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Faits diversÉpisode 15/13

Affaire Dalmasso : la mère enquêtrice, la fille mise en cause, l'amant condamné

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-28
Illustration: Affaire Dalmasso : la mère enquêtrice, la fille mise en cause, l'amant condamné
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Accroche

Nice, 12 septembre 2003. Laurent Dalmasso se rend au garage BMW de la zone commerciale des Conques. Il cherche des pièces. Il trouve la mort. La sienne ? Non. Celle de son frère, Christophe. Une BMW incendiée, le coffre entrouvert, des papiers de comptabilité calcinés, un blouson. Laurent s'effondre sur le trottoir. Il appelle Christophe. Il le supplie de répondre. Christophe ne répondra jamais.

René Dalmasso, la mère, ne dort plus. Elle prie. Elle attend. Elle sait que son fils n'est pas parti volontairement. Un fils qui embrasse son père avant de partir, ce n'est pas un fils qui fuit. Le 4 septembre, Christophe devait accompagner son père chez le cancérologue. Il n'est pas venu. « Il est parti à l'étranger », dit son associé. Ses proches le croient en voyage en Russie. L'alerte est donnée. Mais rien ne bouge au commissariat local. Trop tard, regrettera le commandant Brunach, patron de la brigade criminelle de Nice : « Les premières heures sont souvent déterminantes. »

Les faits

D'après le récit de la famille Dalmasso recueilli par l'émission Faites entrer l'accusé, Christophe Dalmasso, 34 ans, était un homme d'affaires niçois. Un « brasseur d'affaires très dur en affaire », selon le commandant Brunach. Garage automobile, immobilier, prêts sur gage. Il se vantait de peser 15 millions d'euros. Il ne payait pas d'impôts. Il vivait simplement, roulait dans des voitures simples. Un radin, diront ses amis. Un catholique pratiquant. Un fantôme fiscal.

Les enquêteurs reconstituent son dernier jour. Le 2 septembre 2003, dernier retrait à 10h. Dernier appel à 12h19, borne couvrant le Château Beaulieu, un immeuble dont il est propriétaire. À partir de 13h30, plus que la messagerie. Seize mois plus tard, des ossements humains sont découverts en mer : un pied droit saponifié, un tibia, un fémur, un crâne, un bassin. L'ADN confirme qu'il s'agit de Christophe Dalmasso. Une aiguille de pin d'Alpe est retrouvée dans les chairs du pied. L'ADN végétal correspond à un pin de la propriété du grand-père maternel de sa fille adoptive, Lucy Dalmasso.

Le 8 août 2004, un pêcheur remonte un pied humain dans ses filets, au large du Mouret Rouge. Cinq jours plus tard, un second pied est découvert près de la plage du Soleil. La mer rend les morts, lentement. Les légistes analysent. Saponification. Une aiguille de pin fichée dans l'échir du pied. L'ADN dira le reste. Seize mois après la disparition, l'identification est formelle. Christophe Dalmasso est mort. Son corps a été démembré. Les ossements portent la signature du lieu où il a été tué : la propriété du grand-père de Lucy.

Le contexte

Qui est Lucy Dalmasso ? Adoptée par Christophe lorsqu'il épouse sa mère, Élisabeth Kirstein. Vingt et un ans à l'époque. Une relation conflictuelle avec son père adoptif. En mai 2001, elle lui écrit une lettre de colère. En juillet 2003, elle est condamnée pour abus de confiance. Christophe la déshérite dans son testament au profit de son frère Laurent.

Et Edno Borba da Silva ? Un danseur de capoeira brésilien, en situation irrégulière. Locataire de Christophe au Château Beaulieu. Amant de Lucy. Le 2 septembre 2003, jour de la disparition, il se présente à l'hôpital Saint-Roch avec une blessure à l'arcade sourcilière. Sa téléphonie est inactive entre 12h30 et 13h30.

Selon la vidéo de Faites entrer l'accusé, Borba prétend que Christophe lui a échangé trois chèques (dont un de 4 680 € correspondant à une dette d'Élisabeth) contre un terrain au Brésil. Les recherches au cadastre brésilien, menées par la police et par un avocat missionné par René Dalmasso, ne trouvent aucun terrain au nom de Christophe. Un chèque de 59 000 € — chiffre à retenir — signé Christophe le 30 août 2003, est présenté à l'encaissement en Tunisie le 7 janvier 2004. La banque le refuse : la signature est un faux grossier.

Le traitement judiciaire

L'affaire commence ici. Borba est mis en examen pour enlèvement et séquestration en septembre 2004. Lucy est mise en examen pour complicité de meurtre. Incarcérée. Elle bénéficie d'un non-lieu en 2007.

