Cédric Jubillar avoue par écrit le meurtre de Delphine : un rebondissement à cinq ans d'intervalle

« C'est moi qui suis à l'origine de la disparition de ma femme »
Selon les déclarations de ses avocats Pierre de Buisson et Guy de Buisson — rapportées par le journaliste Ronan Folgoas du Parisien — Cédric Jubillar a formalisé par écrit des aveux qu'il avait commencé à distiller en face à face avec son conseil au parloir. Les termes exacts, cités par ses avocats : « C'est moi qui suis à l'origine de la disparition de ma femme. »
L'information a d'abord été donnée par les confrères de La Dépêche du Midi. Le jour même, les avocats de Cédric Jubillar ont organisé une conférence de presse. Pierre de Buisson, entouré de son père Guy de Buisson, a déclaré que son client avait « besoin de parler ». Il a évoqué une « nécessité de libération de sa parole », affirmant que Jubillar agissait aussi pour ses enfants — afin qu'ils puissent « se recueillir le jour venu devant peut-être une tombe ».
Selon cette version — celle des avocats, que rien ne permet encore de vérifier indépendamment — le passage à l'acte serait intervenu dans le cadre d'une « énième dispute conjugale ». Jubillar aurait caché le corps de sa femme pour éviter que ses enfants ne voient leur mère inanimée dans la maison.
Une version que le journaliste Ronan Folgoas qualifie lui-même avec prudence : « Cette version-là, elle vaut ce qu'elle vaut, c'est-à-dire pas grand-chose. C'est la version de ses avocats qui cherchent déjà à construire une ligne de défense. On n'est pas obligé de les croire. »
Les circonstances exactes du meurtre et le lieu où se trouve le corps de Delphine Jubillar restent à ce stade inconnus. Selon ses avocats, Cédric Jubillar se dit « prêt à coopérer avec la justice » et devrait donner des détails aux magistrats dans les prochains jours.
Une affaire qui a tenu la France en haleine
Delphine Jubillar — de son nom de naissance Delphine Aussaguel — avait 33 ans au moment de sa disparition. Infirmière de nuit dans une clinique d'Albi, mère de deux enfants (Louis, 6 ans, et Elyah, 2 ans), elle était décrite par ses proches comme une femme généreuse, loyale, appréciée de tous.
Selon les éléments recueillis par Ronan Folgoas — qui a rencontré tous les protagonistes de l'affaire et consacré un livre au sujet — Delphine Jubillar espérait refaire sa vie. Elle avait rencontré un homme de Montauban sur une application de rencontre à l'été 2020. Une passion amoureuse est née. Le jour même de sa disparition — le 15 décembre 2020 — elle avait pris contact avec la femme de son amant. Les deux femmes s'étaient parlé, écrit, et avaient convenu d'une sorte de pacte pour envisager la suite. Delphine Jubillar était alors quasiment assurée de pouvoir rejoindre l'homme qu'elle aimait.
Ce que personne ne sait avec certitude, selon le journaliste, c'est si Delphine avait annoncé son départ à Cédric Jubillar le soir de sa disparition. « Peut-être que ce soir-là, elle a peut-être lâché quelques phrases qui ont provoqué le passage à l'acte », avance Ronan Folgoas.
Un accusé qui n'a cessé de nier… jusqu'à aujourd'hui
Cédric Jubillar a été interpellé le 18 juin 2021, six mois après la disparition de sa femme. Pendant ces six mois, il était libre — et il recevait même les journalistes.
Ronan Folgoas raconte être allé chez lui en avril 2021. Jubillar lui a fait visiter chaque pièce de sa maison, sauf le sous-sol. « Quelqu'un qui fait visiter sa maison, c'est quelqu'un qui n'a rien à cacher. C'est en tout cas l'idée qu'il pouvait essayer de faire transparaître », commente le journaliste. Pourtant, il note déjà un comportement troublant : « Il ne manifestait pas d'émotion particulière quand il parlait de sa femme. Ce n'était pas forcément en termes très positifs. »
À cette époque, Jubillar se vantait même d'être « le mec le plus connu du Tarn ». Lorsqu'il commandait un traiteur d'Albi, il donnait son nom au téléphone en riant : « Jubillar, le mec le plus connu du Tarn. »
En mai 2021, les gendarmes interceptent une conversation téléphonique entre Jubillar et sa petite sœur, lycéenne. Il lui dit : « Si on t'embête au lycée, tu as qu'à dire que tu es la sœur de Jubillar, tu sais, celui qui a commis le crime parfait. » Une première forme d'aveu, selon les enquêteurs.
