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PolitiqueÉpisode 11/12

Ingérence russe : l'usurpation de journalistes pour piéger Glucksmann

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-05
Illustration: Ingérence russe : l'usurpation de journalistes pour piéger Glucksmann
© Illustration Le Dossier (IA)

Au départ, un site bidon

Des individus non identifiés ont créé un site web imitant celui d'un média légitime. Selon franceinfo, ils y publiaient de « fausses révélations » impliquant Raphaël Glucksmann. Le but ? Discréditer l'eurodéputé et sa liste aux européennes de 2024. La manipulation est grossière — mais efficace. Le site reprenait les logos, la charte graphique, les noms de journalistes connus. Les articles, eux, étaient inventés de toutes pièces.

Glucksmann a réagi vite. Il a « lancé les procédures permettant de faire fermer ce faux site et porté plainte pour contrefaçon et usurpation d'identité », a confirmé son entourage à franceinfo. Une plainte pénale a été déposée. L'enquête suit son cours. Quant aux auteurs ? Probablement russes, selon les premières analyses techniques.

C'est là que ça devient intéressant. L'opération ne vise pas n'importe qui. Glucksmann préside la Commission spéciale sur l'ingérence étrangère dans les processus démocratiques de l'Union européenne. Il enquête justement sur la Russie. La cible, donc, n'a rien d'un hasard.

Pourquoi lui ? La cible n'est pas un accident

Raphaël Glucksmann n'est pas un simple eurodéputé. Il est tête de liste de L'Europe Ensemble, coalition de centre-gauche soutenue par le Parti socialiste et Nouvelle Donne. Il a annoncé un programme de rupture avec une déclinaison pour les 100 premiers jours. Mais surtout, il préside la commission anti-ingérence du Parlement européen. Depuis 2020, il traque les tentatives de déstabilisation venues de Moscou.

La Russie n'aime pas ça. Pas plus que l'idée d'une France qui résiste à son influence. Selon une source de radiofrance, « la Russie chercherait à perturber la prochaine élection présidentielle en France » — celle de 2027. Glucksmann est un obstacle. Le discréditer, c'est affaiblir la voix européenne contre le Kremlin.

La méthode est classique : usurpation d'identité, fausses informations, amplification sur les réseaux. On a vu la même chose aux États-Unis en 2016 avec l'ingérence dans l'élection de Trump. En France en 2017 avec les MacronLeaks. La Russie n'invente rien — elle reproduit un manuel qui a déjà fait ses preuves.

Usurper pour mieux détruire

Usurper l'identité de journalistes. Voilà la technique choisie. Pourquoi ? Parce que le journaliste est une figure de confiance. Si un article semble venir d'un média réputé, le lecteur le croit. La manipulation exploite la crédibilité des institutions médiatiques — c'est d'autant plus pernicieux.

Selon franceinfo, le faux site a été conçu pour ressembler trait pour trait à un site d'information légitime. Les noms des journalistes étaient copiés. Les articles, eux, étaient des fabrications. « Vous ne pouvez plus seulement relayer une vidéo avec un logo, ou le visage d'un(e) journaliste/média en qui vous avez confiance », a prévenu un expert en cybersécurité cité par franceinfo. La défiance est désormais nécessaire.

La suite ? Édifiante. Les fausses informations ont été partagées sur Telegram, Twitter, Facebook. Des comptes bots ont amplifié le message. En quelques heures, la rumeur a circulé. Glucksmann a dû démentir. Mais le mal était fait : une partie de l'opinion avait déjà été exposée au poison.

Comparons avec l'Allemagne. En 2017, la Russie a tenté une opération similaire contre Angela Merkel. Mais l'Allemagne avait renforcé ses lois sur la désinformation et investi dans des unités de détection. Résultat : l'impact limité. La France, elle, a mis du temps à réagir. Le rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur les ingérences étrangères (2023) pointait déjà un manque de moyens et de coordination. Rien n'a changé depuis.

Un coût pour la démocratie

Quel est le coût de cette opération ? Difficile à chiffrer. Mais il est bien réel. D'abord, le temps perdu par les équipes de campagne à démentir. Ensuite, la crédibilité des médias entamée. Enfin, la confiance des citoyens dans le processus électoral. Chaque fake news réussie est une victoire pour Moscou.

Le contribuable paie aussi. Les enquêtes, les procédures judiciaires, les mesures de cybersécurité — tout cela a un coût. Sans parler du temps des policiers et des juges. Et pendant ce temps-là, l'État français dépense des milliards dans des agences inefficaces — 1 200 agences publiques, selon le rapport sénatorial 2023 —, mais peine à protéger ses élections.

La question est simple : pourquoi la Russie peut-elle agir si facilement ? Parce que les plateformes sociales sont peu régulées. Parce que les lois françaises sur la désinformation restent trop faibles. Parce que l'Union européenne elle-même n'a pas de mécanisme de réponse rapide. Glucksmann le sait : il a proposé un renforcement des sanctions contre les ingérences. Mais les États membres traînent des pieds.

Et maintenant ?

L'affaire n'est pas close. La plainte suit son cours. Le faux site a été fermé, mais d'autres peuvent surgir. Les européennes de 2024 sont passées — la présidentielle de 2027 approche. La Russie ne lâchera pas.

Ce qu'il faut surveiller : les prochaines révélations de la commission d'enquête parlementaire sur les ingérences. Les mesures de cybersécurité pour les partis politiques. Et surtout, la capacité de la France à répondre collectivement. Car l'ingérence n'est pas un problème de gauche ou de droite — c'est un problème de souveraineté.

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. Qui a commandité l'opération ? Quels sont les relais en France ? Combien d'autres faux sites existent ? Le Dossier suivra l'affaire de près. Parce que quand l'État ne protège pas ses citoyens, le citoyen finit par douter de tout. Et c'est exactement ce que Moscou attend.

📰Source :youtube.com

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