisent dans des festivals, même à Paris.
La Mutinerie, autre bar queer de la rue de la Villette dans le 3e arrondissement, a subi un jet de pierre sur un client. La plainte a été prise « assez vite » parce que des élus se sont mêlés de l’affaire. Mais l’enquête ? « On ne sait même pas s’il y aura enquête », lâche Laurent.
Pour Merci Marsha, le dépôt de plainte a été un calvaire. Quatre heures d’attente au commissariat. Et quand on reçoit un seau d’eau souillée depuis un balcon — un seul balcon dans la rue —, identifier l’auteur ne semble pas insurmontable. Pourtant, les agresseurs restent anonymes.
« Aujourd’hui, ces personnes sont considérées comme victimes. Victimes du bruit. Elles utilisent l’application Dans Ma Rue pour faire des signalements à n’en plus finir. »
L’application, conçue pour signaler des incivilités, est détournée. Les bars queer deviennent les accusés. Les vrais agresseurs, eux, restent dans l’ombre.
En milieu rural, l’isolement et la peur de la police
Hugo Munch est trésorier et fondateur de Queer des Champs, une association de lutte pour les droits LGBT en milieu rural. Son constat est sans appel.
« En ruralité, il n’y a pas d’anonymat pour la communauté queer. C’est du outing permanent. Mais il n’y en a pas non plus pour les agresseurs. »
Son association a consulté 1300 personnes vivant en milieu rural. Les résultats sont accablants : 72 % des personnes LGBT se sentent isolées dans leur zone de vie. 45 % ont été victimes d’actes LGBTphobes.
Et parmi ces victimes, la majorité ne porte pas plainte. Pourquoi ? « On a peur de la police », répond Hugo Munch. En zone rurale, aller à la gendarmerie, c’est exposer son identité sur la place publique. On préfère garder le silence.
Les gestes symboliques des municipalités alliées sont systématiquement dégradés. À Bram, petit village occitan, la mairie repeint les passages piétons aux couleurs arc-en-ciel pendant le mois des fiertés. Elle met le drapeau sur la mairie. Pendant la nuit, tout est dégradé.
« L’année dernière, un mec déguisé en curé avec une soutane a escaladé le mur de la mairie pour arracher les drapeaux. Les passages piétons sont tagués avec des messages de mort. »
Les agresseurs se cachent. Mais tout le monde se connaît. Le paradoxe est total.
145 millions d’euros : la France, deuxième financeur des mouvements anti-genres
Le rapport d’Amnesty International, à paraître en 2025, s’intitule « Stratégie des mouvements anti-genre en France et dans le monde ». Ses conclusions sont explosives.
La France est le deuxième pays européen — après la Hongrie — à financer les mouvements anti-droits et anti-genres. Le montant ? 145 millions d’euros. Ces mouvements sont structurés, transnationaux et soutenus par des milliardaires.
Pendant ce temps, les associations LGBTQ+ subissent des coupes budgétaires. La région Île-de-France a retiré 25 000 euros de subventions à l’Inter-LGBT après la polémique sur l’affiche de la Pride parisienne 2025. Une affiche qui a provoqué des menaces de mort contre le président de l’Inter-LGBT. Une douille de balle a été reçue dans sa boîte aux lettres.
L’Agence Régionale de Santé (ARS) a annoncé le retrait de 160 000 euros de subventions au Planning Familial de la Gironde. Effectif en 2027.
La Cour des comptes, elle, recommande de soutenir financièrement les associations LGBT+ en milieu rural. Mais les recommandations ne sont pas des décisions.
L’extrême droite aux portes du pouvoir : abstention et coupes
À moins d’un an de l’élection présidentielle, la communauté queer regarde avec angoisse la montée de l’extrême droite. Les signaux sont concrets.
Au niveau national ou européen, l’extrême droite a voté l’abstention contre l’interdiction des thérapies de conversion. Un geste politique qui, selon Hugo Munch, « n’a aucun impact en ruralité ». Ce qui parle aux gens, ce sont les exemples concrets.
Comme Carcassonne. À 10 km de Bram, la mairie RN de Christophe Barthès réduit la sécurité lors des Prides. L’opposition d’extrême droite a voté contre les subventions pour les événements LGBTQ+.
« On a des éléments concrets pour tous les gens qui viennent sur nos événements. On leur dit : "L’année prochaine, ça peut s’arrêter." »
La menace est réelle. Et elle est déjà à l’œuvre.
