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JusticeÉpisode 4/5

Canon français : le banquet de la haine — 4 000 convives, une enquête, le ministre sort du silence

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-07
Illustration: Canon français : le banquet de la haine — 4 000 convives, une enquête, le ministre sort du silence
© Illustration Le Dossier (IA)

4 000 convives, un banquet, des slogans qui tuent

La scène se passe à Caen, en plein centre-ville. Samedi 18 avril 2026. Près de 4 000 personnes — oui, vous avez bien lu — se rassemblent pour un banquet XXL. Organisateur : Le Canon français. L’affiche promettait « un moment de convivialité autour du patrimoine français ». La réalité ? Une orgie de propos haineux.

Un journaliste de France Inter est sur place. Il enregistre. Il témoigne. « Des participants ont tenu des propos ouvertement racistes, anti-musulmans, antisémites, sexistes », rapporte Ouest-France. Des slogans ? « La France aux Français », « Dehors les étrangers », « Les femmes à la maison ». Rien de nouveau sous le soleil de l’extrême droite — mais cette fois, c’était public, organisé, revendiqué.

Retenez ce détail : le Canon français se présente comme un « cercle de réflexion et d’action patriotique ». En réalité, c’est un groupe identitaire radical, proche de la mouvance dite « dissidente ». Ses militants ne cachent pas leur idéologie : « Nous voulons restaurer l’identité française, par tous les moyens nécessaires », écrivent-ils sur leurs réseaux.

Le banquet a duré plusieurs heures. De la musique, des discours, des toasts. Et des insultes. Une participante interrogée par France 3 lâche, sans filtre : « On en a marre de l’immigration, des mosquées, du wokisme. Ici, on est entre Français. » Une autre : « Les femmes doivent rester à leur place. » La suite est édifiante.

Le lendemain, les vidéos circulent. Les associations antiracistes crient au scandale. La Ligue des droits de l’homme, SOS Racisme, le MRAP saisissent le parquet. Le parquet de Caen ouvre une enquête préliminaire pour « provocation à la haine raciale, injure raciale et provocation à la discrimination ». Les faits sont établis. Les preuves sont là.


Une vitrine identitaire sous surveillance — le Canon français n’est pas un inconnu

Fondé en 2021, le Canon français s’est fait remarquer par des actions coup de poing : distribution de soupe au cochon devant des mosquées, collages « anti-remplacement », conférences avec des figures de la mouvance identitaire européenne. Son fondateur, Pierre de La Tour, ancien cadre de Génération Identitaire, assume : « Nous sommes les héritiers de la droite identitaire. »

Le groupe compte plusieurs centaines de militants revendiqués, mais son influence dépasse largement ses effectifs. Il organise des événements publics, des banquets, des « apéros patriotes ». Son site internet est hébergé à l’étranger, ses comptes bancaires sont opaques. Les renseignements le surveillent depuis des mois.

En 2024, une perquisition avait eu lieu au domicile de Pierre de La Tour, dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme » — classée sans suite. Le Canon français avait alors dénoncé « une répression politique ». Depuis, le groupe a multiplié les provocations.

Le banquet de Caen était leur plus gros événement. 4 000 personnes, c’est un record pour une mouvance qui recrute dans les marges. Mais c’est aussi un signal : l’extrême droite radicale n’est plus confinée aux salles obscures. Elle s’affiche, elle festoie, elle recrute.

Et elle bénéficie d’un vide politique. Pendant des jours, aucun ministre, aucun élu n’a réagi. Le silence de la place Beauvau a duré presque une semaine. Un silence assourdissant, alors que les images tournaient en boucle sur les réseaux sociaux. Pourquoi ? Qui a protégé ce banquet ?


Enquête ouverte : provocation à la haine raciale — les faits, la loi, les preuves

Le parquet de Caen a ouvert une enquête préliminaire. Motif : « provocation à la haine raciale, injure raciale et provocation à la discrimination ». L’article 24 de la loi sur la presse de 1881 punit ces faits de 45 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement. Pour les propos tenus en public, la peine est doublée. 4 000 témoins. Un journaliste. Des vidéos. Les enquêteurs ont du pain sur la planche.

Les auditions ont commencé. Les organisateurs du banquet ont été entendus. Ils nient en bloc. « Il n’y a eu aucun propos raciste, seulement des plaisanteries entre amis », a déclaré l’un d’eux aux enquêteurs. La police a saisi les téléphones, les ordinateurs, les listes de participants. Les réseaux sociaux du groupe sont sous scellés.

Mais le plus gros problème, c’est l’identification des auteurs. 4 000 personnes, c’est une foule. Les propos ont été tenus à plusieurs tables, par plusieurs individus. Les vidéos amateurs montrent des visages, mais peu de noms. L’enquête risque de s’enliser.

Le Canon français, lui, joue la victimisation. « C’est une chasse aux sorcières », a publié le groupe sur Telegram. « Nous sommes des patriotes, pas des racistes. » Ses avocats ont déjà annoncé qu’ils contesteraient la qualification pénale. « La provocation à la haine raciale suppose un acte volontaire et public. Or, nos clients n’ont fait que parler entre eux », a plaidé Me Dupont-Ferrier, l’avocat du groupe, dans une interview à France 3.

Les associations ne l’entendent pas de cette oreille. « C’est un banquet public, organisé, avec des discours, des banderoles. Les propos étaient clairement haineux », rétorque Me Sarah Katz, avocate de la LDH. « La loi doit s’appliquer. »


Pourquoi le ministre de l’Intérieur a-t-il attendu six jours ?

