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SociétéÉpisode 25/13

Violences conjugales : la mécanique infernale et les défaillances du système

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-19
Illustration: Violences conjugales : la mécanique infernale et les défaillances du système
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Laorie, 28 ans, poignardée par son compagnon

17 janvier dernier. Nîmes. Laorie, 28 ans, est tuée par son compagnon. Elle voulait rompre. Il l'a poignardée. Six coups de couteau. Un au cœur. Elle décède dans la nuit. Une extrême violence commise en pleine séparation.

Charles et Nicole Tercero, ses parents, sont dévastés. "Elle avait 28 ans. Elle rêvait de choisir sa robe de mariée. Au lieu de ça, on a choisi sa tombe", dit Nicole. Laorie laisse une fille de 5 ans, Lina. Ses grands-parents ont récupéré sa garde. "Quand Lina me dit 'Mamie, maman me manque', je lui réponds 'Maman est dans les étoiles.'"

Laorie avait pris son courage à deux mains. Elle avait décidé de mettre fin à une relation toxique. "Elle lui a dit 'C'est terminé, je vais récupérer Lina. Ne reviens pas.' Elle a fait face. C'est ce qui l'a tuée", raconte Agnès, son amie.

La mort de Laorie n'est pas un fait divers isolé. Depuis 2017, 140 femmes ont été assassinées par leur conjoint en France. Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon. Pourquoi ?

Alexia Delbrey : "L'homicide conjugal suit un schéma type"

Alexia Delbrey, médecin légiste et psychiatre, a passé sa vie à étudier les homicides conjugaux. Elle a réalisé la première étude d'ampleur sur le sujet en France. Ses conclusions sont sans appel.

"L'homicide conjugal suit un schéma type. Le profil général ? Un homme d'âge moyen, possessif, qui passe à l'acte au domicile conjugal avec une arme d'opportunité. La rupture est l'élément déclencheur dans 9 cas sur 10", explique-t-elle.

Les mois précédant et suivant la séparation sont critiques. Une période pendant laquelle il faut être vigilant. Mais les institutions manquent à leur devoir. Les plaintes sont souvent ignorées. Les femmes laissées sans protection.

Géraldine Palier, 41 ans, a survécu à une tentative de meurtre. Son ex-compagnon, Florine Safta, l'a poignardée à deux reprises. Elle avait porté plainte plusieurs fois sans être entendue. "J'ai eu 12 litres de sang transfusé, 9 opérations et 3 semaines d'hôpital", dit-elle.

Florine Safta a été condamné à 30 ans de prison. Mais Géraldine porte encore les cicatrices. Physiques et mentales. "Ces cicatrices représentent le sang, la mort, l'agression. Elles font partie de mon histoire."

Madeleine Gaspar : tuée par son ex-mari après des années de violences

Madeleine Gaspar, 34 ans, est morte en septembre 2014. Tuée par son ex-mari, Carlos. Il avait déjà été condamné en 2013 pour viol et violence. Mais il était toujours en liberté. Madeleine avait déposé plusieurs mains courantes et plaintes. En vain.

Carlos a été condamné à 25 ans de prison. Cristiano, leur fils, accuse les autorités d'avoir échoué à protéger sa mère. "On m'a pris l'amour de ma mère. Ça, je ne pourrai jamais pardonner."

Madeleine n'est pas une exception. Chaque année, des dizaines de femmes sont tuées par leur conjoint après avoir porté plainte. Pourquoi les institutions ne les protègent-elles pas ?

Le téléphone grave danger : une protection insuffisante

Le dispositif téléphone grave danger existe en France depuis 2014. Il permet aux femmes menacées d'appeler la police en appuyant sur une touche. Mais seulement 500 femmes en bénéficient. L'an dernier, il a permis 36 arrestations.

Juliette, 32 ans, vit depuis 6 ans sous la menace de son ex-compagnon. Elle a déménagé quatre fois. La peur ne la quitte jamais. "Des fois, il veut me tuer, me planter, me tirer une balle dessus", dit-elle.

Juliette bénéficie du téléphone grave danger depuis 6 mois. "J'ai l'impression d'avoir été entendue, reconnue comme victime. Mais c'est insuffisant."

Le Québec, lui, a divisé par deux ses homicides conjugaux en 10 ans. Comment ? En saisissant les armes des hommes violents sur simple signalement. En formant les policiers, magistrats et travailleurs sociaux à détecter les risques. En accompagnant les hommes violents pour prévenir le passage à l'acte.

"En France, on attend qu'une femme soit morte pour agir. Au Québec, on agit avant", explique Éric Coulombe, capitaine de police à Québec.

Pourquoi la France échoue-t-elle ?

La France connaît le schéma type des homicides conjugaux. Elle dispose des outils pour les prévenir. Mais elle ne les utilise pas.

"Les institutions manquent de moyens. Les policiers ne sont pas formés. Les magistrats minimisent les risques. Les femmes sont laissées sans protection", dénonce Alexia Delbrey.

Le gouvernement promet des mesures. Mais les chiffres ne baissent pas. Pourquoi ? Parce que la lutte contre les violences conjugales n'est pas une priorité.

Combien de femmes faudra-t-il encore pour que ça change ? Combien de Laorie, de Madeleine, de Juliette ou de Géraldine ?

Le silence doit être rompu. Les institutions doivent agir. Avant qu'il ne soit trop tard.

À suivre.

📰Source :youtube.com

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