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Younes Merizak : 20 ans pour un ADN qui ne prouve rien

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-17
Illustration: Younes Merizak : 20 ans pour un ADN qui ne prouve rien
© YouTube

L'ADN qui accuse — et qui divise

L'affaire commence par une autopsie. On retrouve Christine Mathieu morte le 13 février 2009 dans un bois de Haute-Saône. Étouffée. La tête enfoncée dans une ornière. Le médecin légiste prélève un ADN masculin. Preuve d'un rapport sexuelle. Pas de traces de violence. Pas de lésions de défense. Pas de sperme. Juste des cellules sous les ongles.

Cet ADN, c'est celui de Younes Merizak. Ancien conducteur de car. 37 ans. Jamais condamné pour violence sexuelle. Pourtant, il devient la pièce maîtresse. Les enquêteurs construisent leur scénario : Christine a eu un rapport sexuel ce matin-là. Donc elle a été violée. Donc le violeur est le tueur.

Sauf que le viol n'est pas retenu. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a aucune trace. Aucune lésion. Rien. Les expertises médico-légales sont catégoriques : "Il n'y a pas de viol." Alors, pourquoi 20 ans ?

La défense démonte la logique. Si Christine a eu un rapport consenti, l'ADN sous les ongles peut être une simple contamination. Pas une preuve de meurtre. Le président des assises lui-même interroge les experts : peut-on distinguer consentement et violence ? Réponse que non. L'ADN ne dit rien de tout ça.

Mais la cour n'en a cure. Elle retient l'ADN comme preuve du meurtre. Sans mobile. Sans témoin. Sans arme. Sans explication. Voilà. La justice condamne sur une trace biologique — et sur rien d'autre.

Deux expertises psychiatriques — deux vérités

Première expertise : Younes Merizak est normal. Tout à fait ordinaire. L'expert ne voit aucune difficulté. Aucune dangerosité. Aucun trouble. C'est un homme banal.

Deuxième expertise : pervers narcissique. Personnalité très dangereuse. Potentiel criminalistique élevé. Capable de tuer sans mobile.

Entre les deux, un détail gênant : c'est le même expert. Oui, vous avez bien lu : le même psychiatre. Qui change radicalement d'avis sur demande de la justice. Le premier rapport est jugé insuffisant. On lui demande de revoir sa copie. Et miracle — il découvre un monstre.

La défense s'étrangle. "Vous pensez franchement qu'il a besoin d'un mobile pour aller tuer quelqu'un ? Il n'en a pas besoin." C'est ce que dit l'accusation. Un homme peut tuer sans raison. Sans mobile. Sans passé violent. Sans signe avant-coureur. Juste parce que sa personnalité le permet.

Cette logique est terrifiante. Elle ouvre la porte à toutes les condamnations arbitraires. Si on peut être reconnu coupable sans mobile, sans preuve matérielle, sans témoin direct, alors n'importe qui peut être condamné. Il suffit d'un ADN. Et d'un expert qui change d'avis.

Les proches de l'accusé sont anéantis. Sa mère, qui l'a élevé seule, ne comprend pas. "Il m'a toujours aidée. Il a toujours été là. Et maintenant, on dirait qu'on a arraché un bout de chacun." Sa sœur, effondrée, répète : "Il n'y a pas de mobile. Il n'y a pas de preuve. Le véritable coupable se promène dans la nature."

Le témoin Farida — un dossier secret qui piège la défense

Parmi les zones d'ombre, un témoin : Farida. Elle dissimule son visage. Accuse Younes Merizak de viol et de vol. Son dossier est à l'instruction — couvert par le secret. Personne ne peut en parler. Ni les avocats de la défense. Ni les journalistes. Nul n'y accède.

Mais l'accusation s'en sert. "Voyez, puisqu'il aurait commis des faits similaires, il a pu tuer Christine." Raisonnement circulaire. Une présomption de culpabilité sur la base d'une accusation non jugée. La défense crie au scandale : "On est pris en otage par un dossier dont personne ne peut parler, et dont tout le monde pense qu'il est coupable alors qu'il est présumé innocent."

Exceptionnel en matière judiciaire. Un dossier sous secret de l'instruction sert à Besançon, couvert par le secret, devient l'argument principal de l'accusation. Sans que la défense puisse le contester. Sans que les jurés puissent vérifier la crédibilité du témoin. Farida devient l'élément déclencheur — celui qui fait basculer le verdict.

