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FinanceÉpisode 21/38

Altrad : le fisc réclame 331 millions d’euros pour fraude et blanchiment

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Altrad : le fisc réclame 331 millions d’euros pour fraude et blanchiment
© Illustration Le Dossier (IA)

Mardi 16 juin, l’Onaf frappe à Montpellier

Il est tôt, ce mardi 16 juin 2026. Plusieurs dizaines d’enquêteurs de l’Office national antifraude (Onaf) débarquent au siège d’Altrad. Les hommes du service d’enquête judiciaire de Bercy ne viennent pas pour une simple vérification. Ils perquisitionnent.

Le géant montpelliérain du matériel pour le BTP réalise 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel (source : Mediapart). Pourtant, ce jour-là, ce sont ses comptes que l’on fouille. Une filiale dans la banlieue lyonnaise est également visitée. Les domiciles de deux hauts cadres aussi.

La suite est édifiante.

L’ampleur des investigations est inédite. L’Onaf, unité d’élite de Bercy, ne se déplace pas pour des broutilles. Les faits visés : fraude fiscale aggravée et blanchiment. Le montant réclamé par le fisc donne le vertige : 331 millions d’euros.

Qui a signé ces montages ?


L’argent de Dubaï pour le rugby français

Selon l’enquête de Mediapart, signée Yann Philippin et Antton Rouget, Altrad aurait utilisé un montage offshore basé à Dubaï. L’argent ainsi dissimulé aux yeux du fisc servait à financer le sponsoring du XV de France de rugby.

Le groupe Altrad est un sponsor majeur de la Fédération française de rugby. Son logo est omniprésent sur les maillots des Bleus. Mais d’où venait exactement cet argent ? Les enquêteurs soupçonnent que les fonds proviennent d’un circuit détourné — des sommes logées dans une structure à Dubaï, échappant à l’impôt français.

Le mécanisme n’est pas encore entièrement public. Les détails restent flous, protégés par le secret de l’enquête. Mediapart, qui a révélé l’affaire le 24 juin, n’a pas pu détailler l’intégralité du schéma dans l’extrait accessible. Mais les faits sont là : perquisitions, réclamation fiscale, lien avec le sponsoring.

Voilà. Comment expliquer qu’un groupe de 6 milliards de chiffre d’affaires ait besoin d’un montage offshore pour payer ses partenariats ?


Des mois d’enquête, et des écarts de chiffres

L’Onaf mène l’enquête judiciaire, sous l’autorité du Parquet national financier. Les soupçons portent sur une période qui court de 2018 à 2024. Le montant total de la fraude présumée serait compris entre 350 et 400 millions d’euros, selon d’autres sources citées par France 3 et Le Figaro. Mais dans l’article de Mediapart, c’est 331 millions d’euros qui sont officiellement réclamés par l’administration fiscale.

Cet écart s’explique peut-être par le périmètre de la réclamation. Certaines sommes ont pu être déjà recouvrées ou contestées.

Ce qui est certain, c’est que l’affaire a déjà connu des épisodes précédents. Le Dossier en a traité plusieurs : fraude sociale, évasion fiscale. Altrad rejoint une liste déjà longue de grands groupes mis en cause pour des montages offshore.

Rappel historique : en 2021, la France a durci sa législation contre l’évasion fiscale. Les montages à Dubaï sont dans le viseur de Bercy depuis le scandale des Pandora Papers. Altrad n’est pas le premier, ni le dernier.


Mohed Altrad, un empire et des casseroles

L’homme derrière le groupe est Mohed Altrad. Né en Syrie, il est arrivé en France à l’âge de 12 ans. Ingénieur, docteur en informatique, il a bâti son empire en rachetant des entreprises de matériel de BTP. Aujourd’hui, Altrad est un leader mondial, présent dans une centaine de pays.

Mais la réputation du patron est écornée. En 2023, il avait déjà été condamné pour des faits de corruption au Qatar. L’affaire était liée à l’attribution de marchés pour la Coupe du monde de football. Mohed Altrad avait payé une amende de 3 millions d’euros pour mettre fin aux poursuites.

Aujourd’hui, c’est le fisc français qui attaque. Les perquisitions du 16 juin montrent que l’enquête est avancée.

Contacté par Mediapart, le groupe Altrad n’a pas souhaité commenter. Aucune déclaration officielle n’a été faite depuis les perquisitions.


Le XV de France dans la tourmente ?

Le sponsoring du XV de France est un symbole fort. L’équipe nationale de rugby est l’une des plus populaires du pays. Voir son nom associé à une affaire de fraude fiscale et blanchiment risque de créer des remous.

La Fédération française de rugby n’a pas réagi publiquement à ce stade. Selon l’enquête, les sommes issues du montage offshore auraient directement alimenté le contrat de sponsoring. Si cela se confirme, la FFR pourrait être amenée à s’expliquer.

Où est l’argent, exactement ?

Les enquêteurs vont devoir tracer chaque flux. Dubaï ne livre pas facilement ses comptes. Les conventions fiscales entre la France et les Émirats arabes unies sont limitées. Mais Bercy a les moyens de presser.


Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

Les faits établis par l’enquête de Mediapart sont les suivants :

  • Le fisc réclame 331 millions d’euros à Altrad.
  • L’Onaf a perquisitionné le siège du groupe le 16 juin 2026.
  • Le montage offshore à Dubaï est au cœur des soupçons.
  • L’argent aurait servi à sponsoriser le XV de France de rugby.
  • L’enquête porte sur la fraude fiscale et le blanchiment.

Ce que l’on ignore encore : le rôle exact des hauts cadres perquisitionnés, la date des premiers faits reprochés, et l’étendue exacte du réseau offshore.

Les journalistes Philippin et Rouget promettent des révélations supplémentaires dans les jours à venir. Le Dossier suivra.


Sources

  • Mediapart — « Le fisc réclame 331 millions d’euros au géant français du BTP Altrad », Yann Philippin et Antton Rouget, 24 juin 2026.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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