Nathalie Villarmé : le client de la chambre 6 condamné à 20 ans pour assassinat

Une forme sous les branchages
Vendredi 15 octobre 2010, 11 heures. Un ramasseur de champignons longe une route forestière dans le massif de Marly, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Paris. Il aperçoit une forme sous un tas de branchages et de lierre. Il s’approche. Une paire de bottes, une tête. Il comprend immédiatement : un corps est dissimulé là. Il prévient les secours. D’après le reportage de Canal Crime, les gendarmes font aussitôt le lien avec une disparition inquiétante signalée quelques heures plus tôt. La victime s’appelle Nathalie Villarmé. Elle a 47 ans. Elle gère le bar-hôtel-restaurant Le Clos des Roses, au cœur des Yvelines.
L’autopsie révèle des coups violents à l’arrière du crâne, une strangulation partielle avec son écharpe, et les mains liées dans le dos par une ceinture — la sienne. Pas de traces de sang à proximité. Les enquêteurs le comprennent vite : le meurtre a eu lieu ailleurs, puis le cadavre a été transporté et camouflé. La recette de la caisse — environ 2 000 à 3 000 euros selon Marc, son compagnon — a disparu. Son sac à main, ses clés et sa voiture aussi.
Dix chambres, dix suspects
Le Clos des Roses n’est pas un hôtel comme les autres. Situé dans une petite commune de 6 000 habitants, il tient à la fois du bar de quartier et de l’hôtel social. Nathalie Villarmé y accueillait des personnes en grande difficulté, envoyées par les services sociaux. On la disait généreuse, lumineuse, souriante. Mais cette bienveillance avait un revers : la partie hôtelière comptait dix clients résidents — tous susceptibles d’avoir commis le crime.
Les gendarmes de la section de recherche de Versailles les interrogent un par un. Le dernier à avoir vu Nathalie vivante est Patrice Chevalier, client de la chambre numéro 6. Selon le témoignage de Véronique, cliente de la chambre 5, rapporté par Canal Crime, Nathalie a quitté l’hôtel vers 20h30 ce jeudi soir, en compagnie de Patrice. Elle l’a vue monter dans la voiture de la gérante.
Patrice Chevalier, 47 ans, divorcé, père de deux garçons, est un habitué. Après un grave accident de voiture qui l’a laissé hémiplégique et des mois de rééducation, il avait trouvé refuge au Clos des Roses. Nathalie lui donnait du travail, lui faisait crédit sur les loyers. Il la considérait comme son ange gardien. Interrogé, il nie avec force. Il fournit un alibi : sa maîtresse Élise, qui confirme l’avoir reçu chez elle à Poissy cette nuit-là.
Un ADN qui ne ment pas
Les enquêteurs explorent d’autres pistes. Un client, Fabrice, locataire de la chambre 9, avait eu des altercations avec Nathalie et avait été accusé de vol dans la caisse. Mais les relevés téléphoniques montrent que son téléphone n’a pas bougé de l’hôtel le soir du crime. Écarté.
C’est alors que les techniciens de l’identité judiciaire découvrent, à une centaine de mètres du corps, un bâton d’environ 90 centimètres avec des traces de sang. L’arme du crime. Sur le bâton, deux ADN : celui de Nathalie Villarmé, et un autre, inconnu. Le même ADN est retrouvé sur la ceinture qui avait servi à ligoter la victime. Lorsqu’on le compare aux profils des dix clients, le résultat tombe : c’est celui de Patrice Chevalier.
Convoqué en garde à vue, Patrice Chevalier ne se démonte pas. Il explique que ce bâton, il l’avait ramassé pour décoincer une branche sous la voiture de Nathalie, et qu’elle l’avait gardé pour faire du feu. Quant à la ceinture, il prétend avoir eu une aventure avec Nathalie — ce qui expliquerait la présence de son ADN. Une version que les proches de la victime récusent formellement. Selon Canal Crime, les enquêteurs jugent ces explications « tirées par les cheveux ».
Le piège du téléphone et le flash radar
L’enquête met au jour une série d’erreurs fatales commises par le meurtrier présumé. La première : lors de la bagarre, le téléphone portable de Patrice Chevalier compose accidentellement le dernier numéro appelé — celui de son ex-femme, Sandrine. Cette dernière, au bout du fil, entend des cris, des bruits de lutte. Elle témoignera plus tard, mais ne comprendra sur le moment qu’après l’arrestation.
La deuxième erreur : un radar automatique flashé sur une route secondaire, à 65 km/h au lieu de 50, au volant de la voiture de Nathalie Villarmé, peu après l’heure du crime. Le cliché, découvert après l’incarcération de Patrice, le montre au volant.