Pourtant, rien ne prouve que ce viol a existé. Rien ne prouve que Farida dit la vérité. Mais son témoignage, dramatique, accablant, est présenté comme la preuve que Younes Merizak est un prédateur. Un tueur. Un monstre. La cour d'assises boit ses paroles.

La défense, elle, ne peut que constater les dégâts. "C'est le jackpot pour les enquêteurs", disent-ils. Un dossier secret qui devient une condamnation sans procès.

David, le petit ami — un suspect blanchi par son téléphone

Le premier suspect, c'était David. Le compagnon de Christine. Il a signalé la disparition trop vite. Il a parlé de viol et de meurtre avant même que le corps soit retrouvé. Il a refusé d'entrer dans l'église pour l'enterrement. Il a laissé la sœur de Christine acheter les habits pour les obsèques. "Il ne daignait pas me rapporter des habits", témoigne la sœur. "Le mauvais, on le laisse aux autres."

David est impulsif, jaloux, possessif. Il a un mobile : la liaison clandestine de Christine. L'autopsie révèle qu'elle a eu un rapport sexuel ce matin-là — avec un autre homme. David aurait pu la tuer de rage. Un scénario classique. Presque trop parfait.

Mais la géolocalisation téléphonique le blanchit. À 8h25, Christine appelle depuis le lieu où son corps sera retrouvé. David est à 8 km. Son téléphone le prouve. Il est innocenté. Pourtant, les questions restent : pourquoi a-t-il eu peur si vite ? Pourquoi a-t-il parlé de viol et de meurtre ? Pourquoi personne n'a entendu son scooter dans Luxeuil ?

Les enquêteurs n'ont jamais répondu. David est libre. Younes Merizak est en prison. — Et pourtant.

L'absence de preuves — et la condamnation

La perquisition chez Younes Merizak n'a rien donné. Pas d'arme. Pas de vêtements ensanglantés. Pas de téléphone de la victime. Pas de trace de violence. Rien. Aucune preuve matérielle ne le relie au meurtre.

L'autopsie ne montre aucune trace de lutte. Christine n'a pas été droguée. Pas de lésions de défense. Pas de viol. Les seules traces ADN viennent d'un rapport sexuel — qui a pu être consenti. La défense le répète : "Il n'y a pas de sang, pas de peau arrachée. Des cellules d'ADN que vous pourriez laisser en glissant la main sur ce fauteuil."

Mais la cour d'assises ne retient pas cette lecture. Elle suit la logique des enquêteurs : si ADN, alors viol. Si viol, elle a résisté. Si elle a résisté, le tueur l'a tuée. C'est un syllogisme boiteux. Chaque étape est contestable. Pourtant, elle mène à 20 ans de réclusion.

Le verdict tombe après 4 heures de délibération. Quatre heures. Pour un dossier qui a duré six ans. Pour une vie qui bascule. La cour condamne Younes Merizak plus lourdement qu'en première instance — 20 ans au lieu de 18. Elle a voulu frapper fort. Mais sur quoi ?

La famille de la victime, elle, a effacé ses doutes. "On sait que pendant 13 ans, il sera à l'abri. Il n'ira pas faire ça sur une autre jeune fille." Une phrase qui en dit long : la condamnation est une mesure de protection, pas une vérité judiciaire.

Où est la justice ?

Les proches de Younes Merizak quittent le palais de justice en larmes. "Il n'y a pas de justice", crient-ils. "Rien. Il y a un innocent qui fait 4 ans de prison pour rien."

Les avocats étudient un pourvoi en cassation. Un troisième procès est possible. Mais combien de temps ? Combien d'années perdues ? L'affaire Christine Mathieu restera comme un cas d'école — celui où une preuve ADN, sans contexte, sans mobile, sans preuve matérielle, suffit à condamner un homme à 20 ans.

Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms : les magistrats, les experts, les témoins. Et Younes Merizak, qui crie son innocence depuis une cellule.

Sources :

  • Procès en appel de Younes Merizak, cour d'assises du Haut-Rhin, Colmar, 29 juin 2015
  • Témoignages de la famille de la victime et de l'accusé
  • Rapport d'autopsie et expertises médico-légales
  • Fichier national des empreintes génétiques
  • Expertises psychiatriques contradictoires (premier rapport : normal ; deuxième rapport : pervers narcissique)
  • Dossier d'instruction couvert par le secret (témoignage de Farida)
  • Analyse téléphonique et géolocalisation du petit ami David

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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