Le 17 janvier 2005, Borba avoue. Il accuse Lucy. Il se rétracte. Le premier procès, en mars 2009, est suspendu après cinq jours. Borba est libéré après quatre ans et demi de détention provisoire.

Le 3 août 2009, coup de théâtre. Wisem Crayem, un plombier joueur de tam-tam, avoue. Il raconte avoir transporté six sacs poubelles contenant un corps avec Borba. Il décrit l'incendie de la voiture. Il affirme que Lucy a téléphoné à Borba pendant le trajet du retour. « Tout est bon, c'est réglé », aurait dit Borba.

Lucy est de nouveau mise en examen. Nouveau non-lieu en 2011. Le procureur général requiert son innocence.

Le 4 février 2010, Borba annonce à son avocat qu'il quitte le territoire. Il fuit au Brésil. Le Brésil n'extrade pas ses nationaux.

Le 11 mars 2013, le procès s'ouvre devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes. Borba est jugé par défaut. Box vide. « Un simulacre de procès », dira l'avocat général. Verdict : réclusion criminelle à perpétuité pour Borba. Sept ans de prison pour Wisem Crayem.

Lucy Dalmasso, partie civile, s'assied sur le même banc que sa grand-mère René. Les relations sont glaciales. René Dalmasso, 73 ans, promet sur le cercueil de son fils : « Ils iront tous en prison. »

Ce que ça dit de la France

Pourquoi ce fait divers révèle-t-il les tensions entre les apparences et les réalités dans les familles de la bourgeoisie d'affaires française ?

Apparences : un homme d'affaires prospère, catholique, bon père. Réalités : un fantôme fiscal, un père qui déshérite, un homme dur en affaires qui se fait des ennemis. Une altercation avec des gitans pour une voiture. Des cousins contestant son héritage. Un immeuble, le Château Beaulieu, source de conflits.

Apparences : une fille adoptive aimante. Réalités : une jeune femme condamnée pour abus de confiance, qui écrit des lettres de colère, qui fréquente un amant brésilien en situation irrégulière.

Apparences : une justice qui condamne le meurtrier à perpétuité. Réalités : le meurtrier est en fuite au Brésil, protégé par la non-extradition. La justice est un simulacre.

Apparences : une famille unie. Réalités : des relations glaciales entre la grand-mère et la petite-fille, des suspicions qui durent depuis dix ans.

La famille Dalmasso incarne cette France des petits commerçants devenus gros propriétaires. Une France qui se méfie de l'État, qui règle ses comptes en famille. René Dalmasso, la mère, ne compte pas sur la police. Elle missionne un avocat au Brésil, des détectives en Tunisie. Elle fabrique un revolver en carton peint en doré. Le 21 septembre 2004, elle se rend au Château Beaulieu. Elle vise Borba. « Je t'éclate à la tête », lui dit-elle. Borba s'enfuit. Il porte plainte. La police arrive. Elle confisque l'arme. Elle découvre que les balles sont en carton. Les policiers sont gênés. Leur plan de surveillance est compromis. Mais René Dalmasso s'en fiche. Elle veut la vérité. « J'ai que 73 ans, dit-elle. Je continuerai jusqu'au bout de ma vie. »

Et Lucy ? Elle est le maillon faible de cette bourgeoisie. Celle qui ose défier le père. Celle qui fréquente un étranger en situation irrégulière. Celle qui écrit des lettres de colère. La justice l'a blanchie deux fois. Mais dans le tribunal familial, elle reste coupable.

Le vrai scandale, c'est l'impuissance de l'État français face à la fuite de Borba. Le Brésil n'extrade pas ses nationaux. La France le sait. Le mandat d'arrêt international est une coquille vide. Borba fait de la capoeira au soleil pendant que René Dalmasso attend la vérité.

Et maintenant ? Borba est intouchable. Lucy vit à l'étranger, héritière de son père et de ses grands-parents. René Dalmasso continue son combat. La justice a parlé. Mais la vérité, elle, reste au fond de la mer, avec les ossements de Christophe Dalmasso.

Note de recoupement : La source Midi Libre Faits Divers, bien que mentionnée dans le cadre de ce dossier, traite d'une affaire distincte (Christophe Rivenq). Aucun recoupement factuel direct n'est possible entre les deux sources pour les faits concernant Christophe Dalmasso. L'article s'appuie donc exclusivement sur le récit de l'émission Faites entrer l'accusé.

📰Source :youtube.com

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