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PolitiqueÉpisode 4/4

Retraites : le COR prévoit 110 milliards de déficit en 2070 — et les promesses politiques s'envolent

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-11
Illustration: Retraites : le COR prévoit 110 milliards de déficit en 2070 — et les promesses politiques s'envolent
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Ce rapport qui déplace l'horizon

Le nouveau rapport du COR a été voté. Pas explosif, disent les experts. Mais il change la donne. Jusqu'à présent, les projections montraient un déficit stable à moyen terme. Désormais, le COR intègre un ralentissement démographique plus marqué. La fécondité revue à la baisse. L'immigration, incertaine. Résultat : à partir de 2045, la part des retraites dans l'économie augmente tendanciellement. Jusqu'à 2,4% du PIB en 2070.

Michaël Zemmour, économiste à l'université Lyon 2, relativise : « À court terme, en 2025, le système de retraite est quasiment équilibré. 0,2 points de PIB, il lui manque un peu de recettes d'État, 5 milliards, c'est pas ridicule, mais il n'y a pas du tout de faillite. » Selon la source, le déficit à moyen terme, jusqu'en 2045, ne vient pas d'une explosion des dépenses. Il vient d'une baisse programmée des ressources de l'État.

Bertrand Martinot, expert associé à l'Institut Montaigne, auteur de « J'ai cotisé, j'y ai droit », insiste sur l'urgence : « Le problème n'est pas à court terme, il est à partir de 2035-40 et au-delà. Les réformes mettent énormément de temps à produire leurs effets. Une erreur de politique économique majeure faite en 1982 — la retraite à 60 ans — on la paye encore en partie. » Il chiffre : 10 milliards de déficit en 2030, 30 milliards en 2040, 110 milliards en 2070, en euros constants. « Ça générerait une dette supplémentaire, des charges d'intérêts supplémentaires. Tout le système de retraite exploserait. »

Selon la source, le COR ne préconise pas un âge de départ à 68 ans. Il utilise ce chiffre comme indicateur : si on réglait tout uniquement avec le levier de l'âge, il faudrait 67,6 ans en 2070. Mais le système a trois leviers : le montant des pensions, les recettes, et l'âge. Depuis 2010, les gouvernements n'utilisent que l'âge. Résultat : des injustices entre générations. Ceux qui partent aujourd'hui auront des retraites plus courtes que ceux partis il y a dix ans, malgré les gains d'espérance de vie.

L'âge, nerf de la guerre

Selon la source, la France a une espérance de vie en retraite de plus de 22 ans. L'une des plus longues au monde. En Italie, l'âge légal est de 67 ans. Au Danemark, 67 ans aussi. En Allemagne, plus de 66 ans.

Selon la source, Michaël Zemmour a étudié l'effet du passage de 60 à 62 ans en 2010. Sa conclusion : « Pour la partie de la population qui n'arrivait pas à la retraite en emploi à 60 ans, elle est restée hors de l'emploi deux ans de plus. » Selon la source, dans la plupart des pays, passé 62-63 ans, la majorité des gens ne sont plus en emploi.

Bertrand Martinot rétorque : « La vraie variable, c'est ce que va coûter les retraites : le niveau de la pension et la durée pendant laquelle vous percevez la pension. En moyenne, un Français est en retraite un peu plus de 22 ans. Ça fait 50% de plus qu'en Allemagne. Les retraites allemandes sont plus faibles par rapport au salaire. Donc financièrement, ça ne peut pas tenir. » Il ajoute : « Il va falloir travailler plus longtemps de toute façon. Après, on peut discuter des modalités : âge légal, âge pivot, durée de cotisation. Mais c'est incontournable. »

Selon la source, Martinot ajoute : « Si on veut faire quelque chose dans les premières années, la seule solution c'est de sous-indexer les pensions. Cela signifie une paupérisation des retraités. » Zemmour, lui, plaide pour une hausse des recettes : « C'est une absurdité de se dire que dans un pays où le nombre de retraités va augmenter, on n'augmente pas un des leviers. Ce qu'on faisait avant 1980, et qu'on ne fait plus depuis 2010. »

Promesses de campagne : 60 ans, 15 milliards, 9,5 milliards

Selon la source, Jean-Luc Mélenchon propose un retour à la retraite à 60 ans. Bertrand Martinot qualifie cette proposition de « démagogie à l'état chimiquement pur ». Il compare à la Grèce de Tsipras : « Je promets n'importe quoi, j'arrive au pouvoir, et trois mois après je baisse les pensions. »

Selon la source, l'abrogation de la réforme de 2023 coûterait environ 15 milliards d'euros. Le retour à 60 ans coûterait 9,5 milliards par an. Zemmour distingue deux choses. L'abrogation de la réforme de 2023 : « Ça coûte à peu près 15 milliards. Je pense que c'est possible. » Le retour à 60 ans : « Dans le monde qu'on connaît aujourd'hui, je ne le vois pas. C'est une logique de rupture. » Il souligne que les dispositifs de pénibilité actuels ne touchent que quelques milliers de personnes, alors que des centaines de milliers ne peuvent pas tenir en emploi après 60 ans.

Selon la source, le Rassemblement national propose autre chose : pas d'âge légal, mais une durée de cotisation. « Quand vous avez commencé à travailler à 20 ans, vous pouvez partir à 60 ans si vous avez 40 annuités. Ensuite, progressivement, à partir de 62 ans avec 42 annuités. » Le coût : 9,5 milliards par an.

Zemmour est sceptique : « Techniquement, ça ne vole pas. Il faut toujours un âge minimum. Et c'est déjà possible avec les carrières longues. Mais ça n'attrape pas les publics les plus fragiles, ni beaucoup les femmes. » Martinot enfonce le clou : « Si vous avez une durée de cotisation très longue — 45 ans — et des décotes dissuasives, vous allez pénaliser tous ceux qui ont eu des accidents de carrière, de la précarité, des temps partiels. Des millions de personnes auront le choix entre une retraite de misère ou travailler jusqu'à 68 ans. »

Trois leviers, un débat escamoté

Selon la source, le débat public se focalise sur l'âge. Mais les experts rappellent que le système a trois leviers : l'âge, le montant des pensions, et les recettes. Depuis 2010, on n'utilise que l'âge. Résultat : des réformes brutales, annoncées cinq ans avant, qui créent des injustices. Zemmour : « Les réformes de 2010 et 2023, c'est des réformes très dures. Des gens ont pris trois trimestres à moins de cinq ans de la retraite. »

Selon la source, le déficit des retraites n'a pas augmenté depuis 2017. C'est le déficit global de l'État qui a grimpé de 2 points de PIB, à cause des baisses d'impôts. « La part des retraites dans le PIB depuis le début du quinquennat Macron n'a pas bougé », insiste Zemmour.

Selon la source, Martinot propose un pilier de capitalisation obligatoire pour consolider le système par répartition. Zemmour veut revenir à 62 ans, remettre tout le monde autour de la table.

Un système à bout de souffle ?

Selon la source, le COR projette un pic de population française en 2037, à 69,7 millions, puis une décroissance. Martinot dit : « Si on ne fait rien, dans quelques années on aura une crise financière majeure. On sera obligé de couper massivement dans les pensions. » Zemmour répond : « Il n'y a aucune chance qu'on ne fasse rien. Les réformes des retraites, il y en a tous les cinq ans. »

Sources : Rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) ; Livre de Bertrand Martinot « J'ai cotisé, j'y ai droit, mensonges et vérités sur les retraites » (éditions Herman) ; Sondages sur la confiance des Français dans le système de retraite ; Public Sénat ; Presse régionale.

📰Source :youtube.com

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