Général Amara Kamara : quatre maisons aux États-Unis pour l'« incorruptible » guinéen
L'image s'effrite
Il suffit de regarder une vidéo de lui dans les rues de Conakry. Amara Kamara, général et secrétaire général de la présidence, fait la leçon à un jeune Guinéen. Ton moralisateur, gestes mesurés. Il répète qu'il n'a jamais touché à l'argent public, qu'il n'a pas un franc en poche. Comme un mantra. L'incorruptible. Le moine de la junte.
Mais les registres fonciers et fiscaux de Caroline du Nord racontent autre chose. Consultés par des sites spécialisés américains, ils montrent que le général aurait acquis quatre propriétés entre août 2023 et 2024, toutes dans la région de Raleigh. La première — une maison à Raleigh même — achetée 365 000 dollars en août 2023, au nom de son épouse Sar Camara. Puis, en 2024, trois maisons côte à côte à Rolesville, pour 1 416 000 dollars. Total : 1 781 000 dollars.
Des registres qui parlent
Les informations sont granulaires. La première maison est enregistrée au nom de Sar Camara. Les trois suivantes ont été achetées via une société à responsabilité limitée, Maison KLLC. Créée par un homme d'affaires guinéen notoire, Karfala Person Camara — proche du régime Doumbouya. La société était d'abord domiciliée dans le Delaware, paradis fiscal américain. Puis transférée en Caroline du Nord. Et c'est là que le montage a montré ses failles : les créateurs ont oublié de se conformer à la législation locale. Le siège social de Maison KLLC se trouve aujourd'hui à l'adresse même de la première propriété d'Amara Kamara — celle au nom de son épouse. Un lien direct, établi par les registres.
Selon les mêmes sources, les trois maisons de Rolesville ne sont pas vides. L'une serait occupée par la femme et les enfants d'Amara Kamara. Une autre par la femme et les enfants de son frère aîné. La troisième servirait de demeure d'hôtes. Des voitures de luxe garées devant. La vidéo montre des images aériennes des propriétés.
Le bras droit de Doumbouya
Le général Amara Kamara n'est pas un simple fonctionnaire. Secrétaire général de la présidence, il est le bras droit de Mamadi Doumbouya, le président putschiste arrivé au pouvoir en 2021. En l'absence de Doumbouya, parti en Grèce ou en Suisse, Kamara gagne en pouvoir — il devient l'un des principaux rouages de la dictature guinéenne.
Mais cette image contraste avec les pratiques patrimoniales révélées. Société écran, paradis fiscal, homme de paille : un classique des circuits de blanchiment. Et l'homme de paille, Karfala Person Camara, n'est pas un inconnu. Cet homme d'affaires est l'un des grands argentiers de la junte. Il cumule les marchés publics. Et il est impliqué dans une autre affaire : en décembre 2024, le journaliste guinéen Abim Marwan Camara a été enlevé par des gendarmes alors qu'il se rendait au domicile de Karfala Person Camara. L'enlèvement n'a jamais été élucidé. Le journaliste, qui enquêtait sur les réseaux du pouvoir, reste introuvable.
Selon la même source, Kamara aurait tenté de faire rapatrier par Interpol son ancienne maîtresse, arrêtée au Ghana. L'homme qui se présentait comme pauvre possède désormais quatre maisons aux États-Unis et monte en puissance.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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