Trafic d’animaux sauvages : comment les Français achètent des fauves sur Snapchat

Voilà les faits. Le trafic d’animaux sauvages est le troisième commerce illégal au monde — après la drogue et les armes. En France, la détention d’espèces protégées sans autorisation préfectorale est interdite. Les préfectures accordent ces autorisations « très difficilement », confirment les refuges. Mais sur Internet, tout s’achète. En deux clics. Sans contrôle.
Snapchat, le nouveau marché aux fauves
3500 euros — c’est le prix d’un jeune serval sur Snapchat. Le vendeur est belge. Dans ses vidéos, il montre le félin — un petit fauve aux allures de chat sauvage — couché dans une cage. Nous l’avons contacté. Par téléphone. Il propose même de venir chercher l’animal chez lui.
« Tu fournis quand même des documents, ou pas du tout ? », demandons-nous.
Réponse du vendeur : il évoque le « mau égyptien », une race de chat qui ressemble au serval. Un mensonge. Un contournement. Une fraude organisée.
Nous mettons un terme à la discussion. Mais le mal est fait. L’annonce reste en ligne. D’autres acheteurs potentiels — des Français, des Suisses, des Allemands — peuvent commander.
Pourquoi ? Parce que les plateformes numériques sont devenues le canal privilégié du trafic. Snapchat, Instagram, Facebook, même des sites de vente classiques. L’Arcom (ex-CSA) a bien renforcé la lutte contre la vente de produits illégaux en ligne. Résultat maigre. Les annonces pullulent. Les vendeurs changent de pseudo. Les animaux meurent.
Une date. Un virement. Une question : qui contrôle vraiment ?
43 servals en quatre ans : le refuge saturé
Une femelle serval arrive au refuge. Les policiers l’ont découverte lors d’une perquisition chez un particulier. Elle vivait dans une seule pièce. Un appartement. Pas de lumière naturelle. Pas d’espace.
« On va lui ouvrir la porte et la laisser sortir tranquillement », explique le soigneur.
C’est le 43e serval recueilli ici en quatre ans. Quarante-trois. Un rythme infernal.
« C’est vraiment dramatique, s’emporte le responsable. Ce sont toujours les animaux qui en pâtissent : de mauvaises conditions de vie, une mauvaise alimentation, des gens qui s’en occupent et qui n’ont aucune connaissance de ces animaux. Ça nous enrage, de voir ça. »
Même nés en captivité, ces félins gardent un instinct sauvage. « Les gens ne se rendent pas compte, ajoute un soigneur. Quand c’est bébé, c’est très mignon, mais quand ça grandit, ça a de la force, de grandes dents. Ça reste des animaux sauvages, quand même assez dangereux. »
Mais les acheteurs ne veulent pas le savoir. Ils veulent du « mignon ». Du « rare ». Un statut social. Un félin sur leur canapé. Un selfie avec un fennec. Une vidéo TikTok avec un ouistiti.
Résultat : les refuges sont saturés. Les bénévoles épuisés. Les animaux condamnés.
Douanes : 200 animaux saisis, des milliers qui passent
Les douaniers fouillent les bagages à Roissy-Charles-de-Gaulle. Méticuleusement. Chaque année, ils contrôlent des touristes et des trafiquants qui transportent illégalement des espèces protégées.
« C’est quoi là-dedans, madame, s’il vous plaît ? », demande un agent.
Les techniques sont variées. « Il y a des techniques avec des tortues qui vont être cachées sur les personnes, dans les poches ou à corps, explique un douanier. Il y a des dispositifs un peu plus élaborés, avec des manteaux qui contiennent des petites poches pour mettre des oiseaux, ou carrément des pantalons ou des sous-vêtements pour mettre des oiseaux également. Les gens sont assez imaginatifs, car ce sont des produits qui ont une forte valeur ajoutée. »
En 2022, 200 animaux vivants ont été saisis. Des reptiles. Des oiseaux. Comme ces passereaux en provenance du Mexique, enfermés dans des cartons percés dans une valise cabine. Certains couples valent 1000 euros.
200 animaux. C’est peu. Très peu. Les trafiquants passent entre les mailles du filet. Les douanes manquent d’effectifs. Les contrôles sont aléatoires. Et le trafic prospère.
Le trafic d’espèces sauvages est passible d’au moins trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende en France. Mais combien de condamnations ? Combien de peines fermes ? Les chiffres officiels sont flous. Les procureurs classent souvent sans suite. Les trafiquants recommencent.
Japon : 14 000 ours abattus, l’état d’urgence animal
Au Japon, la situation est encore plus brutale. L’ours est devenu l’ennemi public numéro un. Face à la multiplication des attaques mortelles, les policiers sont désormais autorisés à tirer sur les ours. En 2022, ils en ont abattu 14 000. Trois fois plus que l’année précédente.
Deux ours bruns qui chargent au milieu de la route. L’automobiliste fait rapidement marche arrière. Parfois, c’est l’accident.
Depuis quelques semaines, ils sont partout. Fin de l’hibernation, début des problèmes. Dans cet hôtel en plein centre-ville, un plantigrade crée la panique. La police intervient mais se tient à distance. L’animal va rester plusieurs heures dans le hall d’entrée.
« Je pense que cet ours était complètement perdu », témoigne un employé.
Il sera finalement capturé. Puis abattu.
