Sénat : 891 interpellations, 36 milliards retoqués, 790 000 étudiants sans contrôle – l'État pris en otage par l'impunité

891 interpellations, 233 blessés, zéro nuit en prison
Ce samedi-là, la victoire du PSG devait être une fête. Elle a tourné à la guerre urbaine. 77 villes touchées. 891 interpellations. 233 policiers et gendarmes blessés — dont deux si gravement que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour tentative d'homicide volontaire. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, évoque « des scènes de guérilla et d'émeutes urbaines ». Mais les mots ne suffisent pas.
Les sénateurs ont vu rouge. Jacqueline Eustache-Brinio (LR) dénonce « des hordes de barbares venus commettre l'inadmissible ». Elle décrit un rituel : « Ces émeutes s'apparentent à des rituels qui se renouvellent le 1er janvier, le 14 juillet, à toute occasion de rassemblement. » Regardez les chiffres des comparutions immédiates à Paris : sur 27 personnes jugées, 21 ont écopé de peines avec sursis ou de travaux d'intérêt général. Pas une seule nuit derrière les barreaux. « Les casseurs le savent très bien, ils ne risquent rien », tonne la sénatrice Agnès Evren (LR).
Une date. Un virement. Une question — l'adolescent de 13 ans éborgné par un tir de LBD à Bobigny a déclenché une enquête de l'Inspection générale de la police nationale. La procédure pour tentative d'homicide est ouverte. Mais le ministre persiste : « Les instructions sont fermes, c'est d'aller au contact. » Les sénateurs réclament des peines planchers, la suspension des prestations sociales pour les parents de mineurs délinquants, et la reconnaissance faciale. Le Premier ministre a dit non à la suspension des allocations. Mais il veut permettre aux collectivités de se porter partie civile — pour que les casseurs paient les réparations. « Tu casses, tu payes », résume Agnès Evren.
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant. Comment enrayer ce phénomène quand la justice distribue du sursis comme des bonbons ? Les 233 blessés, eux, ne se rétabliront pas avec des travaux d'intérêt général.
36 milliards retoqués : le Sénat dit non à l'escalade militaire
Mardi soir, coup de théâtre en séance. L'article phare de la loi de programmation militaire — une hausse de 36 milliards d'euros du budget des armées — a été rejeté par les sénateurs. Une partie de la majorité sénatoriale, pourtant pro-gouvernement, a fait défection. 14 milliards d'euros étaient contestés. Le ministre Philippe Baptiste, président du CNES, plaide : « Nous considérons que nous devons nous donner les moyens de répondre à cet impératif calendaire. » Les sénateurs ne sont pas dupes.
Le contexte géopolitique est tendu : invasion de l'Ukraine en 2022, guerre commerciale américaine en 2025, crise au Moyen-Orient. La France pourrait projeter des soldats en Estonie, en Lituanie, en Roumanie d'ici 2030. « Nos Rafales sont pour certains bien usés, il nous manque des frégates, les lance-roquettes doivent être commandées », énumère un sénateur. Mais le rapporteur général du budget au Sénat exprime des doutes sur la sincérité des économies annoncées. « Il n'y a aucune garantie quant au déficit 2026 », lâche-t-il.
Le gouvernement veut un compromis en commission paritaire (CMP). Les sénateurs proposent 7 milliards au lieu de 14. « Tout est possible », admet le ministre. Mais l'ardoise globale est vertigineuse : la charge de la dette a grimpé de 3,6 milliards d'euros. Les taux d'intérêt atteignent un niveau record, inédit depuis 2008. Le Fonds monétaire international a pourtant salué la « stratégie française » dans sa revue de la semaine dernière. Les sénateurs, eux, ne sont pas convaincus.
Pourquoi voter une augmentation massive quand les caisses sont vides ? Les questions restent sans réponse. La CMP devra trancher. Mais le signal est clair : le Sénat refuse de signer un chèque en blanc.
463,5 millions d'euros : le décret d'avance qui cache la misère budgétaire
Le gouvernement a besoin d'argent vite. La guerre dans le D3 d'Ormous (Moyen-Orient) a fait exploser le prix des carburants. Résultat : un décret d'avance présenté le 28 mai, ouvrant 463,5 millions d'euros en crédits de paiement. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. En parallèle, 490 millions d'euros sont annulés, et 2,9 milliards d'euros en autorisations d'engagement (1,7 milliard en crédits de paiement) sont gelés.
