JAZZ ET VIOLENCES SEXISTES : L'OMERTA BRISÉE PAR LES FEMMES

La rébellion de Flor Bengig
"Jamais à ma place." Trois mots. Flor Bengig résume dix ans de carrière. La musicienne a quitté L'Impératrice en 2024 — un groupe phare de la scène jazz française. Officiellement pour "raisons personnelles". En réalité, elle fuyait "des humiliations" et "une situation d'emprise".
Retenez ce détail : elle a tout lâché. Les tournées. Les cachets. La notoriété. Pour créer un espace où les femmes décident enfin.
Avec Sophie Newman, elle organise désormais des jam sessions mensuelles. Règles d'or : pas d'hommes. Pas de mains levées. Juste des instruments, des micros, et une liberté retrouvée. "On s'auto-écrase dans les jams mixtes", lâche-t-elle devant les caméras de France 24. Les documents en attestent : sur 120 musiciens programmés au Festival de Jazz de Paris 2025, seulement 18 étaient des femmes.
Le constat est implacable. Le jazz — né dans la souffrance des esclaves noirs — reproduit les pires schémas du patriarcat. China Moses, Thomas Dutronc, Arnaud Dolmen l'ont dénoncé dans une tribune retentissante sur Mediapart. Mais Flor Bengig, elle, agit.
Louise Adona, la psychologue qui électrise les scènes
Louise Adona ne chante pas. Elle cogne. "Descends de ton trône, c'est juste une chaise" — son refrain claque comme un manifeste. La musicienne-psychologue sort "Parasite", un album qui dézingue le patriarcat. Version deluxe.
Son quotidien ? Des consultations avec des victimes de violences sexuelles. Ses nuits ? Des textes brûlants sur "les masculinismes" et "les ultra-riches". "Je suis en colère", assume-t-elle. Pas de demi-mesure. Son univers girly — rose, paillettes, clips colorés — ne doit pas tromper.
"Baby et les monstres". C'est le nom de son label. Un choix militant : "Je voulais diriger tout mon projet artistique". Les majors ? Trop d'hommes. Trop de compromis.
Question rhétorique : pourquoi une psychologue spécialisée dans les violences doit-elle chanter pour se faire entendre ? La réponse est dans les chiffres. Selon le Ministère de la Culture, seulement 14% des programmateurs de festivals jazz sont des femmes.
Les ateliers de la colère
Studio Motorbass, Paris 18e. Cinq femmes s'initient au mixage audio. Scène rare dans un milieu où les techniciens sont à 89% masculins (étude SACEM 2025). "On se fait marcher dessus", explique l'animatrice.
L'objectif est clair : rendre les musiciennes techniquement autonomes. Brancher des micros. Régler une table de mixage. Des gestes simples — mais souvent confisqués par les hommes.
Sophie Newman résume : "Donner du pouvoir par la connaissance". Car les stéréotypes ont la peau dure. "La chanteuse non musicienne qui n'a pas le niveau" — Flor Bengig en a souffert au Conservatoire. Pourtant, son CV est long comme un solo de saxophone.
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. Combien de talents gâchés ? Combien de carrières brisées ?
"Girls Club" : la sororité en musique
"Tête contre tête, on fait plus la guerre que la fête". Dans "Girls Club", Louise Adona célèbre la solidarité féminine. Une rareté dans une industrie qui cultive la rivalité.
Le clip montre des femmes qui s'échangent des fleurs. Pas des coups. "La sororité, c'est ce qui nous sauve", insiste la musicienne. Son album fourmille de collaborations — Maïdi, Sopical, Thérèse. Toutes des artistes engagées.
Preuve que le mouvement dépasse le jazz : Solène, Suzane, Yoa émergent dans la pop mainstream avec des textes féministes. Une percée. Minime mais réelle.
Le jazz, miroir grossissant de la société
- La tribune de Mediapart brise l'omerta. 2026. Les actions concrètes se multiplient. Mais le chemin reste long.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes :
- 23% de femmes dans les écoles de jazz (statistiques CNSM 2025)
- 1 ingénieur du son sur 10 est une femme (syndicat des techniciens)
- 17% de cheffes d'orchestre en France
Flor Bengig et Louise Adona ouvrent une brèche. Leur arme ? La musique. Leur credo ? "Faire tout à fond".
La révolution jazzistique sera féministe — ou ne sera pas.
Sources
- Tribune "Sexisme dans le jazz" (Mediapart, 2024)
- Reportage "Les femmes donnent le la" (France 24, 2026)
- Statistiques Ministère de la Culture (2025)
- Album "Parasite Deluxe" (Louise Adona, 2026)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 3 · 2026-03-29
Violences conjugales : l'impunité scandaleuse des classements sans suiteÉpisode 7 · 2026-04-13
JAZZ ET VIOLENCES SEXISTES : L'OMERTA BRISÉE PAR LES FEMMES
Épisode 15 · 2026-04-02
Périscolaire : le scandale des violences systémiques sur enfants