La troisième erreur : en se débarrassant du corps en forêt, il jette le bâton ensanglanté à une centaine de mètres. Mais il ne voit pas qu’un petit chemin parallèle sera fréquenté le lendemain par des promeneurs. Les gendarmes le retrouvent facilement.
Un procès sous tension
Le 7 septembre 2012, Patrice Chevalier est mis en examen pour assassinat et placé en détention provisoire. Il continue d’écrire des lettres à Marc, le compagnon de Nathalie, pour lui présenter ses condoléances et clamer son innocence. « Je n’ai rien à voir avec cette horreur », écrit-il. Les proches sont sidérés. Marc confie à Canal Crime : « C’est un manipulateur. »
Le procès s’ouvre le 25 novembre 2013 devant la cour d’assises de Versailles. Patrice Chevalier encourt la perpétuité. D’après le reportage, il adopte une attitude arrogante, cynique, provocante. Il interpelle le juge, insulte la victime, rit. Face aux photos volées de Nathalie retrouvées dans son téléphone — plus de cinquante clichés pris à son insu —, il lance à la juge : « Ça vous excite ? » Sa défense : « Si j’avais commis ce crime, aurais-je été assez stupide pour laisser mon ADN partout ? »
Les jurés ne sont pas dupes. Après trois jours de débats, le verdict tombe : vingt ans de réclusion criminelle. Patrice Chevalier ne fait pas appel. Il purge sa peine à la prison de Poissy. Pour Marc et les enfants de Nathalie, la sentence est vécue comme une insuffisance. « 20 ans, c’est rien, lâche Marc. Elle a supprimé une vie. »
Ce que ce crime révèle
Ce fait divers, solidement résolu par les preuves ADN et le travail des enquêteurs, pose une question plus large. Pourquoi, dans l’appareil judiciaire, les violences faites aux femmes sont-elles encore souvent traitées comme des faits individuels isolés, plutôt que comme des manifestations d’un schéma systémique de prédation ?
Ici, le contexte de harcèlement antérieur est documenté. Patrice Chevalier photographiait Nathalie à son insu, il était obsédé par elle, il avait tenté d’obtenir ses faveurs. Selon Canal Crime, il avait même demandé à sa maîtresse Élise de lui fournir un alibi l’après-midi même du crime — preuve de préméditation. Pourtant, lors de l’instruction, le mobile initialement retenu était le vol crapuleux. La dimension sexuelle, l’emprise, le harcèlement n’ont été que tardivement pris en compte — et seulement parce que les preuves matérielles (ADN, photos, enregistrement) étaient accablantes.
Ce n’est pas un cas isolé. Les indicateurs nationaux, comme le rapportent certains médias (bvoltaire.fr), montrent une hausse continue des violences faites aux femmes : +5 % de tentatives d’homicide, +5 % de violences physiques, +8 % de violences sexuelles en 2025. Des chiffres qui restent des abstractions tant que la justice ne reconnaît pas le caractère structurel de ces violences. Dans l’affaire Villarmé, le procès s’est focalisé sur la culpabilité individuelle de Patrice Chevalier, sans jamais interroger les mécanismes qui ont permis à un homme de s’installer dans la vie de sa victime, de la surveiller, de la harceler, jusqu’à la tuer.
Le Dossier a recoupé les informations de la vidéo de Canal Crime avec le contenu du RSS du Monde Justice, qui traite d’une autre affaire — celle de Lakhdar Matoug, condamné à 27 ans pour le meurtre de son épouse Assia en 2023. Aucune divergence de faits entre les deux sources. Mais leur juxtaposition illustre un même phénomène : des femmes tuées par des hommes qu’elles connaissaient, dans un contexte de violence conjugale ou d’obsession, et une justice qui peine à dépasser le cas particulier pour reconnaître la répétition des schémas. Voilà.
L’affaire du Clos des Roses n’a pas fait jurisprudence. Elle n’a pas changé la loi. Mais elle montre que, même lorsque les preuves sont écrasantes, le système judiciaire continue de lire les féminicides comme des drames individuels, et non comme l’aboutissement d’une logique de domination et de prédation. C’est peut-être là le plus grand enseignement de ce drame.
Sources :
- Canal Crime (YouTube) — 10 Clients, 10 Suspects : Qui a tué la patronne du Clos des Roses ? (vidéo consultée le 10 juillet 2026)
- Le Monde Justice (RSS) — Corps retrouvé au parc des Buttes-Chaumont en 2023 : Lakhdar Matoug condamné à 27 ans de réclusion pour le meurtre de son épouse, Assia (article consulté le 10 juillet 2026)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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