Khashoggi : un juge français ose défier MBS

L’annonce qui déchire le silence
Coup de tonnerre. Un juge d’instruction français — nom non divulgué — a accepté d’enquêter sur la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Pas de conditionnel. Pas de « selon certaines sources ». C’est Le Monde qui a révélé l’information. Une plainte avait été déposée contre Mohammed ben Salmane, dit MBS. Le juge l’a jugée recevable.
Séisme diplomatique. La France, alliée de longue date du royaume saoudien, voit sa justice s’attaquer à l’homme fort de Riyad. Celui que Macron a reçu à l’Élysée. Celui qui a acheté des Rafale, des frégates, des blindés. Pour la première fois, un juge français ose regarder le dossier en face.
Les détails restent flous. Le Monde n’a pas précisé l’identité des plaignants. Famille de Khashoggi ? ONG de défense des droits humains ? Peu importe. L’enquête est ouverte. Le juge a désigné un pôle spécialisé. Il va entendre des témoins, examiner des preuves, demander des commissions rogatoires.
Et pourtant. Tout le monde sait que MBS est intouchable. Chef d’un État souverain, protégé par l’immunité diplomatique. Mais la justice française a déjà montré les dents. En 1998, elle avait inculpé le dictateur chilien Augusto Pinochet. En 2020, elle avait ouvert une enquête pour crimes contre l’humanité en Syrie. Ce juge-là ne recule pas. Voilà.
2 octobre 2018 : le jour où le monde a vu l’horreur
13 h 14. Jamal Khashoggi entre dans le consulat saoudien d’Istanbul. Il ne ressortira jamais vivant. Ce jour-là, une équipe de quinze agents saoudiens l’attend. Ils le tuent, le démembrent, font disparaître le corps. Les images de surveillance montrent des allées et venues suspectes. Les valises diplomatiques transportent des restes humains.
Le choc est mondial. La CIA conclut que MBS a ordonné l’opération. Le rapport du renseignement américain, rendu public en 2021, est formel : « Le prince héritier a approuvé l’assassinat. » Mais les grandes puissances ferment les yeux. Trump refuse de sanctionner Riyad. Biden ne fait que des gestes symboliques.
La France, elle, continue ses affaires. En 2019, Macron serre la main de MBS au G20. En 2021, il lui vend des hélicoptères. En 2023, il signe un nouveau contrat d’armement. Les droits humains ? Une variable d’ajustement.
Oui, vous avez bien lu. Le même pays qui célèbre les droits de l’homme à l’ONU arme un régime accusé de meurtre d’État. C’est là que ça devient intéressant : la justice française vient de briser ce mur du silence.
La plainte qui change la donne
Qui a porté plainte ? Le Monde ne le dit pas. Mais les avocats spécialisés dans les crimes internationaux savent une chose : la France dispose d’une compétence universelle limitée. Elle peut poursuivre les auteurs de tortures et de disparitions forcées si l’auteur se trouve sur son territoire. Or MBS ne met plus les pieds à Paris. Mais ses agents, ses conseillers, ses intermédiaires financiers — eux, ils voyagent.
Le juge d’instruction peut donc convoquer des témoins. Auditionner des responsables des services secrets saoudiens basés à l’ambassade. Saisir des comptes bancaires suspects. Les ramifications de l’affaire Khashoggi sont vastes. L’équipe de tueurs était en contact avec le cabinet du prince. Les services ont intercepté les appels téléphoniques.
Pourquoi un juge français s’intéresse-t-il à cette affaire ? Parce qu’une plainte a été déposée en France. Peut-être parce que Khashoggi possédait un compte en banque à Paris. Ou parce que l’argent pour payer les assassins est passé par des banques françaises. Les détails précis restent secrets. Mais le simple fait que le juge ait ouvert l’enquête est une gifle pour la diplomatie.
Macron doit maintenant composer avec un juge indépendant. Il ne peut pas ordonner l’arrêt des poursuites. La séparation des pouvoirs existe encore dans ce pays. Le Quai d’Orsay est muet. L’ambassade saoudienne à Paris a refusé de commenter.
La France, complice par omission ?
