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PolitiqueÉpisode 9/8

Présidentielle 2027 : le Crédit Mutuel dit non, la Russie dit oui

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-31
Illustration: Présidentielle 2027 : le Crédit Mutuel dit non, la Russie dit oui
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Une banque dit stop

Hier soir, le patron du Crédit Mutuel a pris une décision rare : refuser de prêter de l’argent à tous les candidats à la présidentielle. Pas de tri politique. Pas de sélection. Rien. Il exige que le Parlement vote des garanties avant d’avancer le moindre euro.

Pourquoi ? Parce que le système actuel est absurde. Un candidat peut dépenser entre 18 et 20 millions d’euros. S’il dépasse 5 % des voix au premier tour, l’État lui rembourse 47,5 % de ses frais — soit environ 10 millions d’euros. Mais l’avance, c’est la banque qui la fait. Et si le candidat fait moins de 5 % ? La banque perd tout. Si ses comptes sont invalidés (comme ceux de Nicolas Sarkozy en 2012) ? Pareil.

Les banques privées n’aiment pas le risque. Surtout quand le risque est politique. Surtout quand le RN, endetté et condamné pour détournement de fonds publics, cherche 10,7 millions d’euros — le montant maximal remboursable pour un qualifié au second tour, selon le HuffPost. Le Crédit Mutuel ne veut pas être celui qui financera Marine Le Pen, ni celui qui se fera traiter de « complice » par les anti-RN.

Résultat : le contribuable paie deux fois. Une fois via le remboursement public. Une autre via les intérêts que les banques facturent pour couvrir leur risque. Et si aucune banque ne prête ? Le candidat va chercher ailleurs. Marine Le Pen l’a déjà fait : en 2017, elle a emprunté à une banque russe. En 2022, à une banque hongroise. La loi interdit désormais les prêts étrangers, mais le précédent est là.

Julia Cagé, économiste à Sciences Po, propose une solution simple : une banque publique de la démocratie, branche de BPI. « C’est notre argent de citoyens, dit-elle sur France Inter. Pourquoi demander à des banques privées d’avancer ce que l’État remboursera de toute façon ? » Elle rappelle que la dernière réforme du financement politique date de 1988-1990. Trente-six ans. Depuis, le monde a changé. Pas le système.

L’ingérence russe en direct

Deuxième front : l’ingérence étrangère. Il y a deux jours, le ministère de l’Intérieur a signé un arrêté d’expulsion contre Ksenia Fedorova, chroniqueuse régulière de CNews et Europe 1. Ce matin, ses avoirs financiers ont été gelés. Motif : elle relaie les campagnes de désinformation des autorités russes.

Fedorova n’est pas une journaliste. Elle n’a pas de carte de presse. Mais elle est partout : plateaux télé, radios, réseaux sociaux. Son discours ? Pro-Poutine, anti-Ukraine, anti-occidental. Un discours qui, selon Renna Stamboliska, experte en diplomatie du numérique au CNRS, « vise à manipuler et à porter atteinte au bon fonctionnement des institutions ». Elle parle de « mandant étranger ».

Le problème ? Fedorova peut continuer à intervenir depuis l’étranger. L’expulsion ne l’empêchera pas de parler. Et ses employeurs — les médias de Vincent Bolloré — crient déjà à la censure. « C’est la victime de la censure, ironise Stamboliska. Elle deviendra la correspondante spéciale opprimée par un État français terrible. »

Retenez ce détail : CNews a été condamné à plusieurs reprises par l’ARCOM pour non-respect du pluralisme. Le JDD a perdu 90 % de ses journalistes après l’imposition d’un directeur de rédaction. L’empire Bolloré n’aime pas la contradiction. Mais quand l’État réagit, il invoque la liberté d’expression.

Où est la limite ? Stamboliska rappelle que le droit français distingue influence et ingérence. L’influence, c’est l’Alliance française qui promeut la langue. L’ingérence, c’est payer des gens pour taguer des étoiles de David sur des murs ou pour semer la discorde. Fedorova, selon elle, est dans l’ingérence. Et le ministre de l’Intérieur Laurent Nunes lui-même cite Thierry Mariani et Florian Philippot comme ayant des discours proches. Eux sont français. Eux ne seront pas expulsés.

Le système des 500 signatures : un autre monde

Troisième angle mort : le parrainage. Pour se présenter à la présidentielle, un candidat doit réunir 500 signatures d’élus. Un système d’un autre temps, selon Julia Cagé. « Il faudrait des signatures citoyennes, dit-elle. Un pourcentage du corps électoral. » Cela permettrait à des candidats inattendus d’émerger, sans passer par le filtre des maires.

Mais qui finance ces candidats ? La banque de la démocratie prêterait à tous ceux qui atteignent le seuil de signatures. Même ceux qui feront moins de 5 % ? « Pourquoi ne pas rembourser les candidats qui font 1 %, 2 %, 4 % ? demande un auditeur. Ce sont des milliers de voix. » Cagé répond que le coût est modeste : quelques millions d’euros pour la démocratie française. Un investissement, pas une dépense.

Le vrai problème, c’est que le système actuel favorise les partis établis. Le RN a reçu plus de 5 millions d’euros de dons en 2024. Ces dons sont remboursés aux deux tiers par l’État. Donc l’argent public finance un parti qui se victimise en permanence. « J’aimerais une fois entendre le RN dire : on est pour la transparence des dons, on est pour limiter les dons à des montants plus bas », lance Cagé. Aujourd’hui, un donateur peut verser 7 500 euros par an à un parti. Les plus riches dictent la vie politique.

Et maintenant ?

La présidentielle 2027 s’annonce sous haute tension. Le gouvernement doit trancher : soit il impose aux banques privées de prêter (avec des garanties publiques), soit il crée une banque publique de la démocratie. La première solution est un pansement. La seconde, une réforme structurelle.

Parallèlement, l’ingérence russe via les médias Boloré ne va pas disparaître avec l’expulsion d’une chroniqueuse. Le problème est systémique : des médias aux mains d’un milliardaire qui impose sa ligne, des rédactions vidées, des plateaux où la désinformation est servie comme une opinion. L’ARCOM condamne, mais ne guérit pas.

Le contribuable, lui, paie tout. Les remboursements de campagne. Les intérêts bancaires. Les sanctions contre les fraudeurs. Et les conséqences de l’ingérence. Il est temps de réformer le financement politique — non pas pour favoriser tel ou tel camp, mais pour que la démocratie ne soit pas une marchandise que seuls les riches et les étrangers peuvent s’offrir.

La balle est dans le camp du Parlement. Et le temps presse.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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