Violences conjugales : 216 000 victimes par an, deux calvaires, un même tabou

« Il m’a tapé tellement fort » — sept ans de silence
À 18 ans, Marie-Marie-Laure-Marie-Laure rencontre Olivier. Premier homme. Seul homme. La violence s'installe dès l'emménagement — gifles, humiliations, cris. Elle croit pouvoir le sauver. « J'étais heureuse de rentrer le midi, de le voir un maximum », confie-t-elle. L'avocate Karine Denoit-Banteux, spécialiste, résume : « Elle s'est tout de suite située en sauveur de monsieur et lui en bourreau. »
Les années passent. Les coups s'intensifient. Un dimanche de mai 2009, à Annecy-le-Vieux, Olivier frappe son épouse au visage. « Il m'a mis des coups de poing tellement fort que le lendemain j'étais violette », raconte Marie-Marie-Laure-Marie-Laure. Elle se rend aux urgences, ment : « Je suis tombée sur le coin du canapé. » Le lendemain, elle travaille, le visage tuméfié, sans rien dire.
Quatre jours plus tard, nouvelle crise. Olivier lui serre le bras à la broyer, tente de lui casser une chaise sur la tête. Elle prie, puis emmène les enfants à l'école. Et elle pousse la porte de la gendarmerie.
« Il aurait pu me tuer » — la plainte, enfin
Le gendarme qui l'accueille se souvient : « Cette dame est arrivée complètement traumatisée, recroquillée sur elle-même. » Les marques sont visibles. Les gendarmes constatent des coups « très violents portés au visage et sur l'ensemble du corps ». Mais Marie-Marie-Laure-Marie-Laure hésite à porter plainte. « Il va me tuer quand il va sortir », murmure-t-elle. Les gendarmes insistent : « Il fallait franchir le cap. »
Les gendarmes interpellent Olivier, ivre, et le placent en cellule de dégrisement. Le 29 juin 2009, le tribunal correctionnel d'Annecy le condamne à 18 mois de prison dont 6 ferme. Mais Marie-Marie-Laure-Marie-Laure, au lieu de divorcer, reprend la vie commune. « Pour moi c'était l'homme de ma vie », explique-t-elle. L'avocate raconte : « Elle m'a annoncé à la fin de l'été qu'elle ne souhaitait pas donner suite à la procédure de divorce. » Promesses de soins, espoir de changement. La violence reprend, pire qu'avant.
Privations, balcon, mégots — l'escalade
Olivier l'empêche de dormir. Il met la radio à fond, fume à côté d'elle, lui jette les mégots dessus. Il l'enferme sur le balcon pendant huit heures. « Il m'avait donné une assiette à manger comme on le ferait à un chien », raconte-t-elle. La scène se reproduit trois fois. Les enfants assistent. La juge aux affaires familiales ordonne un lieu neutre pour les échanges sur le parking de la gendarmerie.
Un jour, dans le bureau de la juge pour enfants, Olivier souffle quelques mots à ses fils. Les enfants se mettent à hurler, se tapent la tête contre les murs. La juge les place 48 heures dans un foyer. Marie-Marie-Laure-Marie-Laure pleure : « On m'enlevait mes enfants. » Le divorce est finalement prononcé après un an et demi de procédure. Mais la peur reste. « Encore des fois, je regarde dans mon rétroviseur s'il n'est pas derrière moi », confie-t-elle.
216 000 femmes victimes — dispositifs existants
Depuis 2010, une ordonnance de protection permet d'éloigner l'auteur. Le numéro 3919 est une ligne d'écoute et d'orientation pour les victimes. L'aide juridictionnelle existe pour permettre aux victimes de se faire assister d'un avocat.
Maxime : prisonnier de celle qu'il aimait
Maxime a rencontré Zakia et a emménagé avec elle. Les violences ont commencé. Rapidement, Zakia confisque ses papiers, sa carte bancaire, son téléphone. Elle le rationne. Elle le frappe, le brûle, le torture et le séquestre. Elle soumet Maxime à des violences extrêmes pendant près de deux ans.
Le frère de Zakia prend des photos des blessures. Le médecin légiste rédige un rapport détaillé. Maxime ne porte pas plainte. La police intervient grâce à un stratagème de son frère. Son état est critique. Il subira huit opérations chirurgicales.
Deux jugements, deux poids ?
En 2015, le tribunal correctionnel condamne Zakia à trois ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis, et 200 000 euros de dommages. Maxime fait appel. En 2016, la cour d'appel alourdit la peine : cinq ans de prison, dont deux fermes. Mais les 200 000 euros d'indemnisation restent impayés. Seule une provision de 2 000 euros a été versée. Paul Bensussan, psychiatre, souligne un biais de genre dans le traitement policier et judiciaire des violences conjugales.
Moins de 4 % des hommes portent plainte
Seulement 4 % des hommes victimes de violences conjugales portent plainte, contre 12 % des femmes.
Sources
- Témoignage de Marie-Marie-Laure-Marie-Laure (victime de violences conjugales)
- Témoignage de Maxime (victime masculine de violences conjugales)
- Me Karine Denoit-Banteux, avocate spécialiste des violences conjugales
- Dr Paul Bensussan, psychiatre expert près la Cour de cassation
- Gendarmes de la brigade d’Annecy-le-Vieux (Haute-Savoie)
- Association d’aide aux femmes victimes de violences (nom non communiqué)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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