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Canon Français : micros cachés, propos extrémistes et un milliardaire dans l'ombre

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-13
Illustration: Canon Français : micros cachés, propos extrémistes et un milliardaire dans l'ombre
© YouTube

3999 sur 4000

Le Canon Français, c'est d'abord un succès commercial fulgurant. Créé fin 2020 par deux amis — Pierre-Alexandre et Gérald —, l'entreprise organisait ses premiers banquets à 80 personnes. En 2026, elle prévoit d'accueillir entre 60 000 et 70 000 participants sur l'année. Le chiffre d'affaires ? « Plusieurs millions d'euros », selon les fondateurs. « En 2026, on va faire 10 fois le chiffre d'affaires de 2023 », affirme l'un d'eux dans la vidéo.

Mais derrière cette réussite, une ombre. Le 18 avril, lors d'un banquet normand, des journalistes se sont infiltrés avec micros et caméras cachés. Ce qu'ils ont enregistré est glaçant. « Salut nazi, insulte raciste, appel à la violence », résume la vidéo d'enquête. Les organisateurs ne nient pas les faits. « Sur les 4000 personnes, tu en as 3999 », concède l'un des fondateurs. « C'est contraire à nos valeurs, contraire aux lois, contraire à notre charte. »

Une date. Un virement. Une question. Pourquoi les journalistes ont-ils dû se cacher ? « Si l'objectif était de démontrer qu'il y avait des troubles à l'ordre public, si on en est à mettre des micros cachés, c'est qu'à priori, il n'y a pas grand-chose à nous reprocher », rétorque un organisateur.

Le geste qui divise

Une vidéo publiée sur Facebook montre un participant levant le bras. Le geste est immédiatement interprété comme un salut nazi. L'homme concerné, témoin d'un enterrement de vie de garçon, s'en défend dans un témoignage recueilli par les enquêteurs. « Je tiens à préciser que ce geste n'avait absolument aucune connotation politique ni aucun lien avec une quelconque idéologie extrémiste. J'étais présent dans le cadre d'un enterrement de vie de garçon que j'organisais en tant que témoin du marié. Il s'agissait d'un moment festif, de danse, de musique où beaucoup de personnes levaient les mains dans une ambiance conviviale. »

Il regrette « profondément l'interprétation qui a été faite de cette scène ». Les réactions et commentaires à son égard l'ont « affecté ». Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

L'actionnaire qui dérange

Pierre-Édouard Stérin. Le nom revient comme une litanie. Ce milliardaire ultraconservateur détient 30 % des parts du Canon Français. Ses prises de position politiques sont connues. Les fondateurs assument : « Ce monsieur a des prises de position politique qu'il a le droit d'avoir. Les gens ont le droit d'attaquer ses idées. » Mais ils ajoutent : « Ce sont uniquement des relations capitalistiques. Avec eux, on a uniquement parlé de chiffres, de marges, de charge. À aucun moment, on a eu le début d'une discussion politique. »

« Bah, il a 30 % des parts. Si quelqu'un d'autre veut les racheter, il est bienvenu », lance l'un des fondateurs. Une phrase qui sonne comme un défi. Ou un aveu d'impuissance.

Cyberharcèlement et menaces

Les conséquences ne se limitent pas aux polémiques. Des influenceurs, des boulangers, des artistes partenaires du Canon Français sont pris pour cible. « J'ai eu une vague de haine de nazi, facho, etc. J'ai dû aller à la gendarmerie pour voir comment déposer plainte », témoigne une influenceuse. Elle montre des « centaines de captures d'écran ». Des graphistes, des photographes, d'autres influenceuses ont « arrêté de la suivre » et ne veulent plus la voir à des événements.

« On a des boulangers qui se font menacer. On a des artistes qui se font menacer. Quand vous les avez au téléphone, ils sont abasourdis. Ils se disent : "À aucun moment de ma vie, j'aurais imaginé qu'on me lie de près ou de loin à des salauds ou des choses comme ça" », raconte un organisateur.

Le dossier est loin d'être clos.