Le ministre du Budget, Laurent Saint-Martin, se veut rassurant : « Les aides doivent être ciblées, financées, et c'est une condition clé de protection de nos finances publiques. » Concrètement, 320 millions d'euros financent une aide forfaitaire de 100 euros pour 3 millions de « grands rouleurs » — actifs modestes parcourant plus de 8 000 km par an. Le chèque énergie est étendu pour 56,9 millions d'euros supplémentaires. Le tout gagé par des annulations sur les crédits ministériels, hors masse salariale.
Le rapporteur général du budget s'inquiète : « Ce sont des économies de façade. » Il pointe le manque de transparence sur les allègements de cotisations sociales (2 milliards d'euros économisés). Le gouvernement a préféré soutenir les transporteurs, pêcheurs, agriculteurs et le BTP plutôt que d'augmenter les allègements généraux. Une mesure qui, selon le ministre, aurait profité à des entreprises qui n'en avaient pas besoin. « C'est une première étape », prévient Saint-Martin. « Si la guerre persiste, des mesures supplémentaires seront nécessaires. »
Les sénateurs ne sont pas dupes. Le gel de crédit de 2,9 milliards d'euros est une bombe à retardement. La dette continue de grimper. Les taux d'intérêt explosent. Le gouvernement mise sur une « stratégie saluée par le FMI ». Mais les Français, eux, paient le prix fort à la pompe. 6 400 demandes d'aide ont déjà été déposées. Les premiers versements arrivent dans les prochains jours. Une goutte d'eau dans un océan de dettes.
Écoles privées : le boom incontrôlé qui laisse des milliers d'étudiants sur le carreau
Le secteur de l'enseignement supérieur privé a explosé. Entre 2015 et 2023, le nombre d'étudiants est passé de 490 000 à 790 000 — soit une hausse de 60 %. Aujourd'hui, un étudiant sur quatre est dans le privé. Derrière ce chiffre, des scandales retentissants : Galileo, Digital College. Des milliers d'étudiants laissés sans formation, des familles ruinées. « Des dérives minoritaires mais graves et insupportables », reconnaît le ministre Philippe Baptiste.
Le Sénat a voté, il y a trois jours, un texte pour encadrer ce Far West. Le rapporteur Stéphane Piednoir et le sénateur centriste Pierre-Antoine Lévy ont porté le projet. « Il fallait légiférer », explique Lévy. Le texte prévoit deux types d'agrément : l'agrément classique et l'agrément d'intérêt général (pour les boursiers). L'évaluation sera confiée au HCRES (Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur). Les établissements devront garantir la transparence sur les frais, les conditions d'inscription, les débouchés.
Des exemples concrets de dérives ? Frais de réservation imposés pour « assurer sa place ». Année complète facturée alors que l'étudiant a dû interrompre sa formation pour une bonne raison. « La formation n'est pas une marchandise comme les autres », martèle une sénatrice. Le texte a été adopté assez sereinement au Sénat, mais l'Assemblée nationale doit encore l'examiner. Le gouvernement veut une application à la rentrée 2028. Le Sénat veut 2027. « Dans moins d'un an, il y a des élections présidentielles. On ne sait pas quelle sera la priorité du futur président. Il faut battre le fer tant qu'il est chaud », insiste Pierre-Antoine Lévy.
Les questions restent sans réponse. Pourquoi avoir laissé le privé prospérer sans contrôle depuis la loi Gatel de 2018 ? Les 790 000 étudiants d'aujourd'hui méritent mieux qu'une promesse électorale.
L'impunité comme seul horizon
Trois débats, trois échecs. Les violences urbaines restent impunies. Le budget militaire est en suspens. Les écoles privées continueront d'encaisser sans réelle contrainte jusqu'en 2028. Le gouvernement promet, recule, promet encore. Les sénateurs, eux, tirent la sonnette d'alarme. Mais qui les écoute ?
La suite est édifiante. Le 28 mai, le décret d'avance a été présenté. Le même jour, le Sénat retoquait les 36 milliards militaires. Le lendemain, le texte sur les écoles privées était adopté. Trois décisions, trois signaux d'un État qui perd le contrôle. Les chiffres sont implacables : 891 interpellations pour zéro prison, 36 milliards refusés, 790 000 étudiants sans filet de sécurité.
Le Dossier prend position. Assez de demi-mesures. Assez de laxisme judiciaire. Assez de promesses non tenues. Les Français attendent des actes. Pas des débats. Pas des décrets d'avance bidon. Pas des agréments à l'horizon 2028. L'impunité doit cesser. Maintenant.
Sources : Public Sénat (émission Le Sénat), ministère de l'Intérieur, commission des finances du Sénat, rapport d'avancement annuel du gouvernement, étude d'impact du projet de loi sur les écoles privées, Code du travail, Code de l'éducation, loi Gatel 2018.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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