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Agnès Marin, Sonia Brinbrook, Kalinka Bamberski : trois morts, une justice en procès

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-16
Illustration: Agnès Marin, Sonia Brinbrook, Kalinka Bamberski : trois morts, une justice en procès
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Commençons par le commencement.

Le mercredi où Agnès ne revient pas

Treize ans. C'est l'âge d'Agnès Marin quand elle disparaît. Nous sommes le mercredi 16 novembre 2011. Les élèves du collège Cévenol, au Chambon-sur-Lignon, terminent leur matinée de cours. Comme chaque mercredi, ils n'ont pas classe l'après-midi. Les 65 internes ont quartier libre — à condition de rentrer à 17h30.

L'appel est fait. Agnès manque.

« On s'est dit mais non, elle manque à l'appel, mais bon, elle est pas du genre à traîner trop tard comme ça », raconte un camarade. Une demi-heure passe. Toujours rien. La surveillante prévient le directeur, parti à l'extérieur. À 18h, il donne l'ordre : « Envoyez la chercher autour du collège, comme on fait habituellement. »

Les recherches commencent. Dans l'enceinte. Aux abords. Dans les bois. Rien. « On a commencé à s'inquiéter », témoigne un élève. À 20h, le directeur appelle les parents — puis la gendarmerie.

Une quinzaine de gendarmes débarquent. Ils auditionnent les élèves. Les versions sont contradictoires. Agnès aurait été vue au bourg du Chambon vers 17h. Ou partie aux champignons. Son téléphone est éteint. Impossible de la géolocaliser.

Parmi les rumeurs qui circulent, une revient : un élève serait sorti du bois avec des griffures sur le visage. « Les plus grands garçons de l'internat, on lui a demandé : si tu sais quelque chose sur la petite, faudrait que tu nous dises », se souvient un témoin. Le jeune homme nie. Il affirme être tombé dans les ronces. Ou dans la cour. Ou s'être gratté. Les versions varient.

Il participe même aux recherches. « Il cherchait comme nous », raconte un camarade. « Quand on criait son nom, il faisait pareil. »

À minuit et demi, les gendarmes quittent le campus. L'hypothèse privilégiée : la fugue.

Un passé judiciaire caché

Le lendemain, Agnès n'est toujours pas rentrée. Les auditions reprennent. Un interne de 17 ans, élève de première, attire l'attention. Ses déclarations « ne sont pas très claires », selon les enquêteurs. Elles se contredisent. Il est placé en garde à vue.

Le vendredi en fin d'après-midi, le jeune homme avoue. Il a violé Agnès. Il l'a tuée. Puis il a brûlé son corps.

Le corps calciné d'Agnès est découvert dans un bois. Le procureur de la République de Clermont-Ferrand qualifie le crime d'assassinat — meurtre avec préméditation. « Le jeune homme s'était muni d'un certain nombre d'objets », déclare-t-il. Des ficelles, selon les enquêteurs, qui auraient servi à entraver la victime.

Voilà où ça se complique.

Le lycéen n'en est pas à son premier crime. En août 2010, il a violé une camarade de classe à Nîmes. Le scénario était similaire : il l'avait attirée dans un lieu isolé. Mais cette fois, le téléphone de la jeune fille avait sonné. C'était sa mère. L'adolescente avait réussi à convaincre son agresseur de la laisser partir. Elle n'était pas revenue.

Le jeune homme avait été arrêté, mis en examen pour viol avec violence. Il avait passé quatre mois en détention provisoire. Puis, en novembre 2010, le juge d'instruction l'avait libéré sous contrôle judiciaire.

Pourquoi ? « Les expertises psychologiques faisaient état de quelqu'un d'adaptable et insérable, qui ne présentait pas de dangerosité », explique le procureur. Le contrôle judiciaire était « extrêmement strict » : internat, traitement médical, interdiction d'aller dans le Gard. Et ce contrôle a été « scrupuleusement respecté ».

Le jeune homme a alors intégré le collège Cévenol. La direction affirme n'avoir pas été informée de son passé judiciaire. « Nous avions accepté dans notre établissement un jeune garçon convaincu de viol », déclare le directeur après les faits. Il dit avoir reçu une lettre du père évoquant des « petits problèmes de dyslexie » et un « incident grave ». Mais rien de plus.

Pourquoi n'a-t-il pas demandé davantage de détails ? La direction avance deux raisons : ce n'est « pas juridiquement valable » et « moralement gênant ». « Si un élève rentre pour refaire une vie, on commence pas à le déclarer coupable d'un péché originel », explique-t-elle.

Résultat : un mineur déjà mis en examen pour viol a été placé dans un internat sans que l'établissement connaisse la nature exacte de ses antécédents. Et il a récidivé.

Le lycéen a été mis en examen pour viol et assassinat, écroué à la prison pour mineurs de Meyzieu. Agnès aurait dû fêter ses 14 ans dix jours après sa mort.

Qui a signé le contrôle judiciaire ? Qui a décidé de ne pas informer le collège ? Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Sonia, 17 ans, assassinée par un camarade fasciné par la mort

Huit mois avant la mort d'Agnès, une autre adolescente tombait sous les coups d'un mineur. Sonia Brinbrook, 17 ans, lycéenne en terminale à Laon, est assassinée le 19 avril 2012. L'auteur présumé : Lewis Péché, 17 ans, un camarade.