« Pas de politique, pas de religion »

Pourtant, les convives interrogés sur place semblent vivre dans une autre réalité. « Pas de politique, pas de religion, moi ça me va très bien ! », lance un participant. Un autre renchérit : « Chacun fait ce qu'il veut tant qu'on emmerde pas les gens. » Un troisième : « Je pense que tout le monde est venu dans le même état d'esprit : passer un bon moment tous ensemble. »

L'ambiance est festive, franchouillarde. Des produits du terroir, des chansons françaises, des tables de 80 euros par personne — entrée, plat, fromage, dessert, cinq bouteilles de vin pour huit, quatre boissons par personne. Un modèle économique « vertueux », selon les fondateurs, qui permet de payer les producteurs locaux, les serveurs, les cuisiniers, les artistes. « Sur un événement de 2000 personnes, on dépasse la centaine de personnes qui travaillent autour de l'événement », affirment-ils.

Un champ de bataille politique

Les organisateurs le reconnaissent : la polémique les dépasse. « Ça amène un climat de tension. On le voit sur Twitter, où on voit des gens s'écharper à notre sujet. » Ils condamnent aussi les campagnes de cyberharcèlement contre ceux qui les attaquent. « Ces personnes qui viennent insulter ou menacer la mère de Quimper qui a décidé d'annuler un de nos événements, c'est condamnable et inacceptable. »

Leur appel ? « On en appelle à toutes ces personnalités politiques qui, peut-être, dans leur monde rêvé, le Canon Français ne doit pas exister. Mais ça excite les groupuscules. Que ce soit les groupuscules d'extrême gauche et même ceux d'extrême droite, nous on n'a pas envie d'être le champ de bataille des uns ou le symbole des autres. »

« On regrette fortement parce que le Canon Français, c'est une belle histoire humaine avant tout. C'est beaucoup de choses positives. Des couples qui se sont formés, des artisans qui travaillent, des gens qui s'amusent. Pour beaucoup, c'est leur bulle d'air. »

Les chiffres qui parlent

Le Canon Français, c'est aussi des chiffres qui donnent le vertige. En 2025, l'entreprise a vendu plus de 14 000 « brets » — ces accessoires floqués devenus un phénomène de mode. « On est le plus gros distributeur de la boîte de bret à qui on les achète en France », se félicite un fondateur. Sur un événement de 4000 personnes, ce sont 3000 bouteilles de vin qui sont servies. En 2026, ce sera 45 000 à 50 000 bouteilles écoulées sur l'année. « Plusieurs tonnes de cochon, de viande française en tout genre. »

Les producteurs locaux en bénéficient. « L'éleveur nous a dit : "Les gars, vous avez pris tous mes canards. Vous avez vidé le stock pour la Normandie." » Un autre : « Il y avait 80 cochons. Ça commence à être un troupeau entier. »

Une croissance sous tension

Le Canon Français continue pourtant de grandir. Les fondateurs annoncent des événements de 4000 personnes, des listes d'attente de 2000 personnes pour des banquets de 1000 places. « On a des villes, des privés, des propriétaires de lieu qui nous appellent pour venir travailler. » Même les AOP — appellations d'origine protégée — les sollicitent. « Les villes du sud nous disent : "Venez pour les ailes des saisons, parce que vous faites bouger les gens." »

Le rêve ? « Faire des banquets du Canon Français au Québec, avec de la musique québécoise. Parce qu'on est fan avec Gérald de musique québécoise. On adore ça. »

Mais la réalité les rattrape. Les polémiques, les infiltrations, les menaces. Les questions sans réponse. Qui était ce participant au bras levé ? Que valent les démentis ? Les organisateurs ont-ils vraiment les moyens de contrôler 4000 convives ? Et surtout : jusqu'où ira la croissance du Canon Français ?

Le dossier est loin d'être clos.

Sources :

  • Vidéo YouTube d'enquête (infiltration journalistique au banquet normand du 18 avril)
  • Témoignages de participants et de l'influenceuse victime de cyberharcèlement
  • Captures d'écran de cyberharcèlement
  • Déclarations des fondateurs du Canon Français

📰Source :youtube.com

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