Assemblée nationale : le malaise des assistants parlementaires, un témoignage

« Tout le monde pète un peu des câbles là-dedans pour des raisons sociales. » Cette phrase, Nicolas Framont l’a prononcée devant les caméras du Média. Ancien collaborateur parlementaire du groupe La France insoumise, sociologue de formation, fondateur de Frustration Magazine, il livre un témoignage. Il raconte l’envers du décor de l’Assemblée nationale. Absence de convention collective, hiérarchies implicites. Le tableau interroge : comment la « maison du peuple » traite-t-elle ceux qui la font tourner ?
Nicolas Framont n’est pas député. Il a été collaborateur parlementaire pour La France insoumise. Un poste souvent idéalisé. La réalité, raconte-t-il, est tout autre. « Des députés qui d’un coup sont beaucoup plus payés, ils ont toute l’administration de l’Assemblée… C’est des gens qui font être hyper différents avec le Parlement français. Ils siègent dans des anciens palais de la monarchie. Rien que ça. » Le décalage est violent. D’un côté, des élus logés dans des salons dorés, bénéficiant d’une administration pléthorique. De l’autre, des assistants précaires, sans cadre juridique protecteur, soumis à des rythmes infernaux. Framont parle de « conflit de valeur ». « C’est quand tu as l’impression de faire des choses que tu réprouves ou d’être traité de façon pas conforme aux valeurs de ton collectif. » Un sentiment partagé, selon lui, par beaucoup dans le secteur associatif et politique.
Le témoignage, recueilli dans le cadre d’une interview plus large sur la création de Frustration Magazine, se concentre sur son expérience personnelle. Il décrit des conditions de travail « extrêmes ». Des journées sans fin, une pression constante, et surtout l’absence de toute convention collective pour les assistants parlementaires. « Il n’y a pas de convention collective, ils sont peu organisés syndicalement », précise-t-il. Résultat : des burnouts collectifs, une rotation élevée du personnel, un sentiment d’impuissance. Framont évoque des « députés qui pètent un câble » pour des raisons sociales. Mais ce sont les assistants qui trinquent.
Le récit est d’autant plus frappant qu’il émane d’un collaborateur d’un parti de gauche, censé incarner la défense des travailleurs. « Tu as l’impression de faire des choses que tu réprouves », répète-t-il. Le conflit de valeurs est central. Comment lutter pour la justice sociale quand on est soi-même traité comme un variable d’ajustement ? Framont ne nomme aucun député en particulier. Mais le tableau qu’il dresse est systémique. « Les institutions politiques sont conçues pour la bourgeoisie et transforment les individus qui y entrent », assène-t-il.
Nicolas Framont, 38 ans, est sociologue de formation. Il s’est politisé lors du mouvement contre le contrat première embauche (CPE) en 2006, alors qu’il était en terminale. Après des études en sociologie et philosophie, il a travaillé comme collaborateur parlementaire pour La France insoumise. Il a ensuite fondé Frustration Magazine, un webzine gratuit sans publicité, qui se veut « une contribution à une culture de la contestation ». Son parcours est celui d’un intellectuel de gauche, critique du capitalisme, mais aussi des institutions qui le reproduisent.
L’Assemblée nationale emploie des assistants parlementaires. Ils sont recrutés directement par les députés, sans passer par un concours ni un statut unique. Leur rémunération varie, leurs conditions de travail aussi. Plusieurs rapports parlementaires ont déjà pointé l’absence de convention collective. Mais aucune réforme d’ampleur n’a vu le jour. Framont insiste sur un point : le problème n’est pas propre à La France insoumise. « C’est un truc qui est extrêmement répandu », dit-il. « Tu te dis : on est censés être du côté des travailleurs, et on nous traite comme ça. » Le conflit de valeurs devient alors une source de souffrance psychique.
À ce stade, aucune action judiciaire n’a été engagée par Nicolas Framont ni par d’anciens collaborateurs. Le témoignage reste celui d’un ancien employé, sans dépôt de plainte ni procès. Les conditions de travail décrites ne relèvent pas nécessairement d’une infraction pénale. L’absence de convention collective n’est pas illégale en soi, même si elle est contraire à l’esprit du droit du travail. Framont lui-même ne parle pas de poursuites. Il évoque un « malaise » généralisé.
Ce témoignage, aussi modeste soit-il, révèle une tension profonde dans la société française. D’un côté, l’idéal républicain : l’Assemblée nationale, temple de la démocratie, lieu où se forge la loi. De l’autre, la réalité d’une institution qui reproduit les hiérarchies sociales qu’elle est censée combattre. Les assistants parlementaires sont des travailleurs précaires, souvent jeunes, diplômés, mais sans protection. Ils incarnent cette France des « petits » qui font tourner le système sans en récolter les fruits. Le conflit de valeurs décrit par Framont n’est pas anecdotique. Il touche au cœur du rapport des Français à la politique. Quand ceux qui portent les idéaux de justice sociale sont eux-mêmes maltraités, comment croire au changement ? La défiance envers les institutions s’en trouve renforcée. Et ce n’est pas une question de gauche ou de droite. Le malaise est transversal.
Enfin, ce récit pose la question des inégalités territoriales. Framont vit aujourd’hui dans une petite ville, loin de Paris. Il raconte avoir « loupé » beaucoup de concerts et d’événements parce qu’il est loin des centres. L’Assemblée nationale, elle, concentre tous les pouvoirs et tous les privilèges. Les assistants qui y travaillent sont souvent contraints de vivre dans la capitale, avec des loyers exorbitants, pour des salaires parfois modestes. Une inégalité géographique qui s’ajoute aux autres. Et pourtant, rien ne bouge.
Et maintenant ? Le témoignage de Nicolas Framont n’est qu’une pièce d’un puzzle plus vaste. Les syndicats continuent de réclamer une convention collective. Plusieurs députés, de tous bords, ont promis des réformes. Mais rien ne bouge. Pendant ce temps, les assistants continuent de « péter des câbles » dans les couloirs du palais Bourbon. La question est simple : jusqu’à quand la République tolérera-t-elle que ses propres employés soient traités comme des variables d’ajustement ? La réponse, pour l’instant, est dans le silence des institutions.
Sources :
- Le Média (YouTube) – Entretien avec Nicolas Framont, « MÉDIAS, MILLIARDAIRES, GAUCHE : LA GUERRE CULTURELLE QUI VIENT », 2023.
- Données vérifiées : Nicolas Framont, sociologue et fondateur de Frustration Magazine (source Wikipedia, France Bleu, Marianne).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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