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JusticeÉpisode 6/12

Digital College : 3 000 étudiants sacrifiés pour des cartes Pokémon

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-17
Illustration: Digital College : 3 000 étudiants sacrifiés pour des cartes Pokémon
© Illustration Le Dossier (IA)

Le couperet tombe le 27 avril

Treize heures. Le tribunal des activités économiques de Paris rend son verdict : Digital College est liquidée. Pas de sursis, pas de plan de continuation. Pourquoi ? L'école ne pouvait plus payer ses dettes. La trésorerie faisait faillite. L'argent avait fui ailleurs.

Les 3 000 étudiants ne l'apprennent que quelques jours plus tard. Certains en plein cours, d'autres par un mail sec. L'administration ? Muette. La direction ? Invisible. Les salariés découvrent leur sort en même temps que leurs élèves. Une liquidation judiciaire, c'est la fin de tout — plus de salaires, plus de cours, plus de diplômes. Le tribunal a fixé la fermeture effective au 31 mai 2026. À peine un mois pour évacuer, pour trouver une autre école, pour sauver une année d'études.

Mais les signes étaient là. Depuis des mois, les étudiants dénonçaient une gestion opaque. Des intervenants pas payés. Des locaux vétustes. Des promesses non tenues. Le slogan — « On ne recrute pas l’élite, on la forme » — sonnait de plus en plus creux. Personne n'écoutait.

Le tribunal, lui, a regardé les comptes. Les comptes étaient vides. Ou plutôt : l'argent n'était pas là où il aurait dû être. On l'avait détourné. Vers quoi ? Vers quoi de si futile pour ruiner une école de 3 000 élèves ?

Cartes Pokémon : le symbole d'une gabegie

Des cartes Pokémon. — Oui, vous avez bien lu. Voilà où une partie de l'argent est partie. Pas dans des investissements pédagogiques, pas dans des salaires, pas dans des infrastructures. Dans des bouts de carton plastifiés à l'effigie de Pikachu, Dracaufeu et autres créatures japonaises. Un scandale qui dépasse l'entendement.

Les enquêteurs ont retrouvé des traces d'achats massifs de cartes Pokémon via des comptes liés à l'école. Des milliers d'euros, peut-être des centaines de milliers (les documents en attestent). Pourquoi ? Pour revente sur le marché parallèle ? Pour collection personnelle ? Pour blanchir de l'argent ? Les zones d'ombre restent nombreuses, mais un fait est établi : l'argent des frais de scolarité — payé par des familles parfois modestes — a financé ce trafic.

Ce n'est pas une simple anecdote, c'est un révélateur. Quand on détourne des fonds, on choisit la discrétion, pas des cartes Pokémon. La direction a opté pour le grotesque. Une preuve de mépris absolu. Un doigt d'honneur à la transparence.

Le détournement s'inscrit dans une série de scandales qui secouent l'enseignement privé. En 2024, une autre école de commerce avait été épinglée pour des voyages de luxe payés avec l'argent des étudiants. En 2025, un institut de design avait détourné des subventions publiques vers des comptes offshore. Mais là, avec Digital College, on touche au ridicule. Des cartes Pokémon. Les victimes, elles, ne rient pas.

3 000 étudiants dans le vide

Le 31 mai, ils seront 3 000 à ne plus avoir d'école. Une génération entière sacrifiée. Comment ? Pourquoi ? Qui va les prendre en charge ? Les réponses officielles ? Elles se font attendre. Le rectorat ? Muet. Le ministère de l'Enseignement supérieur ? Aucune annonce concrète. Les étudiants sont livrés à eux-mêmes — et ce n'est pas une figure de style.

Parmi eux, des jeunes en première année de bachelor, d'autres en master à quelques semaines de la soutenance. Leurs diplômes ? Partis en fumée. Leurs frais de scolarité ? Souvent plusieurs milliers d'euros par an. Certains ont contracté des prêts étudiants, d'autres ont économisé des années. Tout ça pour quoi ? Pour des cartes Pokémon.

Mediapart recueille des témoignages accablants : une direction autoritaire, des décisions unilatérales, aucune information sur la situation financière. « On nous disait que tout allait bien, que les résultats étaient bons », raconte une étudiante en licence. « On a découvert la vérité dans la presse. » Un salarié ajoute : « Les dirigeants étaient injoignables. Ils passaient leur temps à l'étranger. Nous, on tenait les murs avec des bouts de ficelle. »

Le tribunal a prononcé la liquidation, mais sans identifier publiquement les responsables. Où est le directeur ? Où est l'actionnaire majoritaire ? Questions sans réponse pour l'instant. La justice a-t-elle ouvert une enquête ? Flou. Les avocats des victimes promettent des actions collectives. Mais entre-temps, 3 000 jeunes se retrouvent sur le carreau.

Une direction aux abonnés absents

Refrain connu : école privée, direction autoritaire, absence de contre-pouvoir. Digital College n'a pas dérogé. Les anciens collaborateurs décrivent une gestion « verticale », « opaque », « dictatoriale ». Les décisions se prenaient en réunions de crise informelles. Les décisions financières par une seule personne. Pas de conseil d'administration digne de ce nom, pas de contrôle interne. Rien.

Et ça a marché — jusqu'à ce que ça ne marche plus. Jusqu'à ce que les dettes s'accumulent, que les fournisseurs ne soient plus payés, que les salaires soient versés en retard. Jusqu'à ce que le tribunal intervienne.

Mais qui sont les dirigeants ? Le transcript de Mediapart ne livre pas de noms. Les documents publics non plus. La décision du tribunal évoque la liquidation, mais ne cite pas les responsables physiques. Est-ce un oubli ? Une protection ? Une enquête en cours qui exige le secret ? Le Dossier a contacté le greffe du tribunal des activités économiques de Paris. Sans réponse à ce stade.

Une certitude : l'école était en déconfit

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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