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PolitiqueÉpisode 17/11

PS : la taxe à 10 centimes par Go qui divise – et la guerre des primaires pour 2027

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-02
Illustration: PS : la taxe à 10 centimes par Go qui divise – et la guerre des primaires pour 2027
© YouTube

Dix centimes d’euro par gigaoctet. C’est le montant de la taxe que le Parti socialiste propose d’instaurer sur les flux de données numériques. Objectif : faire payer les géants du numérique — Google, Amazon, Netflix — aux opérateurs télécoms comme Orange, Free ou Bouygues. Le rendement espéré ? Entre 6 et 11 milliards d’euros par an. Sauf que les spécialistes interrogés par France Info jugent la mesure « pas opérationnelle » et redoutent un report sur la facture des consommateurs. Pendant ce temps, Jérôme Guedj, député PS et candidat à la présidentielle, défend un « discours de vérité » sur le climat et les retraites – et s’oppose frontalement à la motion de censure écologiste. Mais la vraie guerre, celle de la désignation du candidat unique de la gauche pour 2027, s’annonce encore plus féroce.

Taxe sur les données : une proposition qui fait tousser

Commençons par le commencement. Le PS a publié son projet pour 2027. Parmi les 600 ou 700 mesures, une a retenu l’attention : la taxation des flux de données numériques distribuées sur le territoire français. Concrètement, 10 centimes d’euro par gigaoctet. Les plateformes verseraient cette taxe directement aux fournisseurs d’accès internet.

Un calcul hypothétique illustre l’impact : un film HD de 2 heures, c’est environ 6 Go. Soit 60 centimes de taxe. Multipliez par le nombre d’abonnés Netflix, YouTube, TikTok. Le total promet d’être vertigineux.

Sur les réseaux sociaux, la panique a saisi certains internautes. L’un d’eux écrit : « Ça me ferait lâcher au moins 100 balles par mois en taxe. » Un autre chiffre : « Un foyer français payerait 500 € par an en moyenne. »

Est-ce réaliste ? La journaliste Aurore, présentatrice de la séquence « Vrai ou faux » sur France Info, a contacté plusieurs spécialistes : un économiste, un juriste, et Jean Caton, ancien secrétaire général du Conseil national du numérique. Leur verdict est sévère.

D’abord, la faisabilité technique pose problème. « On doute de la capacité à pouvoir réellement flécher tous les flux et les attribuer directement à des plateformes. C’est possible en partie, mais pas pour tout le monde, notamment pour TikTok », rapporte la journaliste. Ensuite, les experts pointent un risque majeur : la taxe sera répercutée sur le consommateur. « Les géants du numérique n’ont pas envie de faire de cadeaux. Si leurs coûts augmentent, ils vont essayer de les répercuter soit dans les abonnements, soit dans leurs tarifs », explique Aurore.

Voilà où ça se complique. La mesure prévoit que les plateformes paient directement aux opérateurs – sans que la taxe n’apparaisse sur la facture de l’utilisateur. Mais les économistes sont formels : sur un marché concentré, les plateformes auront tout loisir d’augmenter leurs prix.

Le PS, lui, mise sur la concurrence. « Sur un marché concurrentiel, ils ne seront peut-être pas tentés d’augmenter leurs abonnements pour rester compétitifs », avance un député joint par France Info. Mais les experts rétorquent qu’il n’existe pas 1 500 plateformes. Les consommateurs sont prêts à payer cher pour leurs abonnements.

Jérôme Guedj, invité de l’émission, défend la proposition. « C’est une boîte à outils. Certaines mesures sont immédiatement opérationnelles, d’autres destinées à déclencher le débat », explique-t-il. Il assume un constat : « Matin, midi et soir, on leur file gratuitement des données qu’eux n’hésitent pas à revendre. Il faut monétiser dans l’intérêt public ce don gratuit. »

Mais un autre socialiste, Philippe Brun, candidat lui aussi à la présidentielle, a mis en garde dans une interview au Point : « Attention à ce que le Parti socialiste ne devienne pas le parti des taxes. » Guedj répond : « Il faut organiser la redistribution, mais d’abord produire. » Il prône une assiette élargie plutôt qu’une multiplication des prélèvements punitifs.

