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PolitiqueÉpisode 15/17

Ingérence russe : Gabriel Attal porte plainte

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-08
Illustration: Ingérence russe : Gabriel Attal porte plainte
© YouTube

Deux jours, deux attaques

Le 5 août, Viginum détecte une première opération d'ingérence numérique. Le lendemain, une deuxième vague déferle. Une dizaine de fausses unes de presse — Libération, Le Monde, BFM TV, Ouest France, France 24 — circulent sur X (ex-Twitter). Les titres sont grossiers : Attal serait l'héritier d'un empire de la drogue, son père mort d'une overdose, il serait atteint de la maladie de Parkinson, il haïrait les femmes musulmanes, son orientation sexuelle serait mise en scène.

Des tweets erronés accompagnent le tout. L'opération, baptisée « Sirius Silo », est imputée à un réseau piloté directement par le gouvernement russe, selon les avocats d'Attal et les services de l'État.

Le candidat ne tarde pas. Il dépose plainte au procureur de la République. « C'est la deuxième tentative d'ingérence en deux jours », explique Jad Zarb, porte-parole de Renaissance, sur BFM TV. « Ce qui est visé, c'est la capacité de la démocratie française à fonctionner. »


Des fausses unes grossières, mais efficaces ?

Les contenus sont « grotesques et grossiers », reconnaît Fanny Vercel, journaliste de BFM TV. Pourtant, leur impact potentiel est réel. « Même moi, quand je vois un micro de BFM TV, j'ai tendance à croire que ce sont des journalistes », admet Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes. « En réalité, c'est un montage. »

La France n'est pas un cas isolé. En Roumanie, des ingérences similaires ont failli faire annuler le scrutin présidentiel. En Allemagne, le chancelier Olaf Scholz lui-même est visé par des mesures de désinformation. Le Kremlin teste ses méthodes partout.

Mais la France a un avantage : Viginum. Et un inconvénient : le millefeuille administratif. Viginum dépend de l'État, mais ses alertes sont souvent confidentielles. Les candidats sont priés de ne pas communiquer dessus, pour ne pas donner de visibilité aux attaques. Résultat : le public ignore l'ampleur du phénomène. Jusqu'à ce qu'une plainte soit déposée.

Attal a choisi de briser le silence. Une stratégie politique, certes. Mais aussi un signal d'alarme.


Le Kremlin veut-il vraiment « voler l'élection » ?

L'accusation est grave. Gabriel Attal affirme que la Russie cherche à favoriser Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national. « Le Kremlin est intervenu pendant les européennes pour soutenir le RN », rappelle-t-il. « Je m'attends à ce que ça continue. »

Des comptes proches de la propagande russe diffusent des infox et deviennent quasi officiels lorsque la candidate les évoque en direct. Le Kremlin a un agenda : affaiblir l'Ukraine en affaiblissant ses alliés.

Mais attention : corrélation n'est pas causalité. Les ingérences russes existent, mais leur impact réel est difficile à mesurer. « Un scrutin ne peut être annulé que si sa sincérité a été altérée », rappelle Patrick Martin-Genier. « Il faudrait des ingérences répétées et massives. » Pour l'instant, les fausses unes d'Attal n'ont touché que quelques milliers de personnes. Mais à huit mois de la présidentielle, le risque de multiplication est réel.

D'autant que la Russie n'est pas seule. Carlos Martins Bilango, député LFI, rappelle que les États-Unis, Israël ou les Émirats arabes unis sont aussi soupçonnés d'ingérence. « L'ambassadeur d'Israël a dit qu'il ne voulait pas de Jean-Luc Mélenchon président », cite-t-il. « Pas un mot du ministère des Affaires étrangères. » La France est un champ de bataille informationnel.


Viginum, Tracfin, projet de loi : l'État à la traîne ?

Le 22 juillet, un projet de loi contre l'ingérence a été présenté en conseil des ministres. Il doit être discuté à la rentrée. Mais pourquoi si tard ? Les premières alertes remontent à 2022, voire 2017. Le gouvernement a-t-il attendu que la présidentielle approche pour agir ?

Jad Zarb défend l'action de Gabriel Attal lorsqu'il était Premier ministre : « Il a renforcé Viginum, notamment pendant les Jeux Olympiques. » C'est vrai. Mais les JO sont passés. Et les ingérences continuent.

Le contribuable paie pour Viginum, pour Tracfin (l'unité de renseignement financier), pour les services de l'État. Mais le résultat est là : des fausses unes circulent, des tweets mensongers sont partagés, et le candidat doit porter plainte lui-même.

Comparaison internationale : l'Allemagne a un système fédéral de détection des deepfakes, avec des équipes dédiées dans chaque Land. La France centralise tout à Viginum, mais les alertes sont souvent trop tardives. La Roumanie, après les ingérences, a adopté une loi permettant de suspendre des comptes en 24 heures. La France en est encore au stade du projet de loi.

« Il faut donner des moyens aux juges des référés », propose Carlos Martins Bilango. « Pour pouvoir retirer les contenus illicites avant qu'ils ne fassent des dégâts. »


Et maintenant ?

La plainte de Gabriel Attal est un premier pas. Mais elle ne suffira pas. Le dossier est loin d'être clos. Les fausses unes continueront de circuler, les bots russes de tweeter, et les électeurs d'être exposés à la désinformation.

Ce qu'il faut surveiller : l'examen du projet de loi à l'automne. Les députés voteront-ils des mesures efficaces, ou se contenteront-ils de déclarations d'intention ? Le Conseil constitutionnel devra aussi se pencher sur la sincérité du scrutin si les ingérences s'intensifient.

En attendant, une leçon simple : l'État français n'arrive pas à protéger ses propres élections. Viginum existe, mais ses alertes restent confidentielles. Tracfin enquête, mais les résultats sont lents. Le projet de loi arrive, mais après des années d'inaction.

Pendant ce temps, le Kremlin rit.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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