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PolitiqueÉpisode 5/9

Trump : 4 milliards de dollars de gains suspects et l'affaiblissement des contre-pouvoirs

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-03
Illustration: Trump : 4 milliards de dollars de gains suspects et l'affaiblissement des contre-pouvoirs
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Quatre milliards de dollars. C'est ce que Donald Trump a engrangé depuis son retour à la Maison-Blanche, selon le New York Times et le Bureau américain pour l'éthique gouvernementale. Le bénéfice annuel d'une banque comme la Banque Populaire, ou vingt Kylian Mbappé. Un enrichissement inédit, porté par les cryptomonnaies, les ventes de produits dérivés — Bibles, guitares, montres — et un cadeau du Qatar : un Air Force One à 400 millions de dollars. Mais Trump a-t-il encore des contre-pouvoirs ? La Cour suprême, qu'il a largement remaniée, vient de lui infliger un camouflet sur l'immigration. Pourtant, le Congrès ne bronche pas. Et l'Amérique latine se « trumpise ». Analyse d'une dérive qui dépasse le simple conflit d'intérêts.

Le camelot en chef : 1,4 milliard de cryptomonnaie et des bibles à 200 000 dollars

Donald Trump vend tout et n'importe quoi. Depuis le Bureau Ovale, il a transformé la présidence en étalage de camelote. Selon le Bureau américain pour l'éthique gouvernementale, ses investissements dans les cryptomonnaies lui ont rapporté 1,4 milliard de dollars en un an. Un chiffre vertigineux.

Comment ? La plateforme WLFI, fondée en 2024 par ses fils et S. Witkoff — son envoyé spécial en Ukraine et au Moyen-Orient — a émis sa propre cryptomonnaie, le WLFI. La vente a rapporté 150 millions de dollars. Mais le jackpot, c'est le « Trump » : une cryptomonnaie lancée trois jours avant son entrée à la Maison-Blanche en 2025, qui a généré 635 millions de dollars.

Le problème ? 85 % des acheteurs perdent de l'argent, selon Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste des États-Unis. Trump ne s'enrichit pas parce que sa monnaie prend de la valeur — il la vend. Comme des jetons de casino. Et il prend un pourcentage à chaque revente. Un système parfait quand votre clientèle est composée de fans prêts à tout pour une photo avec le boss.

Mais il ne s'arrête pas là. Trump vend des Bibles à 200 000 dollars, des guitares signées jusqu'à 11 000 dollars, des montres, des parfums. Il cible sa base : les évangéliques pour les Bibles, les jeunes des campagnes pour les guitares, les MAGA mania pour tout le reste.

Et ce n'est pas illégal. La Cour suprême a immunisé Trump de toute poursuite pour des actes commis pendant sa présidence. Anthony Bellanger, éditorialiste à franceinfo TV, résume : « Personne ne peut le poursuivre. » Même après la présidence. Résultat : 22 000 transactions boursières au nom de Trump durant sa première année. Contre 13 pour Joe Biden en quatre ans.

L'Air Force One offert par le Qatar : un cadeau empoisonné à 400 millions

Le nouvel Air Force One a été inauguré il y a quelques jours par Trump. Un Boeing 747 flambant neuf, entièrement doré à l'or fin. Un cadeau du Qatar. Coût pour le contribuable américain s'il avait dû le payer : 400 millions de dollars. Mais la reconfiguration a coûté 400 milliards supplémentaires, selon le New York Times.

Un mélange des genres flagrant. La Constitution américaine interdit aux présidents de recevoir des cadeaux de puissances étrangères via la clause des émoluments étrangers. Trump s'en moque. Sa réponse, rapportée par Nicole Bacharan : « Quels sont les crétins qui voudraient payer alors qu'on nous le donne ? »

Le Qatar, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite : tous ont investi dans des fonds liés à Trump. Les Émirats ont racheté une de ses sociétés d'investissement. MBS, le prince héritier saoudien, a promis 1 000 milliards de dollars d'investissements dans les deux mois suivant la prise de pouvoir de Trump. En échange ? Trump les insulte. Il déclare que MBS lui « lèche le... » — dans le monde arabe, les insultes sont très mal prises.

Mais les monarchies du Golfe n'ont pas le choix. Elles ont besoin de la protection américaine face à l'Iran. Et Trump le sait. Il les traite comme des vaches à lait.

La Cour suprême : un contre-pouvoir qui vacille

Trump a nommé trois juges conservateurs à la Cour suprême entre 2017 et 2020. Résultat : la Cour a immunisé les présidents de toute poursuite pénale pour des actes officiels. Elle a validé le redécoupage des circonscriptions électorales. Elle a supprimé les contraintes de financement des campagnes. Elle a autorisé la révocation de la protection provisoire de 155 000 Haïtiens et de milliers de Syriens.

Mais récemment, la Cour a infligé un camouflet à Trump. Il y a trois mois, elle a annulé partiellement ses droits de douane. Elle a rejeté sa limitation du droit du sol. Deux piliers de sa campagne. Un revers symbolique, mais réel.

