Affaire Anne Barbeau : le mari, la maire et l'assassinat programmé — 30 et 25 ans de prison

Une disparition qui sent mauvais
Anne Barbeau menait une vie discrète. Caissière au Super U de Candé depuis 2003, elle comptait les caisses, gérait l'administratif. Ses collègues l'adoraient. Ce samedi 16 mars 2013, elle ne vient pas. Personne ne comprend.
Son mari, Didier Barbeau, agriculteur, joint la gendarmerie de Saint-Marc Lajaille à 11h. Il est « affolé », disent les gendarmes. « Affolé, mais affolé. » Il raconte qu'ils ont dîné ensemble la veille — des galettes bretonnes —, qu'elle a regardé la télévision, qu'elle est venue se coucher vers 23h en posant ses pieds froids contre lui. Rien d'anormal.
Les gendarmes notent un détail pourtant. Didier Barbeau se présente à la gendarmerie à 13h45 — un quart d'heure avant l'ouverture. Il attend sur le parking. Pourquoi tant d'empressement ?
Les battues citoyennes commencent dès le dimanche. La famille, les amis, tout le village d'Avrillé se mobilise. Damien Lego, meilleur ami de Didier, organise un rassemblement devant la gendarmerie le lundi matin. « On comprenait pas pourquoi la gendarmerie nous aidait pas », dit-il. La pression monte. Les gendarmes déploient hélicoptères et plongeurs. Rien.
Douze jours de recherches. Douze jours de faux espoirs.
Le 27 mars, un promeneur découvre une voiture incendiée en forêt de Saint-Michel-et-Chamaux. Les plaques ont fondu. Le coffre contient un corps carbonisé. Une agrafe de soutien-gorge trahit le sexe de la victime. Une alliance gravée « Didi et Anne » confirme l'identité.
Le médecin légiste du CHU d'Angers prend une décision capitale. Il ouvre les poumons. Pas de suie. Aucune trace de fumée. Anne Barbeau était morte avant que la voiture ne brûle. Retenez ce détail : elle n'a pas été brûlée vive. On l'a tuée ailleurs, puis transportée dans le coffre.
L'ADN mitochondrial — comparé à celui de la mère d'Anne — confirme l'identité. L'Institut génétique Nantes Atlantique extrait un fragment de muscle carbonisé. Le verdict est sans appel. C'est bien elle.
Le mari parfait et ses mensonges
Didier Barbeau joue la comédie du veuf éploré. Il organise une marche blanche. Il pleure devant les caméras. Il dit aux journalistes qu'il veut retrouver l'assassin pour le tuer de ses mains. Son ami Damien Lego le croit. Tout le monde le croit.
Mais les gendarmes fouillent. Ils trouvent une chaussette d'Anne dans un fossé. Un carnet de chèques vide — cinq formules manquantes. Et surtout, ils découvrent que le siège conducteur de la voiture incendiée était réglé pour une personne mesurant entre 1,75 et 1,80 mètre. Anne mesurait 1,60 mètre. Qui a conduit la voiture jusqu'à la forêt ? Un homme grand.
Les relevés téléphoniques explosent le vernis. 6 700 appels entre Didier Barbeau et une certaine Stéphanie Livet en un an. Contre 420 avec sa femme. La veille de la disparition, 50 appels et 26 SMS échangés entre les amants. Le soir du crime, des SMS encore.
Stéphanie Livet n'est pas une inconnue. Elle est maire d'Avrillé, élue en 2008. Mère d'une petite Morgan, morte d'une malformation cardiaque en mai 2012. Séparée de son mari en février 2013. Elle et Didier se sont rencontrés dans le deuil. Leur liaison est née de la douleur.
Le 19 avril 2013, aux obsèques d'Anne, Stéphanie Livet signe le registre de condoléances. Elle écrit : « Stéphanie, Noah, Morgan idem. » « Idem », comme dans le film Ghost. Un code entre amants. Les enquêteurs mettront des mois à comprendre.
La géolocalisation qui tue
Le soir du crime, Stéphanie Livet prétend être chez elle. Les données téléphoniques la situent à minuit et demi près du lieu où on retrouvera la voiture incendiée. Elle ment. Didier Barbeau ment aussi. Leurs emplois du temps ne tiennent pas.
Le 2 juillet 2013, les gendarmes examinent un autre suspect, Frédéric, un voisin qui présente des brûlures. Un médecin confirme : ce sont des piqûres d'insectes. Pas de brûlures. La piste s'effondre. Un autre suspect, Rodolphe, est un chasseur qui rôdait — pour chasser, pas pour tuer.
L'enquête piétine. Didier Barbeau tente de se suicider le 25 mai 2013 dans la forêt de Saint-Michel. Damien Lego le sauve in extremis. « J'ai vu à la voix que quelque chose n'allait pas », raconte Damien. Il retrouve Didier dans sa voiture, un tuyau branché sur le pot d'échappement. Les gendarmes arrivent à temps.
Mais le suicide raté n'est qu'une manipulation de plus. Didier Barbeau écrit des lettres de prison accusant le frère et le père de Stéphanie Livet d'avoir participé au meurtre. Il brouille les pistes jusqu'au bout.
Les aveux sous la pression des preuves
Le 26 novembre 2013, les gendarmes convoquent Didier Barbeau et Stéphanie Livet en garde à vue. Ils ont une arme secrète : l'analyse du bol alimentaire d'Anne Barbeau. Le médecin légiste a prélevé le contenu de son estomac. Résultat : son dernier repas était le dîner du vendredi soir — des galettes. Pas le petit-déjeuner du samedi.
