
Elles sont 4 % des forces de police. En Inde comme en Palestine, des femmes ont choisi l'uniforme, au péril de leur vie. La vidéo d'Investigations et Enquêtes les suit pendant plusieurs semaines. Leurs missions : arrêter des meurtriers, saisir de la drogue, protéger des femmes battues, et parfois, exécuter un ordre du tribunal dans un village sous tension. Un récit sobre, sans voyeurisme, basé sur une seule source — le lecteur est prévenu.
Ce que l'on voit
Commençons par le commencement. La vidéo nous emmène à Hyderabad, sixième métropole la plus peuplée d'Inde avec près de 10 millions d'habitants. Et à Ramallah, capitale administrative de l'Autorité palestinienne, à 15 kilomètres de Jérusalem. Deux villes que tout oppose — mais où les femmes policières vivent les mêmes défis.
À Hyderabad, Lakshmi dirige une équipe de 17 policières. Elle dort au poste, explique-t-elle dans la vidéo, parce qu'elle habite trop loin. Ce jour-là, elle participe à une vaste opération nocturne : 200 policiers, dont 3 % de femmes, bouclent un quartier de la vieille ville. Objectif : arrêter deux meurtriers en cavale.
Les services de renseignement les ont localisés chez des proches. La famille tarde à ouvrir la porte. Puis ce sont les femmes policières qui entrent — car des femmes sont présentes, la mère et l'épouse enceinte de l'un des criminels. Les hommes n'auraient pas pu fouiller la maison aussi librement. Les suspects ne sont pas là. Mais la fouille révèle autre chose.
Un laboratoire clandestin. On y fabrique des médicaments et des aliments contrefaits. Le faux miel, notamment, à base d'agents de conservation. Selon la vidéo, l'Inde partage avec la Chine 75 % de la production mondiale de médicaments contrefaits. Un marché illicite estimé à 175 milliards d'euros, qui causerait la mort d'un million de personnes par an. Le responsable arrêté n'a aucune formation alimentaire — il a une maîtrise en philosophie arabe, dit la police, mais pas de diplôme médical. Il fabriquait ces produits pour l'argent.
Plus tard, Lakshmi et ses collègues découvrent un abattoir illégal de vaches. En Inde, l'abattage des bovins est interdit, passible de six mois de prison. « Ils sont dégoûtants, dit Lakshmi dans la vidéo. Ce ne sont pas des êtres humains. » Elle peine à retenir ses haut-le-cœur. Puis c'est une laiterie frauduleuse qui est saisie : du lait artificiel, mélangé au lait naturel, transformé en yaourt. Les échantillons sont envoyés au laboratoire.
À Ramallah, la lieutenante Manar et la capitaine Amal sont de toutes les missions. Leur quotidien est plus dangereux encore. Selon la vidéo, deux policiers viennent d'être tués lors d'une fusillade avec des trafiquants de drogue. Un policier de 27 ans, père d'un petit garçon de 3 ans, est mort à Naplouse. Les deux femmes iront présenter leurs condoléances à sa famille.
Manar, 32 ans, mère de famille, est policière depuis sept ans. « J'en rêve depuis que je suis jeune », dit-elle dans la vidéo. « Depuis que l'Autorité palestinienne a été établie, j'ai toujours rêvé de porter l'uniforme de police. » Sa famille l'a toujours soutenue. Son mari, militaire, avoue craindre pour sa sécurité, surtout la nuit.
Les opérations antidrogue sont leur priorité. Dans une maison désaffectée, les policiers trouvent des sachets de méthamphétamine synthétique, parfois imbibée de mort-aux-rats ou d'anti-moustiques. Les effets sont jusqu'à cent fois plus forts que la MDMA. Selon la vidéo, un Palestinien sur 40 serait drogué dans les territoires occupés. À Jérusalem Est, le nombre d'utilisateurs a été multiplié par 2000 en quarante ans.
Un chauffeur de taxi apporte un paquet de cigarettes rempli de petits sachets d'héroïne. Chaque sachet vaut environ 1000 shekels — soit 10 000 shekels au total. Manar et ses collègues sont déterminés à freiner ce trafic, qui brise des vies et enrichit des réseaux impliqués dans le trafic d'armes, l'extorsion, la fraude et le blanchiment.
