Infantino a-t-il tenté de vendre la Coupe du monde au clan Trump ?

L'affaire commence ici. Une date. Un projet. Un nom de code : « FIFA Forward Enterprise ». Derrière ce jargon de consultant, une ambition claire : créer une filiale privée chargée de commercialiser l'intégralité des droits de la Coupe du monde. Pour la financer, la FIFA se tourne vers JP Morgan — et surtout vers Thrive Capital, le fonds de Joshua Kushner.
Joshua Kushner. Le nom vous dit quelque chose ? C'est normal. C'est le petit frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump et époux d'Ivanka Trump. Jared Kushner est aussi un artisan des réseaux financiers entre l'extrême droite américaine et les pétromonarchies du Golfe. Autrement dit, Infantino était prêt à brader le patrimoine du football mondial pour offrir un strapontin à des réseaux politiques ultra-conservateurs et hyper-financiarisés.
Mais pour réussir un coup pareil dans une organisation de 211 pays membres, il faut acheter le silence. Et c'est là qu'intervient le génie — diabolique — du mode de fonctionnement de la FIFA.
Vingt millions pour une voix : le clientélisme industrialisé
À la FIFA, la règle est simple : un pays égale une voix. La Fédération française de football a exactement le même poids politique que celle des îles Cook ou du Liechtenstein. Dans un monde idéal, c'est de la démocratie. Dans le monde de Gianni Infantino, c'est une machine à acheter les loyautés.
Promettre 20 millions de dollars à la Fédération allemande ou anglaise ? Cela ne change rien à leur budget. Mais poser un chèque de 20 millions de dollars sur la table d'une petite fédération qui n'a pas de quoi financer ses terrains — c'est l'assurance d'obtenir son vote les yeux fermés. Infantino n'a pas inventé le clientélisme. Il l'a industrialisé.
Selon The Daily Telegraph, chaque fédération aurait reçu une promesse écrite : 20 millions de dollars de financement sur le cycle 2027-2030 en échange d'un vote favorable. Le président de la FIFA a même fixé une date butoir : le 19 septembre pour se positionner. Une méthode que la vidéo qualifie de « clientélisme industrialisé ». Difficile de lui donner tort.
Seulement voilà. Le pot-de-vin était trop gros. La cupidité trop flagrante. Le système a fini par se gripper.
L'UEFA entre en fureur : « ligne rouge franchie »
L'UEFA, l'instance du football européen, est entrée dans une fureur noire. Selon The Daily Telegraph, elle serait même prête à faire tomber Gianni Infantino. Elle envisagerait des actions en justice et chercherait à provoquer un vote de défiance au sein de la FIFA.
Scénario plausible : pour déclencher ce vote, 43 pays sur les 211 doivent en faire la demande. Or, l'UEFA compte à elle seule 55 membres. Et ils ont menacé à l'unanimité de boycotter la Coupe du monde — avant même l'abandon du projet d'Infantino.
La Concacaf, qui regroupe les fédérations d'Amérique du Nord, a emboîté le pas. Dans un communiqué, elle critique sévèrement la FIFA : « Une remise à plat complète de cette présidence est impérative. La Coupe du monde n'est pas à vendre. Cette décision, c'est celle d'un seul homme et non de toute la FIFA. »
Même le numéro 3 de la FIFA, Kevin Lamour, s'est dit opposé à cette proposition. Un signe que l'édifice commence à se fissurer.
Mais ne vous y trompez pas : la tentative a bien eu lieu. La porte a été entrouverte. Et elle nous montre exactement ce qu'est devenu le patron de la FIFA : un homme prêt à privatiser le bien commun pour consolider son propre pouvoir.
Comment un technocrate est devenu monarque absolu
Pour comprendre la folie des grandeurs de Gianni Infantino, souvenez-vous d'où il vient. Avant de fréquenter les chefs d'État, l'homme avait un profil — disons — beaucoup plus terne.
Pendant des années à l'UEFA, Infantino, c'était le juriste tiré à quatre épingles, l'homme de l'ombre. Le grand public le connaissait pour une seule chose : c'était le monsieur chauve à la voix monotone qui tirait les boules au sort pour la Ligue des champions. Le symbole parfait du bureaucrate européen. Inoffensif et prévisible.
Puis arrive 2015. Le FIFA Gate éclate. La justice américaine débarque à l'hôtel Baur au Lac, à Zurich. Au petit matin, les pontes de la FIFA tombent un par un pour corruption, blanchiment et escroquerie. Sepp Blatter est balayé. Michel Platini emporté dans la tourmente.
La maison FIFA brûle. Et au milieu du chaos, Gianni Infantino surgit.
Il se présente comme le candidat du renouveau. Le technocrate propre. L'homme de droit qui va assainir la boutique, apporter de la transparence, moraliser le football mondial. Un masque, on l'a bien vu.
Une fois installé dans le fauteuil de président en 2016, Infantino n'a pas nettoyé le système. Il l'a verrouillé à son seul profit.
Ses premières décisions ? Supprimer purement et simplement les comités d'éthique indépendants — qui commençaient à poser un peu trop de questions sur sa gestion. Écarter impitoyablement toute personne en interne qui osait contester ses méthodes. Et ce n'est pas tout : il a carrément fait modifier les statuts de la FIFA pour s'octroyer le droit de faire sauter la limite de mandats. Théoriquement, il peut régner jusqu'en 2031.
Le sommet du symbole ? Quelques temps avant la Coupe du monde 2022, il a poussé le vice jusqu'à déménager et s'installer personnellement au Qatar — au plus près des décideurs locaux, piétinant au passage la neutralité historique de l'institution qu'il dirige.