Didier Barbeau avait raconté que sa femme était partie au travail le samedi matin. Impossible. Si elle avait pris un petit-déjeuner, on aurait trouvé des traces. Mais les analyses montrent qu'elle n'a rien mangé après 21h le vendredi. Elle a été tuée le soir même, pas le lendemain.
Confronté à cette preuve, Didier craque. Il avoue. Puis Stéphanie Livet avoue. Le récit est glaçant.
Le vendredi 15 mars 2013, vers 21h15, Didier Barbeau frappe Anne avec une bûche dans le garage de la ferme. Elle tombe. Il l'étrangle avec une corde de lieuse — une corde utilisée pour attacher le foin. Stéphanie Livet l'aide. Ensemble, ils mettent le corps dans un carton. Ils glissent un carton sous la tête pour éviter les traces de sang. Puis ils chargent le corps dans le coffre de la voiture.
Le petit Noah, fils de Stéphanie, âgé de 18 mois, est dans la voiture pendant le crime. Il pleure. Les amants l'emmènent avec eux quand ils vont brûler la voiture en forêt.
Didier retire les chaussons d'Anne et lui enfile des chaussures pour simuler un départ au travail. Il inonde le garage l'été suivant pour effacer les traces de sang. Il ment pendant huit mois. Il donne des interviews. Il pleure en public.
La suite est édifiante. Devant le juge d'instruction, le 30 janvier 2014, Didier Barbeau change de version. Il accuse Stéphanie d'avoir tout orchestré. Elle l'accuse en retour. Chacun se renvoie la responsabilité.
Le procès : mensonges, larmes et verdict
Le procès s'ouvre le 14 janvier 2016 à la cour d'assises de Nantes. Huit jours d'audience. Didier Barbeau, 44 ans, et Stéphanie Livet, 39 ans, comparaissent pour assassinat.
La famille d'Anne — sa sœur, son neveu, sa mère — espère des excuses. Elles ne viendront jamais. Didier Barbeau refuse de regarder les parties civiles. Il regarde le sol. Il ment encore. Stéphanie Livet parle de sa fille Morgan, décédée, pour susciter l'empathie. « Morgan n'est pas une excuse », rétorque l'avocat général.
L'expert psychologue décrit Didier Barbeau comme « manipulateur, avec un goût pour le mensonge, une personnalité de type pervers, fasciné par la manipulation ». Il ajoute : « Il a besoin de posséder l'autre. » Stéphanie Livet, elle, est présentée comme dépendante affective, cherchant désespérément l'amour qu'elle n'a pas eu enfant.
Le mobile est financier. Didier Barbeau ne voulait pas divorcer. Un divorce lui aurait coûté la ferme. Il a préféré tuer sa femme. « Ce n'est pas un crime passionnel, c'est un crime crapuleux, anticipé et froidement exécuté », déclare l'avocat général.
Les réquisitions tombent : trente ans pour Didier Barbeau, vingt-cinq pour Stéphanie Livet. L'avocat général justifie la différence : « Il se devait de protéger son épouse. Il l'a tuée. »
Le 25 janvier 2016, après cinq heures de délibéré, le jury suit les réquisitions. Trente ans de réclusion criminelle pour Didier Barbeau. Vingt-cinq ans pour Stéphanie Livet. Pas d'appel. Les amants d'Avrillé acceptent leur sort.
La ferme de la Fenêtre, où le crime a eu lieu, appartient toujours à la famille. Les bêtes ont été abattues. Les terres sont exploitées par un voisin. Le village d'Avrillé porte encore la cicatrice. « Quand on parle de la commune, ça revient, c'est l'histoire Barbeau », dit un habitant. « Je me fais tout petit. »
La trahison d'un mari, la complicité d'une maire
Ce qui frappe dans cette affaire, ce n'est pas seulement la violence du crime. C'est la duplicité des accusés. Didier Barbeau a joué la comédie du veuf éploré pendant huit mois. Il a organisé des battues. Il a pleuré devant les caméras. Il a tenté de se suicider pour faire pitié. Il a accusé des innocents.
Stéphanie Livet, maire d'Avrillé, a utilisé sa position pour manipuler. Elle a signé le registre de condoléances avec un code secret. Elle a menti sur son emploi du temps. Elle a emmené son fils de 18 mois sur la scène du crime.
Le procès a révélé l'ampleur de la manipulation. « Fourbe, traître », ont dit les témoins. L'expert psychologue a parlé de « personnalité perverse ». Les lettres écrites en prison, accusant le frère et le père de Stéphanie, ont achevé de discréditer Didier Barbeau.
La question qui reste : pourquoi ? Pourquoi tuer une femme qui l'aimait, qui travaillait, qui était heureuse ? La réponse est banale et terrifiante. Pour éviter un divorce coûteux. Pour garder la ferme. Pour avoir un enfant avec une autre femme.
Anne Barbeau n'était pas un obstacle. Elle était une victime sacrifiée sur l'autel de l'égoïsme et du mensonge. Trente ans et vingt-cinq ans de prison ne rendront pas la vie à cette caissière discrète. Mais ils envoient un message : la trahison et la manipulation ne restent pas impunies.
Sources
- Ouest France — articles sur l'affaire Barbeau (janvier 2016)
- Rapport d'autopsie — CHU d'Angers
- Analyse ADN — Institut génétique Nantes Atlantique
- Relevés téléphoniques — opérateur mobile
- Registre de condoléances d'Anne Barbeau
- Livres de traite de Didier Barbeau
- Rapport de l'expert psychologue — cour d'assises de Nantes
- Réquisitions de l'avocat général — procès de janvier 2016
- Témoignages de Damien Lego, famille d'Anne Barbeau, gendarmes de la section de recherche d'Angers
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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