Placé en détention provisoire à l'été 2021, Jubillar fait des confidences à un codétenu nommé Marco, puis à un autre détenu. Des propos qui ressemblent à des aveux — mais que Jubillar conteste et que ses avocats de l'époque décrédibilisent.
Un procès en première instance marqué par les contradictions
Jugé devant la cour d'assises du Tarn à Albi du 22 septembre au 17 octobre 2025, Cédric Jubillar a maintenu une ligne de défense radicale : « Le dossier est vide, je n'y suis pour rien. » Ses avocats de l'époque — Alexandre Martin et Emmanuel Franck, après le retrait de Jean-Baptiste Lari — agitaient la théorie d'un complot des juges, des enquêteurs et des médias contre un homme innocent.
Mais au fil des quatre semaines d'audience, le portrait de l'accusé s'est fissuré. Selon Ronan Folgoas, Jubillar s'exprimait peu. Quand les avocats des parties civiles le poussaient, il « accouchait souvent de contradictions flagrantes et de mensonges ». Son discours paraissait « mécanique, dénué de toute empathie ». « Le costume de l'homme innocent devant cette cour d'assises d'Albi paraissait beaucoup trop grand pour lui », résume le journaliste.
Plusieurs éléments ont accablé Jubillar lors du procès. Des témoignages ont établi un climat de violences psychologiques envers Delphine — humiliations, rabaissements en public, harcèlement dans les semaines précédant sa disparition. Des punitions sévères infligées à son fils Louis, alors âgé de 6 ans, ont été décrites : des séances où l'enfant devait se mettre à genoux sur des Legos. « Le portrait du père de famille violent à l'égard de son fils a occupé une bonne partie des débats », rapporte Ronan Folgoas.
Surtout, des menaces de mort proférées par Jubillar avant la disparition ont été rapportées et confirmées par sa propre mère, Nadine. Il lui aurait dit : « Je vais la tuer, je vais l'enterrer et je connais un endroit où on ne la retrouvera jamais. »
Le 17 octobre 2025, Cédric Jubillar est condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour meurtre sur conjoint.
Un changement d'avocat, puis des aveux
Trois mois après sa condamnation, Jubillar change d'équipe de défense. Il quitte Alexandre Martin et Emmanuel Franck pour prendre Pierre de Buisson — un avocat qui, selon Ronan Folgoas, « a réussi à trouver une clé psychologique pour le faire parler ».
Le journaliste avance plusieurs hypothèses. La perspective du procès en appel, prévu pour septembre 2026 à Toulouse, a pu jouer un rôle décisif. « Si on garde la même ligne de défense, forcément ce serait le même résultat », explique-t-il. Les faits étant passibles de la perpétuité, Jubillar risquait une peine alourdie.
Mais Ronan Folgoas n'exclut pas une dimension psychologique : « Il y a peut-être aussi cette dimension de se libérer d'un poids. »
Des aveux partiels et contestés
Les aveux de Cédric Jubillar ne sont pas complets. Selon ses avocats, il reconnaît avoir utilisé la voiture de Delphine pour cacher son corps. Mais il conteste toujours un détail que les enquêteurs considèrent comme une erreur de sa part : le sens de stationnement de la voiture après les faits.
Plusieurs témoins ont affirmé que la voiture avait changé de sens entre le mardi soir et le mercredi matin. Au procès, Jubillar avait nié : « Je ne suis pas assez bête pour commettre ce genre d'erreur. » Aujourd'hui encore, il persiste. « Il pinaille sur des détails parce que ça n'a pas de sens en fait de parler de ça aujourd'hui, sauf pour lui peut-être », commente Ronan Folgoas — qui y voit une forme d'immaturité, ou le refus de reconnaître pleinement les faits.