Pourtant, Trump utilise massivement les procédures d'urgence : 37 en un an, contre 8 sous Bush-Obama et 19 sous Biden. Il contourne les procédures classiques. La confiance des Américains en la Cour suprême est historiquement basse : 22 % en mars 2026.

Le Congrès, lui, ne joue plus son rôle. Dominé par des trumpistes, il ne lance aucune enquête sérieuse. Sauf exceptions : l'affaire Epstein, l'Iran. Mais globalement, il regarde ailleurs. Et si les démocrates reprennent la Chambre aux midterms — dans quatre mois — ils lanceront des enquêtes. Mais Trump est intouchable. Les démocrates passeront pour des persécuteurs. Du bruit médiatique, rien de plus.

L'Amérique latine se « trumpise » : intervention au Venezuela et blocus sur Cuba

La doctrine Monroe est de retour. Sous Trump et Marco Rubio, secrétaire d'État, les États-Unis appliquent une stratégie impérialiste assumée en Amérique latine. Objectif : contrer l'influence chinoise.

En janvier 2025, les installations militaires du Venezuela sont frappées. Nicolás Maduro est enlevé à Caracas. Trump déclare : « Ne me demandez pas qui est en charge du Venezuela. Nous sommes aux commandes. »

Pression militaire, mais aussi économique. À Cuba, le blocus est durci. Les pénuries de pétrole, de nourriture et de médicaments s'accentuent. Les coupures d'électricité sont quotidiennes. Sous pression, le régime castriste vient d'acter son ouverture au capitalisme après 65 ans de socialisme d'État.

Mais attention. Selon Anthony Bellanger, Cuba « gagne du temps ». Les 176 mesures d'ouverture économique n'ont pas de décrets d'application. Le régime attend les midterms américains pour voir s'il peut souffler.

Pendant ce temps, le peuple cubain est pris en étau. Entre un régime dictatorial — 100 000 prisonniers politiques pour 8 millions d'habitants, selon la Commission interaméricaine des droits de l'homme — et un blocus américain qui asphyxie l'économie.

Et ailleurs en Amérique latine ? La « trumpisation » gagne du terrain. Colombie, Pérou, Argentine, Chili : des candidats style Trump remportent des élections. P.Allémonière, grand reporter, s'inquiète : « Ces régimes de gauche ont failli avec la classe moyenne. Et ça nous interpelle, nous, en Europe. »

Le business familial : Witkoff, Kushner et les fils Trump

Derrière Trump, toute une famille fait des affaires. Ses deux fils, S. Witkoff et J. Kushner — le gendre — forment une « voiture-balai ». Après que Trump a pris sa part, ils ramassent ce qui reste : fonds d'investissement, tours à construire, cryptomonnaies.

Witkoff est l'envoyé spécial de Trump en Ukraine et au Moyen-Orient. Il a cofondé la plateforme WLFI avec les fils Trump. Conflit d'intérêts ? Évidemment. Mais personne ne poursuit.

Le système est rodé. Trump organise des réunions politiques à Mar-a-Lago, sa résidence personnelle. Il faut payer pour y assister. Il fait venir les grands de ce monde sur ses golfs. Chaque rencontre est une transaction.

Et pendant ce temps, il vend des guitares à 11 000 dollars. La dérive est totale.

Et maintenant ?

Que faut-il surveiller ? D'abord, les midterms de novembre 2026. Si les démocrates reprennent la Chambre, ils lanceront des enquêtes. Mais Trump est intouchable légalement. Le vrai risque pour lui est politique : que son clan se fissure, que les courtisans se retournent.

Ensuite, la Cour suprême. À 22 % de confiance, elle est en crise. Si elle continue à valider les excès de Trump, elle perdra toute légitimité. Si elle s'oppose à lui, Trump l'attaquera frontalement.

Enfin, l'Amérique latine. La doctrine Monroe est de retour. Et elle fonctionne : Cuba ouvre son économie, Maduro est en fuite. Mais à quel prix ? 100 000 prisonniers à Cuba, un peuple asphyxié, des régimes autoritaires qui tombent pour être remplacés par d'autres.

La question, pour nous en France, est simple : si les États-Unis, modèle de démocratie libérale, en arrivent là, qu'est-ce qui nous protège ? Nos contre-pouvoirs sont déjà affaiblis : 11 juges pour 100 000 habitants, un Congrès qui ne contrôle plus, une administration qui fuit. Le contribuable français paie 45 % de son PIB pour des services publics en dégradation. Et les jeunes diplômés fuient.

Trump n'est pas un accident. C'est un symptôme. Le symptôme d'un système où l'argent et le pouvoir se confondent, où les contre-pouvoirs s'effondrent, où le citoyen n'a plus confiance en rien.

Et maintenant ? Regardez les États-Unis. Ce qui s'y passe aujourd'hui pourrait arriver demain ailleurs. La seule question est : qui sera le Trump européen ?

📰Source :youtube.com

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