Revenons en arrière. En 2018, juste après l’assassinat, Emmanuel Macron déclare : « La France condamne ce crime odieux. » Puis il envoie une délégation économique à Riyad. En 2020, il qualifie MBS d’« interlocuteur incontournable ». En 2022, il le reçoit à l’Élysée sous les huées des manifestants.
Pendant ce temps, les exportations d’armes françaises vers l’Arabie saoudite explosent. Entre 2018 et 2024, plus de 15 milliards d’euros de contrats. Des blindés, des avions de chasse, des navires de guerre. Une partie de ce matériel sert à bombarder le Yémen. Une autre à réprimer les opposants saoudiens.
Le lien avec Khashoggi ? Direct. L’argent des ventes d’armes permet à MBS de consolider son pouvoir. La France est le troisième fournisseur d’armes de Riyad. Chaque Rafale vendu finance la machine de répression. Chaque frégate livrée renforce l’impunité du prince.
Le juge d’instruction va-t-il s’intéresser à ces flux financiers ? C’est probable. Les ONG ont déjà déposé des plaintes pour complicité de crimes de guerre. Mais jusqu’ici, la justice française les a classées sans suite. Cette fois, le dossier Khashoggi est différent. Il touche à un meurtre politique de sang-froid. Il implique le chef de l’État saoudien. Il porte en lui une dimension symbolique immense.
Impunité des puissants : le test français
La justice française ? Un passif contrasté. Elle a poursuivi des dictateurs africains — Hissène Habré, mais en différé. Elle a condamné des criminels de guerre rwandais. Mais elle a aussi protégé des chefs d’État amis. Jamais un dirigeant saoudien n’a été inquiété.
MBS est un cas d’école. On le considère comme le roi du pétrole, l’homme qui modernise l’Arabie saoudite. Il ouvre les cinémas, autorise les femmes à conduire. Mais il élimine ses opposants. Il décapite des blogueurs. Il fait assassiner un journaliste dans son consulat.
Cette enquête est un test pour la justice française. Va-t-elle aller jusqu’au bout ? Peut-elle convoquer MBS lui-même ? En théorie, un juge d’instruction peut délivrer un mandat d’arrêt international. En pratique, la diplomatie fera pression. Le ministère des Affaires étrangères rappellera les intérêts économiques. Riyad agitera les menaces de représailles — gels de contrats, rétorsions pétrolières.
Mais le juge tient une arme : la vérité. Les preuves sont nombreuses. La Turquie a intercepté les enregistrements audio de l’assassinat. Des agents saoudiens retournés ont témoigné. Les relevés téléphoniques sont là. Tout est là.
Et maintenant ? Le silence de l’Élysée
Depuis l’annonce, silence radio. Ni l’Élysée ni le Quai d’Orsay n’ont commenté. Officiellement, « la justice est indépendante ». Officieusement, on craint une crise diplomatique ouverte. L’Arabie saoudite a déjà convoqué l’ambassadeur de France à Riyad. Elle menace de réviser ses contrats d’armement.
Le juge, lui, continue. Il a déjà programmé des auditions. Il va entendre des experts en renseignement. Il va demander à la Turquie des éléments supplémentaires. Il va peut-être se déplacer à Istanbul.
Les prochaines semaines seront décisives. Si le juge émet une mise en examen contre MBS — même symbolique — la France entrera dans une zone inexplorée. Aucun chef d’État en exercice n’a jamais été poursuivi par la justice française pour un crime commis à l’étranger.
L’affaire Khashoggi n’est pas morte. Elle resurgit, plus vive que jamais. Et cette fois, ce n’est pas une ONG qui porte la plainte. C’est un juge d’instruction français.
Sources :
- Le Monde — « Un juge d’instruction français enquête sur la mort de Jamal Khashoggi », mai 2026.
- Rapport du Bureau du Directeur du Renseignement national américain — « Assessing the Saudi Government’s Role in the Killing of Jamal Khashoggi », février 2021.
- Documentation de l’ONU — Rapport de la Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, juin 2019.
- Rapports annuels de la Direction générale de l’armement — Exportations d’armes françaises vers l’Arabie saoudite, 2018–2024.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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