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SociétéÉpisode 4/1

Sciences Po Paris : filature et photographie — les méthodes de l'ordre républicain

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-04
Illustration: Sciences Po Paris : filature et photographie — les méthodes de l'ordre républicain
© Illustration Le Dossier (IA)

Une nomination pour « remettre de l'ordre »

Octobre 2024. Luis Vassy prend la direction de Sciences Po. Le message est limpide : l'école était accusée de passivité face aux mobilisations étudiantes pro-Palestine. Les médias parlaient de radicalité, d'antisémitisme, de campus en ébullition. Vassy débarque en sauveur — le pompier qui maîtrise l'incendie.

Sauf que le pompier, semble-t-il, a sorti le carnet d'adresses de la police.

Mediapart révèle que des étudiants ont été « épiés » et « photographiés à leur insu » pour justifier des sanctions ou des exclusions. Les preuves ? Des dossiers disciplinaires consultés par le journal, qui attestent d'une méthode peu académique.

On ne parle pas de vidéosurveillance de sécurité. On parle de surveillance ciblée, nominative, motivée par l'engagement politique des étudiants. Une dérive inquiétante dans une école qui forme les élites de la République.

Des étudiants photographiés à leur insu

Que dit Mediapart ? Que les dossiers disciplinaires contiennent des photographies prises sans le consentement des étudiants. Des clichés volés, probablement lors de manifestations ou d'assemblées générales. L'objectif : prouver la participation à des actions jugées « radicales » par l'administration.

La question n'est pas de savoir si les étudiants ont enfreint le règlement. Elle est de savoir si l'école a le droit de les filer comme des délinquants.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : une méthode de renseignement. Des agents de sécurité privés ? Des personnels de l'école ? Les détails restent flous — mais les faits sont là, noirs sur blanc dans les dossiers. Des photos. Des identifications. Des sanctions.

Ironie de l'histoire : Sciences Po forme des « ingénieurs de la démocratie », selon le jargon maison. Un master de lutte contre la désinformation a même été lancé en juillet 2026 (RTBF). Mais quand il s'agit de ses propres étudiants, l'école pratique la surveillance discrète.

Le mépris du débat

Le problème n'est pas la sanction — si des règles ont été enfreintes, elles doivent être appliquées. Le problème, c'est la méthode. Photographier des étudiants à leur insu, c'est les traiter comme des suspects avant même qu'ils n'aient été jugés.

C'est aussi un aveu de faiblesse. L'administration ne parvient pas à encadrer le débat par le dialogue, alors elle le verrouille par la menace. Une logique de sécurité plutôt que de pédagogie.

Et le coût ? Sciences Po facture jusqu'à 14 720 euros de frais de scolarité par an (tarif 2025-26). La moyenne constatée est de 5 330 euros. Des sommes qui financent quoi ? Des enseignants, des bibliothèques, des études de cas — mais aussi, désormais, des filatures.

Le contribuable, lui, met aussi la main au porte-monnaie. Sciences Po est un établissement public. Chaque euro versé par l'État est censé servir l'excellence académique, pas la surveillance interne.

Comparaison : le modèle américain

Aux États-Unis, la surveillance des étudiants pro-Palestine a aussi fait scandale. À Columbia, à Harvard, des associations ont été dissoutes, des étudiants menacés d'expulsion. Mais la différence est de taille : les universités américaines sont privées, et la liberté d'expression y est protégée par le Premier Amendement.

En France, l'université est publique. L'État y a un devoir de neutralité et de respect des libertés individuelles. Photographier un étudiant pour son engagement politique, c'est une intrusion dans sa vie privée. La CNIL pourrait avoir son mot à dire.

L'administration Vassy semble avoir choisi la manière forte. Mais à quel prix ? Une école où l'on se méfie de ses propres étudiants, où la délation remplace la discussion, n'est plus une université — c'est une caserne.

Derrière la fermeté, une fuite en avant

Luis Vassy a été nommé pour « remettre de l'ordre ». Soit. Mais l'ordre ne se décrète pas par la surveillance. Il se construit par l'autorité légitime, le dialogue et la sanction juste.

Or, les dossiers disciplinaires consultés par Mediapart montrent une autre logique : on collecte des preuves en cachette, on photographie, on dresse des listes. Une logique de fichage, pas de justice.

Les étudiants visés — ceux qui manifestent pour la Palestine — deviennent des cibles. Leur opinion politique est criminalisée. C'est exactement ce que l'on reprochait aux universités autoritaires.

Une date. Un cliché. Une exclusion.

Et maintenant ?

L'affaire ne fait que commencer. Mediapart a livré les premières preuves. Les avocats des étudiants vont probablement saisir la justice. La CNIL pourrait ouvrir une enquête sur ces pratiques de surveillance.

Sciences Po devra répondre. Expliquer qui a pris ces photos, sur quel fondement légal, et pourquoi les étudiants n'ont pas été informés.

En attendant, le doute s'installe. Une école qui forme les futures élites de la République peut-elle se permettre de traiter ses élèves comme des suspects ? Ou s'agit-il d'une nouvelle étape dans la gestion sécuritaire du débat public ?

Les Français jugeront. Mais une chose est sûre : la confiance ne se gagne pas avec des appareils photo cachés.

📰Source :rss_article

Par la rédaction de Le Dossier

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