Les proches entre espoir et scepticisme
Interrogée par Ronan Folgoas, la mère de Cédric Jubillar s'est dite « soulagée d'une certaine manière et très triste ». Triste pour ses petits-enfants, triste pour la famille de Delphine. « Elle avait la certitude absolue que son fils avait commis les faits », rapporte le journaliste. Jusqu'à présent, « son cœur de maman pouvait encore s'accrocher à la petite parcelle de doute qui restait ».
Les amies de Delphine, en revanche, sont marquées par la colère et le scepticisme. Emy, l'une des volontaires qui ont arpenté la région pendant des années pour retrouver une trace de Delphine, a des mots très durs : « Elle le traite de connard qui se réveille cinq ans après et qui nous a fait galérer pendant toutes ces années », rapporte Ronan Folgoas.
Une autre amie, Anne, exprime de la prudence. « Ce n'est pas parce qu'il a dit qu'il allait donner des indications qu'il va vraiment le faire », résume le journaliste. Les proches de Delphine redoutent que Jubillar ne soit encore en train de manipuler — de vouloir « gérer les horloges et essayer de repousser la tenue de son procès en appel ».
Mais l'espoir demeure : celui d'offrir une sépulture décente à Delphine. « Ses enfants vont pouvoir se recueillir devant une tombe », souligne Ronan Folgoas. « C'est le drame absolu de ces histoires où il n'y a pas de corps. »
Des conséquences judiciaires immédiates
Ces aveux bouleversent le calendrier judiciaire. Un magistrat doit d'abord entendre Cédric Jubillar pour vérifier s'il réitère ses aveux et s'il donne des éléments précis permettant de localiser le corps de Delphine. Si c'est le cas, les gendarmes se transporteront sur les lieux avec lui. Des premières recherches pourraient débuter rapidement.
La découverte du corps — ou de ce qu'il en reste — nécessitera des analyses qui pourraient prendre des semaines, voire des mois. Une réexpertise psychologique et psychiatrique de Jubillar sera également nécessaire, puisqu'il a été expertisé à une époque où il niait les faits.
Le téléphone de Delphine Jubillar, jamais retrouvé, pourrait aussi être localisé. La nuit de sa disparition, Cédric Jubillar a appelé plus de 150 fois ce téléphone — « visiblement pour éteindre sa batterie, pour faire que le téléphone s'éteigne tout seul », selon Ronan Folgoas.
Le procès en appel, initialement prévu pour le 21 septembre 2026 à Toulouse, pourrait être repoussé en fonction de l'avancée des investigations.
Ce que ces aveux disent de la France
Cette affaire, suivie avec une intensité rare par les médias et l'opinion publique, révèle quelque chose de plus profond. Elle met en lumière la persistance, dans la société française, d'une attente presque viscérale de reconnaissance judiciaire de la part des accusés — même après une condamnation lourde.
Pendant cinq ans et demi, Cédric Jubillar a nié. Il a construit une défense sur le vide du dossier, sur la théorie du complot, sur le silence. Et puis, à l'approche du procès en appel, il a parlé. Pourquoi aujourd'hui ? Parce que la perspective d'une peine alourdie l'y a contraint ? Parce que son nouvel avocat a trouvé la bonne clé psychologique ? Parce que le poids du secret est devenu trop lourd ?
Les proches de Delphine, eux, attendent des actes. Pas des mots. « Ils ne font absolument pas confiance à Cédric », résume Ronan Folgoas. « Ils attendent de voir. »
Ce qui est certain, c'est que la parole de l'accusé — même tardive, même partielle, même suspecte — conserve un pouvoir dans l'imaginaire collectif. Celui de permettre enfin le deuil. Celui de rendre un corps à une famille. Celui de clore, peut-être, une histoire qui n'en finit pas de hanter la France.
L'enquête continue.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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