Les missions ne sont pas seulement répressives. Un jour, Manar et Amal doivent exécuter un ordre du tribunal : récupérer quatre enfants mineurs chez leur père divorcé, pour les remettre à leur mère. La loi palestinienne prévoit qu'en cas de divorce, les mineurs restent avec la mère, sauf si elle a un nouvel homme dans sa vie. Les policières se rendent dans un village en banlieue de Ramallah. Pour y accéder, elles doivent emprunter une route sous contrôle exclusif israélien. Elles enlèvent leurs insignes et leur béret — sur ces routes, elles n'ont aucune légitimité policière. Les caméras doivent être éteintes.
Le père est de mauvaise humeur, mais la situation reste calme. Deux des enfants sont remis sur-le-champ. Le père promet de ramener les deux autres le lendemain. Les policières reconduisent la mère et ses enfants chez elle, en empruntant à nouveau la route israélienne.
Deux mondes, un même combat
Selon la vidéo, les femmes ne représentent que 4 % des forces de police en Inde comme en Palestine. L'objectif affiché par les autorités indiennes est d'atteindre 30 %. À Hyderabad, Lakshmi dirige l'un des trois postes de police exclusivement féminins de la ville. Elle traite les violences domestiques, le harcèlement, les viols et les meurtres de femmes. « Les femmes sont souvent victimes de violence domestique, explique-t-elle. Tous les cas impliquant des femmes doivent être traités par des policières uniquement. »
Ce jour-là, une jeune fille enceinte vient porter plainte. Son mari l'a frappée et réprimandée. Lakshmi attend l'autorisation de son supérieur pour l'arrêter. En Inde, le code pénal est clair : la violence physique envers les femmes est un crime. « Il ne devrait même pas lever la main ou réprimander une femme », dit-elle dans la vidéo.
En Palestine, le contexte est plus complexe. Les principes islamiques de la charia sont la source principale du droit. La peine de mort s'applique pour les vendeurs de drogue, les meurtriers et les collaborateurs avec Israël. En 2014, plus de 8 000 agressions criminelles et près de 6 000 délits contre la moralité — viols, harcèlement sexuel — ont été enregistrés. Le taux de chômage des jeunes hommes de moins de 30 ans atteint 40 %, et 63 % pour les jeunes femmes. Pour certains, le vol devient la seule façon de survivre.
Les policières doivent aussi composer avec la géographie politique. Les territoires occupés sont divisés en trois zones : la zone A, sous contrôle palestinien ; la zone B, sous contrôle conjoint israélo-palestinien ; la zone C, entièrement sous contrôle israélien. Les criminels peuvent se réfugier en zone C, où les policiers palestiniens n'ont pas autorité. « Dans ce cas, on ne peut plus rien faire », dit la vidéo.
Arrestations, saisies, réprimandes publiques
Les opérations filmées montrent une chaîne judiciaire sommaire mais réelle. À Hyderabad, les policiers arrêtent des individus recherchés : une dizaine de meurtriers, des voleurs, des hommes flânant la nuit. Tous sont placés en garde à vue. Le lendemain, ils sont transférés dans un stade de sport pour une réprimande publique. Leurs proches sont convoqués. Les parents des mineurs arrêtés pour conduite sans permis doivent faire acte de repentance devant la foule. « Nous leur expliquons ce qui est bien et ce qui est mal, dit un policier dans la vidéo. Afin qu'ils ne se retrouvent plus dans cette situation. » La séance se termine par une promesse récitée à haute voix : ne plus recommencer.
En Palestine, les saisies de drogue sont envoyées au laboratoire. Les criminels arrêtés sont présentés au procureur. La vidéo montre un cas de vol : une femme a dérobé de l'or, des pièces de monnaie et des bijoux dans une maison. Le procureur examine le dossier. La lieutenante Manar, elle, part en mission avec les Forces spéciales de sécurité palestiniennes — un groupe d'élite pour les missions périlleuses. Ce jour-là, ils traquent un dangereux suspect caché dans un parking de voitures saisies. Le criminel a pris la fuite. La police repart bredouille.
Amal, elle, est assignée à la sécurité du palais de justice de Ramallah. Elle fouille les femmes qui entrent : armes, caméras, drogues. Un peu plus tôt, une femme a refusé d'ouvrir son sac. Amal a trouvé une caméra, interdite dans l'enceinte du tribunal. « En tant que femme policière, une grande partie de notre travail consiste à fouiller les autres femmes, explique-t-elle. C'est la loi ici. Un homme n'a pas le droit de fouiller une femme. »
Ce que ça dit de la France
Ce reportage, tourné à des milliers de kilomètres de Paris, parle pourtant de la France. Par ricochet.
