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SociétéÉpisode 7/6

EXCLUSIF: Laurent Linguet, le président de l'université de Guyane suspendu pour violences sexistes

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-01
Illustration: EXCLUSIF: Laurent Linguet, le président de l'université de Guyane suspendu pour violences sexistes
© Illustration Le Dossier (IA)

Un président dans la tourmente

Laurent Linguet ne siègera plus. Le ministère de l'Enseignement supérieur a tranché : suspension immédiate. "À titre conservatoire", précise le communiqué. Mais les mots sont lâchés. "Violences sexistes et sexuelles".

L'enquête administrative court depuis novembre 2025. Cinq mois de silence. Puis, en février 2026, le parquet de Cayenne est saisi. Pourquoi ce délai ? Les documents officiels restent muets. Mais une source proche du dossier confirme : "Les preuves étaient accablantes".

Voilà où ça se complique. Linguet, professeur de génie électrique, est un spécialiste reconnu. Président de l'université de Guyane depuis 2023. Son salaire ? Conservé. Son poste ? Suspendu pour un an maximum. L'article L.951-4 du Code de l'éducation encadre la mesure. Trop laxiste ?

L'université sous tension

Martine Sébéloué prend les rênes. La vice-présidente du conseil d'administration assure l'intérim. Un contexte explosif.

France-Guyane le révèle : budget en chute libre, professeurs en fuite. L'établissement vacille. "Les départs s'accélèrent depuis 2025", note le journal local. Coïncidence ? Les dates parlent.

L'enquête administrative démarre en novembre 2025. Exactement quand les premiers départs massifs sont constatés. Cause ou conséquence ? Le ministère botte en touche. "Aucun lien", assure-t-on rue Descartes.

Pourtant. Les chiffres sont têtus. Entre 2024 et 2026, le budget de l'université a fondu de 12%. Soit 8 millions d'euros en moins. (Source : France-Guyane). Dans le même temps, 17 enseignants-chercheurs ont claqué la porte.

"L'ambiance était devenue irrespirable", confie un ancien collègue sous couvert d'anonymat. Les documents en attestent.

Une enquête qui traîne

Quatre mois. C'est le temps écoulé entre l'ouverture de l'enquête et le signalement au parquet. Quatre mois de procédures. Quatre mois de risques pour les victimes.

L'inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR) menait l'enquête. Une machine lourde. Trop lente ? "Les signalements internes dataient de début 2025", révèle une source syndicale.

Pourquoi avoir attendu novembre pour agir ? Le rectorat esquive. L'IGESR aussi. Pendant ce temps, Linguet conservait ses pleins pouvoirs.

Regardons les faits. Le 15 octobre 2025, une plainte interne est déposée. Le 3 novembre, l'enquête est ouverte. Le 12 février 2026, le parquet est alerté. Le 1er avril, suspension.

Des délais qui interrogent. "Normal pour ce type d'affaire", minimise le ministère. Les associations de victimes, elles, s'indignent. "Quand il s'agit de petits délits étudiants, les sanctions sont immédiates", tonne la présidente de Stop Violences Campus.

Le précédent qui inquiète

Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms.

En 2022, l'université de Lille vivait un scandale similaire. Trois ans plus tard, même schéma en Guyane. Mêmes lenteurs. Mêmes dénis.

La loi Sauvadet de 2012 oblige pourtant les établissements à agir. "Tout fait de harcèlement sexuel doit donner lieu à une enquête immédiate", stipule l'article 6. La réalité ? Un maquis procédural qui décourage les victimes.

"J'ai porté plainte en interne en mars 2025. On m'a ri au nez", témoigne une employée administrative. Son dossier ? Classé sans suite. Jusqu'à ce que d'autres voix s'élèvent.

Combien de signalements étouffés ? Le ministère refuse de communiquer les chiffres. "Secret disciplinaire", argue-t-on. Une opacité qui arrange.

Ce qui attend Linguet

La suspension n'est qu'une première étape. Deux procédures parallèles sont en cours.

Côté administratif, l'IGESR doit rendre son rapport d'ici juin 2026. Sanctions possibles : avertissement, blâme, exclusion. Côté judiciaire, le parquet de Cayenne enquête.

Le code pénal est clair. Les violences sexuelles au travail sont punies jusqu'à 5 ans de prison et 75 000 euros d'amende. Mais les condamnations restent rares.

Entre 2020 et 2025, seuls 12 présidents d'université ont fait l'objet de sanctions disciplinaires. Aucun n'a été condamné pénalement. Linguet rejoindra-t-il cette liste ?

Une chose est sûre. Son avocat, Maître Delsol, a déjà annoncé la couleur : "Mon client conteste fermement ces accusations". La bataille ne fait que commencer.

Pendant ce temps, à Cayenne, les employés de l'université respirent. Enfin. "On a cru qu'on ne serait jamais entendus", souffle une technicienne. Son nom ? Elle refuse de le donner. La peur est tenace.

Preuve que même suspendu, l'ombre de Linguet plane encore.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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