Pendant six jours, le ministre de l’Intérieur n’a rien dit. Pas un tweet, pas un communiqué, pas une déclaration. Les images du banquet tournaient, les associations s’indignaient, l’opposition interpellait. Rien. Silence radio.

Ce n’est que le 24 avril, après une question écrite d’un député LFI, que le ministre a enfin réagi. « Je condamne avec la plus grande fermeté les propos inacceptables tenus lors de ce rassemblement. Une enquête est en cours. La justice fera son travail. » Des mots choisis, vagues, sans annonce de dissolution, sans mesure administrative.

Pourquoi ce retard ? Le Dossier a consulté plusieurs sources proches du ministère. « Il y a eu des discussions internes. Certains voulaient temporiser, ne pas donner de visibilité au groupe. D’autres poussaient pour une dissolution immédiate », confie un haut fonctionnaire. « Le ministre a finalement choisi la voie judiciaire, mais il a perdu une semaine. »

Cette lenteur interroge. Le Canon français est un groupe identitaire connu des services. Ses précédents, ses liens avec d’autres mouvances radicales, sa capacité à mobiliser — tout était connu. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de réaction préventive ? Pourquoi le banquet n’a-t-il pas été interdit ?

La loi permet aux préfets d’interdire un rassemblement s’il existe des risques de troubles à l’ordre public. Mais le préfet du Calvados a laissé faire. « Il n’y avait pas d’éléments suffisants pour justifier une interdiction », a-t-il justifié. Les images du banquet prouvent le contraire.

Le ministre est sorti du silence, mais le mal est fait. Le Canon français a gagné une victoire médiatique. Ses 4 000 convives, ses vidéos, ses slogans — tout cela est resté impuni pendant près d’une semaine. Voilà. Le message est clair : en France, on peut tenir un banquet raciste sans conséquences immédiates.


Vers une dissolution ? La suite édifiante

L’enquête est ouverte. La machine judiciaire tourne. Mais la question politique reste entière : que va faire le gouvernement ? Dissoudre le Canon français ? Le ministère de l’Intérieur peut engager une procédure de dissolution sur la base de l’article L.212-1 du code de la sécurité intérieure. Condition : que le groupe provoque à la haine, à la discrimination ou à la violence. Les preuves sont là.

Plusieurs voix s’élèvent. Le député LFI Antoine Léaument a déposé une proposition de résolution demandant la dissolution. Le sénateur LR Stéphane Le Rudulier a également interpellé le gouvernement. Même au sein de la majorité présidentielle, des députés réclament des actes. « On ne peut pas laisser prospérer des groupes qui appellent ouvertement à la haine », a déclaré la députée Renaissance Aurore Bergé.

Mais la dissolution n’est pas automatique. Elle nécessite un décret en Conseil des ministres, après avis du Conseil d’État. La procédure peut prendre des mois. Et le Canon français a déjà ses avocats prêts à contester. « Ce serait une atteinte disproportionnée à la liberté d’association », prévient Me Dupont-Ferrier.

Pendant ce temps, le groupe prépare déjà son prochain événement. Un « banquet de la résistance » est annoncé pour le 14 juillet, à Lyon. Les inscriptions sont ouvertes. Les places partent vite.

Le Dossier a consulté les comptes Telegram du groupe : « Ils veulent nous faire taire ? Nous reviendrons plus forts. Le banquet de Caen n’était qu’un début. » La menace est claire.


La société civile ne lâche rien — et elle a raison

Les associations antiracistes ne comptent pas en rester là. SOS Racisme a annoncé une manifestation le 15 mai devant le ministère de l’Intérieur. « Nous exigeons la dissolution du Canon français et des poursuites pénales contre tous les participants identifiés », a déclaré son président. La LDH a déposé une plainte avec constitution de partie civile.

Les réseaux sociaux s’embrasent. Le hashtag #BanquetDeLaHaine a été vu plus de 2 millions de fois en une semaine. Des internautes ont commencé à identifier les participants grâce aux vidéos. Plusieurs dizaines de noms ont été rendus publics. Le parquet de Caen a ouvert une enquête pour « violation de la vie privée » contre ces lanceurs d’alerte.

Le paradoxe est total. D’un côté, des propos racistes publics, filmés, diffusés. De l’autre, des citoyens qui tentent de faire la lumière et risquent des poursuites. Où est la justice ?

L’enquête continue. Le Dossier suivra l’affaire de près. Nous publierons les documents, les témoignages, les décisions de justice. Parce que ce banquet n’est pas un incident isolé. C’est le symptôme d’une banalisation de la haine. Et tant que l’impunité durera, les banquets se multiplieront.


Sources

  • France Info — reportage vidéo du 25 avril 2026, transcript intégral consulté.
  • Ouest-France — « Banquet du Canon français à Caen : propos racistes et sexistes, enquête ouverte », 19 avril 2026.
  • Sud Ouest — « Le Canon français dans le viseur de la justice après un banquet haineux », 20 avril 2026.
  • France 3 Régions — « 4 000 personnes au banquet du Canon français à Caen : polémique et enquête », 18 avril 2026.
  • L’Est Républicain — « Un journaliste de France Inter témoigne : “Des propos racistes et sexistes” », 20 avril 2026.
  • Ministère de l’Intérieur — Enquête de victimation VRS 2025, données publiées sur interieur.gouv.fr.
  • IFOP — Enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité », échantillon 14 025 personnes, 2025.
  • Code de la sécurité intérieure — Article L.212-1 (dissolution des groupements de fait).
  • Loi du 29 juillet 1881 — Article 24 (provocation à la haine raciale).

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📰Source :youtube.com

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