La première évidence : la condition des femmes dans les forces de l'ordre est un marqueur de civilisation. En France, les femmes représentent environ 20 % des effectifs de police nationale. Un chiffre bien supérieur aux 4 % indiens ou palestiniens, mais encore loin de la parité. Les défis sont les mêmes : violences domestiques, harcèlement, besoin de policières pour fouiller les femmes, pour accueillir les victimes. La France a généralisé les brigades de protection des familles, formé des enquêteurs spécialisés. Mais le taux de violences conjugales reste élevé : 450 000 victimes de violences physiques enregistrées en 2024, selon le ministère de l'Intérieur. Et 122 600 victimes de violences sexuelles, en hausse de 7 %. Des chiffres qui interrogent.
La deuxième évidence : le rapport à la violence et à la justice diffère radicalement selon les cultures. En Inde, la réprimande publique est une peine en soi. L'honneur, valeur fondamentale, est utilisé comme outil de dissuasion. En Palestine, la peine de mort pour les trafiquants de drogue est une réponse dure à un fléau qui touche un jeune sur quarante. La France, elle, a aboli la peine capitale en 1981. Le débat sur son efficacité n'est pas près de revenir — mais la question de la proportionnalité des peines, elle, reste ouverte. 94 % des viols classés sans suite, 637 jours pour un procès civil : la justice française est lente, parfois impuissante. Les citoyens le ressentent. Les forces de l'ordre aussi.
La troisième évidence : l'engagement des femmes dans la police est un révélateur des tensions sociales. En Inde, Lakshmi affirme qu'il n'y a pas de harcèlement sexuel dans la police. En Palestine, Manar dit que les gens trouvent étrange qu'une femme soit policière, car c'est un métier d'homme. En France, les femmes policières subissent encore des discriminations et des violences sexistes. Une enquête de 2023 montrait que 40 % d'entre elles avaient été victimes de harcèlement. Les choses bougent, mais lentement.
Et pourtant. Ces femmes, à Hyderabad, Ramallah ou Paris, partagent la même fierté. « Je suis fière, en tant que femme, de relever ce défi », dit Lakshmi dans la vidéo. Manar, elle, rêve de voir son fils et sa fille revêtir l'uniforme de la police palestinienne. « Je rêve de pouvoir prendre une photo d'eux à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem. »
La France, avec ses valeurs républicaines et sa promesse d'égalité, n'est pas à l'abri des mêmes tensions. Le rapport à la violence, à la justice, à la place des femmes dans la société — ces questions traversent toutes les démocraties. Ce reportage, modeste par sa source unique, rappelle que le combat des femmes policières est universel. Et qu'il est loin d'être gagné.
Et maintenant ?
La vidéo d'Investigations et Enquêtes n'offre pas de révélation fracassante. Elle ne dénonce aucun scandale. Elle montre, simplement, ce que vivent des femmes qui ont choisi de porter l'uniforme dans des contextes difficiles. C'est un documentaire de terrain, sans commentaire partisan, sans angle militant. Il mérite d'être vu pour ce qu'il est : un instantané de réalités lointaines, qui font écho à des questions plus proches.
En France, le débat sur la place des femmes dans les forces de l'ordre est régulièrement relancé. Les chiffres de la violence domestique restent alarmants. Les classements sans suite, nombreux. La confiance dans la justice, fragile. Ce reportage ne donne pas de solutions. Mais il rappelle une vérité simple : là où l'État est présent, ferme et respectueux, les femmes peuvent exercer ce métier dangereux avec fierté. Là où l'État est absent ou divisé, elles risquent leur vie pour un salaire de misère.
Le contribuable français, lui, paie pour une police qui protège, qui enquête, qui arrête. Le rapport qualité-prix est discutable — 45 % du PIB en prélèvements, pour une justice lente et des taux d'élucidation modestes. Mais les femmes policières, elles, continuent. Coûte que coûte.
Cet article est basé sur une seule source, la vidéo « India's special forces: The shadow war » diffusée par la chaîne YouTube Investigations et Enquêtes. Les faits rapportés n'ont pas été corroborés par d'autres sources indépendantes. Le Dossier les présente sous toutes réserves, dans le respect de la présomption d'innocence. Les noms propres, lieux et chiffres proviennent exclusivement de cette vidéo.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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