Motion de censure : Guedj dit non, le groupe PS hésite

Lundi, les écologistes déposent une motion de censure contre le gouvernement. Le motif : l’inaction climatique aggravant les vulnérabilités du pays face aux canicules. Le PS est divisé. Jérôme Guedj prend position : non.

« Quel est l’objectif d’une motion de censure ? Alerter sur l’inaction climatique. Mais quand on vote une motion, on veut censurer le gouvernement. Concrètement, demain matin, il n’y a plus de gouvernement. Qu’est-ce qui se passe ? », interroge-t-il. Son argument : la stabilité institutionnelle est nécessaire alors que le budget 2026 est en cours d’examen et que le texte sur la fin de vie doit être voté.

Guedj assume sa ligne : « J’ai pris la décision de ne pas censurer le gouvernement et d’offrir un budget au pays. On a obtenu la suspension de la réforme des retraites, le repas à 1 euro pour les étudiants, et on a expurgé les mesures les plus injustes. C’est une stratégie de compromis. »

Cette position le place en minorité au sein du groupe PS. La fois précédente, 7 ou 8 députés sur 69 avaient voté la motion de censure. « Ce n’est pas 50-50 », précise-t-il. Mais le groupe doit encore décider collectivement. « On va discuter dans le week-end. On se dispute, mais de manière apaisée », ironise-t-il.

Le président du groupe, Boris Vallaud, n’a pas encore tranché. Guedj oppose un refus catégorique : « Remettre une pièce dans la machine de l’instabilité gouvernementale alors qu’on entre dans le débat présidentiel ? Non. »

Climat : le « discours de vérité » qui fâche

La canicule de l’été 2026 frappe. Les experts prévoient des périodes de 60 jours d’affilée à 35 °C. Jean-Marc Jancovici, spécialiste du climat, affirme que la France a les moyens financiers de la transition, mais qu’il faut arbitrer. Notamment en taxant plus fortement les retraités.

Guedj ne recule pas. « Si on ne raconte pas la vérité sur l’état des finances publiques, la crise du pouvoir d’achat, la désespérance des services publics, la crise agricole et le changement climatique, on ne peut pas gouverner », lance-t-il.

Il assume : « Ce sera le capital davantage taxé, et les retraités aisés davantage mis à contribution. » Il précise que les efforts doivent être justes : « Je veux que ceux dont le revenu et le patrimoine le permettent contribuent plus. Pour financer l’amélioration des Ehpad et des services à domicile, c’est entendable. Les retraités ont des enfants et des petits-enfants. »

Mais il refuse de désigner les seuls retraités : « Les revenus du capital doivent aussi contribuer au financement de la protection sociale et de la transition écologique. » Il évoque l’intelligence artificielle, qui substituera du capital à de la masse salariale, et appelle à élargir l’assiette des prélèvements.

Sur le congé climatique, Guedj est prudent : « Il faut réorganiser le temps de travail. La négociation par branche ou par entreprise est plus efficace qu’une solution imposée. »

La guerre des primaires : Guedj, Glucksmann, Faure et Mélenchon en embuscade

Vingt-cinq minutes d’interview, et la question qui fâche arrive : comment le PS compte-t-il désigner son candidat unique pour 2027 ? Les socialistes sont en plein désarroi. Chaque camp propose sa méthode.

Olivier Faure, premier secrétaire, veut une primaire ouverte à tout le corps électoral. Raphaël Glucksmann, candidat de Place Publique, propose un vote des militants et sympathisants du PS et de Place Publique. Jérôme Guedj, lui, penche pour « des gens qui font la démarche positive de rejoindre le PS ou Place Publique, quelques dizaines ou centaines de milliers de personnes ».

La différence est nette. « Olivier Faure veut une primaire ouverte à tous les électeurs inscrits sur les listes électorales. Moi, je veux un corps électoral constitué de ceux qui adhèrent à la démarche », explique Guedj.

Raphaël Glucksmann n’a pas encore donné sa réponse définitive, mais « il ne s’y oppose pas par une fin de non-recevoir », selon Guedj.

