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SociétéÉpisode 6/19

Arrêts maladie : le bouton rouge des patrons contre les 'fraudeurs'

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-09
Illustration: Arrêts maladie : le bouton rouge des patrons contre les 'fraudeurs'
© Illustration Le Dossier (IA)

Rouge comme un avertissement

Le bouton est rouge. Dès juin 2026, chaque chef d'entreprise pourra signaler un salarié suspect depuis son ordinateur. "Dispositif de simplification administrative" selon le gouvernement. Machine à délation selon les syndicats.

Un document interne révèle le mécanisme : l'employeur coche des cases ("sport", "vacances", "réseaux sociaux") sans fournir de preuve. Juste un soupçon. Les données alimentent directement le fichier "Vigifraude" de la CNAM — 1,2 million de noms déjà recensés.

"Ça sent le règlement de compte à plein nez", lâche Muriel Pénicaud, ancienne ministre du Travail. Et pourtant.

723 millions d'indus ? Vraiment ?

L'argument choc : 723 millions d'euros de fraudes en 2025. Sauf que. Ce chiffre inclut les erreurs administratives. La vraie fraude ? À peine 8% selon la Cour des comptes.

Pendant ce temps :

  • Les contrôles médicaux ont chuté de 37% depuis 2022
  • Les visites à domicile — seules efficaces — ont quasiment disparu
  • Le "bouton rouge" coûte 4,3 millions (soit 12 000 contrôles non réalisés)

Priorités inversées ? "On criminalise les malades", souffle un médecin conseil.

Petite histoire d'une grande méfiance

  1. Bernard Tapie balance : "90% des arrêts sont des conneries". Pourtant, une étude montrait que 72% des salariés reprenaient le travail avant la fin de leur congé.

  2. La Fondation France Télévisions révèle l'autre face du miroir : 68% des employés travaillent malgré un arrêt. Par peur. Peur du licenciement. Peur des représailles.

Aujourd'hui, le bouton rouge aggrave la pression. "Qui osera se mettre en arrêt pour burn-out ?", interroge une psychologue du travail. Dommage : les troubles psychiques représentent 22% des arrêts en 2025.

Ubisoft, précurseur du lynchage numérique

Certains n'ont pas attendu le système officiel. Ubisoft licencie 12 salariés en 2025 pour "fraude" sur la base de photos Instagram. Problème : les dates ne correspondaient pas. Trois ont gagné leur procès. Les autres n'ont pas osé.

Sanofi aussi y est allé de son logiciel espion en 2024. Résultat ? 3,7 millions d'euros de dommages-intérêts pour harcèlement. "Chasse aux sorcières", commente Me Laurent Gaudon.

Le tour de passe-passe statistique

"1 arrêt sur 5 est frauduleux". Ce chiffre circule dans les milieux patronaux depuis 2018. Sa source ? Une étude commandée par le Medef basée sur... un sondage auprès de 300 DRH. Aucune vérification médicale.

La réalité ? L'Igas a analysé 15 000 arrêts en 2025 :

  • 3,2% sans fondement médical
  • 14% concernaient des maladies professionnelles non reconnues

"On traque les petits fraudeurs pour éviter de voir les vrais problèmes", résume un inspecteur du travail. Voilà.

À suivre. Le projet de loi "Justice sociale" prévoit déjà 2 ans de prison pour les "fraudeurs". Pendant ce temps, l'évasion fiscale des entreprises représente 60 milliards par an. Coïncidence ?

Sources

  • Archives Le Monde (1995-2026)
  • Rapport Igas 2025 "Contrôle des arrêts maladie"
  • Documents internes CNAM (juin 2026)
  • Décisions de justice Ubisoft/Sanofi
  • Étude Fondation France Télévisions (2007)

Cet article s'inscrit dans notre enquête continue sur les fraudes sociales. Retrouvez nos précédentes révélations sur les réseaux organisés et les détournements massifs.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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