L'affaire commence par une absence. Ce mercredi après-midi, Sonia ne rentre pas du déjeuner. « C'est pas dans ses habitudes de sécher », témoignent ses amis. Elle avait passé sa première épreuve du bac blanc le matin, bu un verre avec un ami à midi, puis disparu.

Lewis Péché, lui, est arrêté le lendemain. Il indique aux gendarmes où se trouve le corps : sous une tôle, près de l'abbaye Saint-Vincent. Sonia a reçu une vingtaine de coups de couteau, principalement à la tête et au torse.

L'enquête révèle une préméditation glaçante. Lewis préparait ce meurtre depuis un an. Il avait d'abord tenté de tuer Sonia en septembre 2011 — sans succès. Puis en avril 2012, dans un cimetière — nouvel échec. Le 19 avril, il l'a attirée dans un lieu isolé sous prétexte d'une surprise. Il s'était entraîné en tuant des animaux. Sa chambre, aux murs peints en rouge, était décorée de dessins morbides. Il affichait une fascination pour les serial killers.

Son ex-petite amie, Juliette, a témoigné : Lewis lui avait avoué ses pulsions meurtrières. C'est ce témoignage qui a conduit à son arrestation.

Interrogé par les gendarmes, Lewis a avoué sans émotion. Il a revendiqué sa préparation méthodique. Le jeune homme évoluait dans le milieu gothique. « C'est un garçon qui s'était enfermé dans un univers totalement macabre », selon les enquêteurs. « Il était attiré à la fois par la mort mais aussi par le fait de donner la mort. »

Deux affaires. Deux mineurs. Deux récits de préméditation. Et un système qui n'a pas su — ou pas pu — les arrêter.

Kalinka : 29 ans de combat pour un père

L'affaire Kalinka Bamberski est plus ancienne. Elle commence le 10 juillet 1982. Kalinka, 15 ans, meurt en Allemagne, chez sa mère et son beau-père. Le médecin légiste conclut à une insolation. Officiellement, la cause du décès est naturelle.

André Bamberski, le père, ne croit pas à cette version. Il reçoit le rapport d'autopsie le 4 octobre 1982. Son intuition : le beau-père, Dieter Krombach, cardiologue respecté, est responsable.

Il dépose plainte en France. Une autopsie complémentaire est ordonnée. Les experts français découvrent que les organes génitaux de Kalinka ont disparu — prélevés lors de la première autopsie, sans explication. Des traces de piqûres sont visibles sur le corps, dont une injection de cobalt. Les experts concluent à un arrêt cardiaque survenu peu après cette injection.

En 1995, Dieter Krombach est condamné par contumace à 15 ans de réclusion par la cour d'assises de Paris. Mais l'Allemagne refuse de l'extrader. L'affaire est classée côté allemand.

Krombach continue d'exercer. En 1997, une patiente l'accuse de viol. Il est condamné à deux ans de prison avec sursis. Trois autres jeunes Allemandes témoignent ensuite avoir été violées par lui après avoir été droguées. Mais les faits sont prescrits.

André Bamberski ne lâche rien. Il traque Krombach en Allemagne, assiste à ses déménagements. L'approche de la prescription le pousse à l'extrême.

En octobre 2009, il organise l'enlèvement du médecin. Des hommes de main le capturent à son domicile, le frappent violemment, le ligotent et le transportent en France. Krombach est livré à la police. Il a le nez fracturé, les orbites oculaires fracturées, le visage bleui. André Bamberski est mis en examen pour enlèvement.

Le procès de Krombach s'ouvre à Paris en mars 2011. Il est renvoyé pour raison de santé. Un second procès a lieu en octobre 2011. Trois jeunes Allemandes témoignent. Les experts confirment que Kalinka est morte étouffée par son vomi après avoir reçu un somnifère administré par Krombach.

Le verdict tombe : Krombach est reconnu coupable de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Condamné à 15 ans de prison.

« Ma première pensée pour Kalinka », déclare André Bamberski. « Ce que je lui avais promis a abouti à ce que je désirais. La justice a été exercée. »

Mais l'affaire n'est pas finie. Krombach fait appel. André Bamberski, lui, doit répondre de l'enlèvement.

Trois affaires. Trois morts d'adolescentes. Une question qui les relie : comment la justice peut-elle à la fois protéger et punir ? Comment éviter qu'un mineur déjà mis en examen pour viol ne récidive ? Comment empêcher qu'un médecin soupçonné de meurtre échappe à l'extradition pendant vingt-sept ans ?

Les faits sont là. Les noms sont connus. Les leçons, elles, restent à tirer.

Sources : Conférence de presse du procureur de la République de Clermont-Ferrand ; témoignages d'élèves et du personnel du collège Cévenol ; interrogatoire de Lewis Péché par les gendarmes ; rapport d'autopsie allemand et expertise de l'Institut médico-légal de Paris ; procédures judiciaires et témoignages de patientes dans l'affaire Krombach.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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