Un syndicat des lieux queer parisiens en préparation
Face à ces violences, la communauté s’organise. Une pétition est en cours pour fonder un syndicat des lieux indépendants queer parisiens. L’objectif : mutualiser les ressources, partager les bonnes pratiques, et peser face aux institutions.
« Aujourd’hui, on essaie de fonder un syndicat des lieux indépendants queer parisiens. Pour l’instant, c’est déjà quelque chose à gérer. Mais rien que le fait d’avoir ce collectif informel de discussion et d’échange, ça existe déjà. »
Le syndicat n’a pas encore d’existence physique. Mais la pétition est en ligne. Les bars signataires — Merci Marsha, La Mutinerie, et d’autres — sont identifiables.
La formation des policiers : un volontariat qui pose problème
Un des obstacles majeurs au dépôt de plainte est le manque de formation des forces de l’ordre. À Paris, il existe un « agent de liaison » censé aider les victimes d’actes homophobes à porter plainte. Mais cette formation est sur la base du volontariat.
« C’est une aberration totale », tranche Laurent.
Dans les commissariats d’arrondissement, la première personne en face de la victime n’est pas forcément formée. On attend quatre heures. On demande l’agent de liaison. Il n’est pas là. On propose une main courante plutôt qu’une plainte.
« On nous dissuade de déposer plainte. On nous dit : "Revenez quand vous aurez plus de preuves." »
En milieu rural, la situation est pire. Hugo Munch participe au CORAD, le comité départemental de lutte contre les discriminations. La gendarmerie y présente ses chiffres : deux ou trois signalements homophobes. Tout le monde les félicite.
« Nous, on se dit : la réalité terrain, c’est absolument pas ça. »
Queer des Champs a produit sa propre enquête. 45 % des personnes LGBT en milieu rural ont été victimes d’actes LGBTphobes. La raison principale pour ne pas porter plainte : la peur de la police.
Les divisions internes : hommes gays blancs vs personnes trans précaires
Laurent le reconnaît : la communauté queer n’est pas un bloc homogène. Les divisions sont réelles.
« On a des populations qui sont tellement opposées. 100 % de privilège contre 0 % de privilège. Comment on fait pour qu’ils discutent ? »
Un homme gay blanc qui travaille à la banque et n’a subi aucune discrimination à part la couleur de sa cravate. Une personne trans qui doit faire un parcours, trouver un travail, survivre. Les deux sont dans la même communauté. Mais leurs réalités sont aux antipodes.
« Si on veut s’unir, on a besoin de la thune du banquier jusqu’au bénévolat de tout le monde à côté. On a besoin de tout le monde. »
La politisation de la communauté n’est pas une option. Elle est une nécessité. Et elle passe par des lieux comme Merci Marsha, La Mutinerie, ou les événements de Queer des Champs.
Les prochains rendez-vous : Pride à Paris, Albi, Carcassonne
La marche des fiertés de l’Inter-LGBT à Paris est prévue pour le week-end suivant l’interview. Mais il y a aussi des Prides à Albi et à Carcassonne le même week-end.
« Allez-y. Dans n’importe quel lieu identifié, venez rencontrer du monde. »
La pétition pour le syndicat des lieux indépendants queer est en ligne. Les bars signataires sont ouverts. Les associations comme Queer des Champs organisent des événements dans les codes de la ruralité : un événement, tout le monde y va.
« On crée juste le moment où ils vont se rencontrer. »
Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.
1771 victimes déclarées. Un triplement des crimes en huit ans. 145 millions d’euros pour financer les anti-genres. Des coupes budgétaires dans les associations. Des bars queer attaqués à l’eau de Javel. Un jeune de 19 ans frappé à Metz. Une douille de balle dans une boîte aux lettres.
Les faits sont là. Les chiffres aussi. Les recommandations de la Cour des comptes, d’Amnesty International, de SOS Homophobie, de l’Observatoire des inégalités — elles s’accumulent.
Reste à savoir si les pouvoirs publics les entendront.
L’enquête continue.
Sources :
- Rapport SOS Homophobie (2025)
- Rapport Observatoire des inégalités
- Enquête de l’Humanité (à la une)
- Rapport Amnesty International « Stratégie des mouvements anti-genre en France et dans le monde » (à paraître)
- Enquête Queer des Champs (1300 personnes consultées)
- Rapport de la Cour des comptes
- Ministère de l’Intérieur (chiffres sur les agressions)
- Pétition pour le syndicat des lieux indépendants queer parisiens
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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