L’enjeu est stratégique. Glucksmann a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2027 (source : L’Opinion, 25 novembre 2025). Il se distancie clairement de La France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon. Dans l’interview, il affirme : « Si Jean-Luc Mélenchon est au second tour de l’élection présidentielle, alors ce sera un boulevard pour le Rassemblement national. »

Guedj reprend cette analyse : « Le vote utile ira à ceux qui ont une chance de battre le RN. Jean-Luc Mélenchon n’est pas ce candidat. » Il ajoute : « Moi, je vais pas vendre du rêve. Je veux porter une gauche digne et crédible. »

Un autre socialiste, Philippe Brun, est aussi candidat. Karim Bouamrane, maire PS de Saint-Ouen, a annoncé le 9 juin 2026 qu’il se présenterait comme un candidat « qui fédère » la gauche non mélenchoniste (source : TF1 Info). La multiplicité des candidatures complique l’unité.

Guedj relativise : « À l’automne, il y aura un candidat issu de cet espace. » Il propose un processus en deux temps : d’abord, se mettre d’accord sur une dizaine de mesures clés – « le cap, les orientations, le sens de la candidature ». Ensuite, organiser un vote des militants et sympathisants.

Pas de primaire ouverte à tous, donc. « Notre différence avec Olivier Faure, c’est que nous voulons un corps électoral plus restreint, mais plus engagé », précise-t-il.

Et la France Insoumise dans tout ça ?

La question du « vote utile » taraude la gauche. Jean-Luc Mélenchon est donné au coude-à-coude avec Édouard Philippe dans les sondages. Mais Guedj refuse que la gauche se résume à Mélenchon.

« On nous reproche de mettre du temps à nous mettre d’accord. Mais les insoumis ont eu un vote des militants sur leur projet. Nous aussi. La démocratie interne prend du temps, mais elle est plus efficace », dit-il.

Il met en garde : « Si on sort cette phrase de son contexte, elle devient dangereuse pour la démocratie. » Il fait référence à des appels à « un chef », mais il ne va pas jusque-là.

Le processus doit aboutir à l’automne. D’ici là, les socialistes, Place Publique et les écologistes doivent décider s’ils s’allient ou s’ils partent en ordre dispersé. Les écologistes, de leur côté, ont déposé une motion de censure – sans le soutien de Guedj.

Une date, un virement, une question

La proposition de taxe sur les données n’est qu’un outil de débat, admet Guedj. Mais elle révèle une tension profonde au sein du PS : comment concilier le besoin de recettes nouvelles avec la crainte de passer pour « le parti des taxes » ?

Les experts doutent de son efficacité. Les opérateurs télécoms, eux, n’ont pas commenté. Le gouvernement non plus. Les géants du numérique – Google, Amazon, Netflix – n’ont pas répondu aux sollicitations de la rédaction.

Où va l’argent ? La proposition prévoit de le flécher vers les infrastructures 4G, 5G et les centres de données. Or, les opérateurs investissent déjà massivement. Alors, cette taxe est-elle un cache-misère pour éviter de taxer directement les bénéfices des GAFAM ? Les spécialistes interrogés le suggèrent.

Même Jérôme Guedj admet que la mesure n’est pas opérationnelle en l’état. Il la défend comme un « déclencheur de débat ». Un débat qui, pour l’instant, s’arrête au seuil des studios de France Info.

La gauche républicaine peut-elle s’unir ?

Reste la question centrale : qui sera le candidat unique de la gauche non mélenchoniste en 2027 ? Plusieurs noms s’affichent : Guedj, Brun, Bouamrane, Glucksmann. Sans oublier Olivier Faure, qui porte la primaire ouverte.

Les désaccords sur la méthode sont profonds. Mais Guedj veut croire que l’objectif commun – battre le RN et porter un projet de « République sociale » – finira par l’emporter.

« À la fin, il y en aura qu’un seul. Président de la République », promet-il. En attendant, les socialistes continuent de se « disputer de manière apaisée ».

Sources

  • Interview de Jérôme Guedj, député PS et candidat à la présidentielle, dans l’émission « Vrai ou faux » sur France Info, diffusée le 2 juillet 2026 (source vidéo : YouTube, chaîne Le Dossier).
  • Éléments de contexte : interview de Philippe Brun dans Le Point (date non précisée), déclaration de Raphaël Glucksmann au Nouvel Obs (25 novembre 2025), annonce de Karim Bouamrane sur TF1 (9 juin 2026).
  • Experts cités par la rédaction de France Info : un économiste, un juriste, et Jean Caton, ancien secrétaire général du Conseil national du numérique.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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