En quelques années, le juriste discret de l'UEFA s'est métamorphosé en monarque absolu. Un président qui ne rend de comptes à personne, entouré de courtisans qu'il arrose de subventions.
La fuite en avant : toujours plus de matchs, toujours plus d'argent
Cette prise de pouvoir absolue s'est faite au service d'une seule obsession : une fuite en avant financière. Une fuite en avant qui a fini par saturer le football jusqu'à l'overdose.
Le mot d'ordre est simple : créer toujours plus de matchs, toujours plus de tournois, pour vendre toujours plus de droits télé.
Vous trouviez la Coupe du monde parfaite à 32 équipes ? Infantino l'a portée à 48 — et bientôt 64. Vous pensiez que l'été servait à faire souffler les organismes et reposer les joueurs ? Infantino a inventé la nouvelle version du Mondial des clubs à 32 équipes, une compétition inutile parachutée en plein milieu du calendrier estival.
Le résultat ? Un calendrier étouffant. Les syndicats de joueurs se plaignent. Les plus grands entraîneurs dénoncent les cadences infernales. Les blessures graves se multiplient. Mais Infantino s'en fiche. Ce qui compte pour lui, c'est d'atteindre la barre mythique des 15 à 20 milliards de dollars de recettes par cycle de quatre ans. Le spectacle doit tourner. Peu importe la santé des acteurs ou la cohérence du jeu. The show must go on.
Sport washing et compromissions : le football comme vitrine des régimes autoritaires
Mais le modèle économique du système Infantino ne repose pas seulement sur l'épuisement des organismes. Il repose aussi sur le sport washing — l'art d'offrir la vitrine du football à des régimes autoritaires ou en quête de respectabilité internationale.
Regardez l'attribution de la Coupe du monde 2034 à l'Arabie Saoudite. Pas de débat. Pas de vote transparent. Pas de candidature rivale. Un découpage cynique des règles d'attribution orchestré par la FIFA pour que Riyad se retrouve seul candidat en lice.
Regardez la relation avec Donald Trump. Infantino lui a accordé un « prix international de la paix ». Il a participé au rassemblement « Make America Great Again ». Il était dans l'avion de Trump pour se rendre au congrès de la FIFA en 2025 au Paraguay — d'où il est arrivé avec trois heures de retard.
Regardez Gaza. Infantino s'est associé à Trump dans un projet de reconstruction de Gaza. En février dernier, lors de la réunion inaugurale du Conseil de la paix à Washington, Trump a déclaré que la FIFA contribuerait à lever 75 millions de dollars pour des projets liés au football à Gaza. Infantino n'a jamais condamné les actes de l'armée israélienne. Il refuse toujours de suspendre la Fédération israélienne de football.
Le président de la Fédération israélienne a d'ailleurs écrit une lettre — que la vidéo dit avoir consultée — remerciant Infantino pour son rôle dans les accords d'Abraham. Pas étonnant : l'une des premières mesures concrètes entre Israël et les Émirats arabes unis après les accords fut le transfert d'un joueur israélien arabe aux Émirats.
Le football, c'est très pratique pour la politique. Ça fait bien. Ça fait gentil.
2027 : la dernière chance ?
Un rendez-vous majeur se profile à l'horizon : mars 2027, le congrès de la FIFA au Maroc. C'est là que le mandat d'Infantino doit être remis en jeu.
Pendant très longtemps, il semblait intouchable. Il s'est même offert le luxe d'être réélu en 2023 par simple acclamation — sans qu'un bulletin de vote ne soit déposé dans une urne, faute d'opposant.
Mais aujourd'hui, la donne est différente. L'affaire du projet de vente à Kushner et JP Morgan a été l'étincelle de trop. En tentant d'offrir la Coupe du monde à des fonds financiers américains et au clan Trump, Infantino a commis une faute politique majeure. Il a braqué l'UEFA et froissé d'autres confédérations qui refusent d'être reléguées au rang de simples figurantes d'un conglomérat financier américain.
Des alliances inédites commencent à se nouer. Des voix s'élèvent. Des diplomates du sport s'activent pour faire émerger une candidature d'opposition crédible d'ici 2027. La peur d'un football définitivement confisqué par une oligarchie commence à l'emporter sur la peur des représailles de la FIFA.
ET MAINTENANT ?
Sortir Infantino du fauteuil présidentiel d'ici le congrès de 2027 sera une montagne. Très difficile. Le système d'arrosage financier des fédérations est verrouillé. Mais la question dépasse largement le cas d'un seul homme.
Infantino n'est pas un fou furieux isolé. Il est le produit d'un système qui a décidé, il y a déjà des années, que le football n'était plus un bien culturel et populaire — mais un actif financier à essorer jusqu'à la dernière goutte.
Le football a été inventé par les pauvres. Il a été volé par les riches. Si l'on ne stoppe pas la boulimie de la FIFA aujourd'hui, demain la Coupe du monde ne sera plus qu'un spectacle financier privé. Et en voulant vendre des morceaux du gâteau au clan Trump et aux fonds new-yorkais, Infantino a peut-être commis l'erreur de trop — celle qui force l'UEFA, les ligues et même certains clubs, d'ordinaire prudents, à réaliser que la machine est en train de leur échapper totalement.
La suite de l'histoire dépend de notre capacité à ne plus fermer les yeux.
Sources :
- The Daily Telegraph (quotidien britannique) — enquête sur le projet FIFA Forward Enterprise et les menaces de boycott de l'UEFA
- L'industrie du foot (ouvrage cité dans la vidéo) — analyse des liens entre la FIFA, les États-Unis et les pétromonarchies
- Communiqué de la Concacaf — critique de la gouvernance de la FIFA
- Lettre du président de la Fédération israélienne de football — remerciements à Infantino pour son rôle dans les accords d'Abraham
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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