Le nombre d’ours est saisissant : 52 000. Une population multipliée par deux en trente ans. Ils vivaient surtout au nord de l’archipel. Aujourd’hui, on les repère dans de nombreuses régions. 658 ont été vus durant les sept derniers jours, 2775 depuis un mois.
À la télévision, les témoignages se multiplient. Cet homme présente ses vêtements en sang. Celui-ci raconte l’attaque qui aurait pu lui coûter la vie la semaine dernière.
« Il s’est approché de moi et a essayé de me mordre le visage, dit une victime. J’ai donné des coups de pieds, comme ça, et il est parti. »
Le Japon part donc en chasse. 14 000 ours tués l’an dernier. Un record. Des animaux impressionnants — jusqu’à 300 kg. Les chasseurs doivent suivre un protocole strict : « Avoir un permis de chasse ne veut pas dire que je peux sortir et tirer sur un ours, explique un chasseur. Les règles sont strictes. Il faut un document officiel qui stipule que l’animal a un comportement anormal et qu’il constitue une menace. »
Le Japon a mis en place 2500 cages-pièges. À terme, il y en aura 10 000. Les animaux attrapés sont systématiquement abattus.
À Tokyo, quelques groupes de défense animale protestent. « Sauver l’ours », disent leurs panneaux. Car il pourrait disparaître.
Mais le gouvernement pare au plus urgent. Même les écoles se préparent à une attaque d’ours. Voici un exercice de protection dans la banlieue de Tokyo. La consigne : pousser rapidement les tables pour bloquer la porte.
Depuis l’an dernier, 14 personnes sont mortes sous les griffes de l’animal.
14 morts. 14 000 ours tués. Un équilibre impossible.
Troyes, la guerre aux pigeons : faucons, stérilisation, amendes
En France, la guerre est plus silencieuse. Mais tout aussi impitoyable. À Troyes, dans l’Aube, les pigeons sont la bête noire des habitants.
Le centre-ville, ses maisons à colombages, ses ruelles et ses occupants indésirables. Ici, les pigeons sont une source de nuisance dans les rues, les arrière-cours et même à l’intérieur de certains bâtiments.
Après son installation, Véronique a vécu un enfer.
« Au tout début, il fallait nettoyer tous les jours, sinon on marchait dans les excréments en permanence, raconte-t-elle. Ça donne envie de pleurer tous les jours. Ça donne plus envie de rentrer chez soi. »
Pour pouvoir profiter de sa terrasse, elle a dû installer des pics sur les fenêtres et les gouttières, et une pergola.
« Ça vous pourrit la vie, insiste-t-elle. Quand il y en a en quantité comme ça, ça pourrit la vie. J’étais prête à déménager, à vendre. »
Même discours chez la plupart des commerçants et habitants de la vieille ville. Les pigeons s’installent dans les combles des maisons à pans de bois. Une amende de 135 euros a été mise en place pour ceux qui les nourrissent.
Les oiseaux menacent aussi le patrimoine historique. Dans les combles de la cathédrale — « faites attention à votre tête » — leurs fientes, très acides, détériorent le bois de la charpente et peuvent boucher les conduits d’évacuation de l’eau de pluie.
« Ça peut déborder sur les voûtes, comme vous en avez ici, et s’infiltrer à l’intérieur du bâtiment, dégrader les décors intérieurs, le mobilier intérieur et les structures », explique un conservateur.
Mais depuis deux ans, les pigeons évitent la cathédrale. Un couple de faucons pèlerins s’y est installé. Des rapaces qui chassent un à deux pigeons par jour pour se nourrir. Pour les encourager à rester sur la tour, une association leur a mis en place un nichoir.
« Le faucon pèlerin est une espèce qui ne mange que de l’oiseau vivant, précise un bénévole. Les pigeons sont plus très sereins quand ils sont sur un édifice quand un couple de faucons pèlerins est là. »
Le problème ? Les pigeons vont s’installer ailleurs en ville. Alors, pour limiter leur nombre, la mairie compte sur un moyen encore plus efficace : cinq pigeonniers.
Eloïse passe les nettoyer tous les 15 jours et en profite pour stériliser les œufs. Une méthode approuvée par les associations écologistes — quand d’autres villes choisissent de tuer les pigeons.
« Sur les cinq dernières années, sur tous les pigeonniers qu’il y a sur la ville de Troyes, on a stérilisé un peu plus de 10 000 œufs, explique-t-elle. Ça permet, sur le long terme, de maîtriser la population, pas de l’éradiquer. »
10 000 œufs. 5 ans. Une guerre lente, méthodique, sans bruit.
Mais la question demeure : jusqu’où l’homme est-il prêt à aller pour contrôler la nature ? Pour protéger son confort ? Son patrimoine ? Sa vie ?
La spirale infernale du trafic, de la chasse et du contrôle
Alors, quel est le bilan ? Le trafic d’animaux sauvages explose. Les réseaux sociaux sont devenus des marchés aux fauves. Les douanes sont débordées. Les refuges saturés. Les peines dérisoires.
Pendant ce temps, au Japon, on abat 14 000 ours pour 14 morts humaines. À Troyes, on stérilise 10 000 œufs de pigeons pour sauver des charpentes. Et en France, des particuliers achètent des servals sur Snapchat pour 3500 euros — sans se soucier de la loi, du danger, de la souffrance animale.
Il y a une logique commune. Une logique de contrôle. De domination. D’élimination de ce qui dérange.
Les faucons pèlerins contre les pigeons. Les chasseurs contre les ours. Les douaniers contre les
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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