LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

SociétéÉpisode 39/7

Narcotrafic : 7 milliards d'euros, une justice dépassée, un État sans stratégie

Par la rédaction de Le Dossier · 26 JUIN 2026
Illustration: Narcotrafic : 7 milliards d'euros, une justice dépassée, un État sans stratégie
© YouTube

L'effet ciseaux, le vrai problème

Regardez l'évolution depuis les années 1960-1970 : la délinquance explose. Les statistiques long terme sont implacables. Dans le même temps, la loi a renforcé les droits des gardés à vue et des prisonniers. Les policiers, eux, ont perdu en autonomie. « On a transformé les policiers en Gulliver enchaîné », résume Frédéric Lose, secrétaire général du syndicat des commissaires. « C'est ce que j'appelle l'effet ciseaux : la délinquance augmente massivement et au même moment on fait le contraire, on donne plus de droits aux gardés à vue, plus de droits aux prisonniers, moins de droits aux policiers. »

Six à sept milliards, et pourtant

Le chiffre d'affaires annuel du trafic de stupéfiants atteint 6 à 7 milliards d'euros. Mais ce marché criminel ne générerait que 2 400 emplois directs ou indirects — une goutte d'eau. Les marges des trafiquants ? 6 000 à 7 000 %. Ce qui explique l'explosion de l'offre. Les points de deal rapportent jusqu'à 80 000 euros par jour, notamment à Marseille et en Seine-Saint-Denis. Le coût total de la délinquance est estimé entre 150 et 220 milliards d'euros par an. « Une bombe à retardement économique et sociale », commente le commissaire.

La justice, une machine enrayée

La procédure pénale ? Trop complexe. Trop lourde. Le nombre de nullités explose, les enquêteurs sont submergés. Chaque policier traite en moyenne 100 à 150 dossiers. « On a flingué la dissuasion judiciaire », lâche Frédéric Lose. Les multiréitérants, y compris mineurs, ne sont pas neutralisés — faute de coordination avec la justice. La transformation numérique (livraison, cryptomonnaies) a donné un temps d'avance aux trafiquants. Une loi a été adoptée en juin 2025, mais suffira-t-elle ?

L'autorité bafouée

Alain Juillet, ancien haut fonctionnaire et animateur d'Openbox TV, ne dit pas autre chose. Il dénonce une perte d'autorité généralisée. « On a une tradition française d'exaltation de la violence, des cadres moraux qui se sont effrités dans les années 70 », explique-t-il. Ce qui compte, insiste Frédéric Lose en citant Beccaria, c'est « la certitude et la rapidité de la sanction ». Des agents de la SNCF éviteraient de contrôler les passagers en seconde classe par crainte d'agressions. Un exemple de « faible avec les forts, fort avec les faibles », dénonce Alain Juillet.

Un État sans cap

Les alternances politiques détruisent les réformes précédentes. Pas de continuité. Pourtant, la politique de sécurité routière a montré que ça marche — on est passé de 17 000 à 3 000 morts par an. Mais les ministères de l'Intérieur et de la Justice travaillent chacun de leur côté. Pas de pilotage interministériel. La prévention juvénile et la certitude de la sanction sont négligées au profit de la communication de crise. Les intervenants critiquent aussi le rôle du Conseil constitutionnel, qui intégrerait des considérations morales et politiques, et le principe de fraternité comme obstacle à certaines lois sur l'immigration. Leur proposition : réformer le Conseil pour limiter son interprétation extensive. « Nous avons des outils régaliens pour changer les choses, c'est une question de volonté politique », conclut Frédéric Lose. Un parallèle s'impose avec la période des Jeux Olympiques, où la coopération sécuritaire a fonctionné.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Sur le même sujet