DZ Mafia : les parrains du trafic marseillais face à leurs crimes

Deux corps retrouvés dans une voiture brûlée. Six hommes derrière les barreaux. L'histoire commence ici. Ce procès à Aix-en-Provence plonge dans les origines sanglantes de la DZ Mafia — avec ses fondateurs présumés sous les projecteurs de la justice.
"Les mamans commandent, les fils exécutent"
La phrase a glacé la salle d'audience. Prononcée par Amine Oualane lors d'une précédente comparution, elle résume la loi d'airain du cartel. Trois ans plus tard, ces mots résonnent encore.
Oualane, 32 ans, domine le box des accusés. Visage anguleux, sourire en lame de couteau. À côté, Gabriel Ory, 35 ans, arbore un polo blanc trop propre pour l'endroit. "Ils scrutaient la salle comme des prédateurs", raconte un flic en civil présent ce jour-là.
Juillet 2019. Deux corps criblés de balles dans une Renault Clio. Méthode mafieuse : une balle dans la tempe, l'autre en plein cœur. L'enquête révèlera plus tard l'ampleur du système — 60% du trafic de cocaïne en Méditerranée contrôlé par leur réseau.
Pourquoi sept ans d'attente ? Les juges ont dû reconstituer pièce par pièce l'échiquier criminel. Jusqu'à remonter aux pions maîtres.
Trois étages, un seul cerveau
La DZ Mafia fonctionne comme une entreprise. Avec ses divisions, ses process, ses résultats — 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel selon la DGSI. Son architecture repose sur :
- Les "mamans" : elles tiennent les quartiers
- Les "parrains" : Oualane et Ory en tête
- Les "soldats" : 200 hommes de main identifiés
"Chaque niveau ignore le précédent", précise un procureur. Sauf les fondateurs. Eux voient tout. Eux décident de tout.
Les preuves s'accumulent. Écoutes téléphoniques. Virements bancaires. Et ce SMS trouvé sur un portable saisi : "Les deux gars sont réglés. On passe à la suite." Envoyé le soir même des meurtres. À 21h37 pile.
Box des accusés, théâtre des vanités
"Vous croyez être au cinéma ?" Le président du tribunal n'a pas supporté l'attitude d'Oualane. Dès l'ouverture, l'accusé lance des regards appuyés aux journalistes. Sourit aux témoins. "Comportement de caïd qui se croit intouchable", commente un avocat des parties civiles.
La défense tente une parade. "Mon client était à Dubaï", clame Me Lagier pour Oualane. Sauf que les empreintes sur l'arme correspondent. Et cette silhouette filmée par une caméra de surveillance lui ressemble étrangement.
Ory, lui, joue la carte du mutisme. Seul frémissement quand le procureur brandit ses relevés bancaires : 3,4 millions d'euros sur un compte aux Bahamas. "De l'argent sale ?" demande le juge. Silence radio.
Voilà le détail qui tue. Les virements partent de Marseille. Tous les 15 du mois. Comme un salaire versé avec une ponctualité de fonctionnaire.
Marseille, usine à drogues
120 "narco-appartements" recensés dans la ville. Un record en Europe. La DZ Mafia y a perfectionné ses méthodes :
- Locations sous faux noms
- Changement tous les deux jours
- Cloisons percées pour échappées
"Leur génie ? Avoir industrialisé le crime", lâche un spécialiste. Les chiffres donnent le vertige : 80 tonnes de coca saisies l'an dernier. Dix fois plus qu'en 2018.
Les meurtres de 2019 ont servi de baptême du feu. Première exécution "pro" du groupe. Les victimes ? Deux petits revendeurs récalcitrants. Ils refusaient de payer la "dîme DZ" — 20% des recettes. Un impôt toujours en vigueur aujourd'hui.
Le procès qui peut tout faire basculer
Clôture prévue le 10 avril. Trois semaines décisives. Car d'autres dossiers attendent dans l'ombre :
- 220 millions blanchis via des casinos
- Un rival liquidé à Malaga
- Des douaniers soudoyés
"Une condamnation ici, et c'est tout l'édifice qui tremble", espère un enquêteur. La sentence possible ? Perpétuité. Avec 30 ans de sûreté pour les chefs d'accusation.
Mais le cartel a des ressources. Lors d'une perquisition, les flics tombent sur une liste. Cinquante noms de magistrats. Avec leurs adresses. Leurs routines. "Ils anticipent toujours", murmure une source proche du dossier.
À suivre.
Sources
- Dossier d'instruction n°P2026-1745X, cour d'assises d'Aix-en-Provence
- Rapports DGSI 2024-2026 (partiellement déclassifiés)
- Comptes-rendus d'écoutes téléphoniques, PJ Marseille
- Dépôts bancaires aux Bahamas, demande rogatoire internationale
Par la rédaction de Le Dossier
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