Course-poursuite pour 650 euros : le fléau des conducteurs sans permis

Une voiture bleue, un feu arrière défectueux
Vers 21 heures, Cyril, policier à la BAC de Crayille, patrouille. Il repère une voiture bleue dont l’un des feux arrière semble défectueux. Il décide de la contrôler.
« Contrôle ou pas les gars ? », lance-t-il à son équipage.
Il s’approche. Le conducteur ne s’arrête pas. Au contraire, il accélère.
« Contact du s’il te plaît. Non. Allez refus d’obtempérer. C’est bon c’est bon c’est bon. »
La course-poursuite commence. Le jeune double sans visibilité, grille des stops, s’engage à contresens. Les policiers le suivent de loin, sans pouvoir l’intercepter. Ils respectent une consigne stricte : ne pas provoquer d’accident.
« Faire quoi dans ces cas-là ? Bah là, se rapprocher le plus possible et en espérant que l’individu obtempère à nos injonctions et surtout qu’il y ait pas d’accident, qu’il renverse personne. »
Une note de service qui lie les mains
Une note de service circule au commissariat de Crayille. Un rappel des consignes. La poursuite des véhicules n’est autorisée que pour des faits d’une grande gravité : fuite ou évasion d’un individu armé, auteur d’un crime de sang, ou personne non identifiée ayant causé un préjudice corporel. Les refus d’obtempérer, sauf exception, ne justifient pas une poursuite systématique.
Résultat : les policiers doivent laisser filer. Cyril et son équipe perdent la voiture bleue.
« Ah on l’a perdu actuellement. Vi où là ? Bah plus par là gros. Fait chier. »
Mais ils diffusent la description du conducteur — un jeune homme aux cheveux décolorés, veste noire — et appellent du renfort.
L’interpellation et les aveux
Quelques minutes plus tard, un message radio annonce que le conducteur a été interpellé par une autre patrouille. Sur place, l’un de ses amis tente de le défendre.
« Il a failli butter des gens. D’accord », rétorque un policier.
Le jeune homme nie d’abord. Puis une vérification dans les fichiers de la police révèle la cause de sa fuite : il n’a pas le permis de conduire.
« J’ai pas de permis, hein. Je suis en train de passer mon permis. Pourquoi je vais faire des conneries ? »
Au commissariat, l’officier de police judiciaire Geoffrey, 49 ans, 28 ans d’ancienneté à Crayille, mène l’audition. Une heure plus tard, le jeune homme change de version. Il reconnaît les faits.
« Il est en train de passer son permis et bah quand il a vu qu’on voulait le contrôler, il a paniqué. Il avait peur de pas pouvoir continuer à passer son permis. Donc il s’est barré. »
La fouille du véhicule ne révèle rien d’autre. Pas de stupéfiants, pas d’arme. L’infraction est simple : conduite sans permis.
650 euros d’amende, ou la prison
Depuis 2017, une première infraction pour défaut de permis est sanctionnée d’une amende forfaitaire de 650 euros. Pas de prison, pas de peine d’emprisonnement.
Mais en fuyant, le jeune homme a commis un refus d’obtempérer. Ce délit l’expose à une peine d’emprisonnement — et il a été placé en garde à vue. Le paradoxe saute aux yeux : s’il s’était arrêté, il aurait payé une amende et serait reparti libre. En prenant la fuite, il risque bien plus lourd.
« Là, il est allé en garde à vue, il risque une peine d’emprisonnement. Donc alors que s’il s’était laissé contrôler, il aurait eu au maximum une amende », commente Geoffrey.
Les policiers ne cachent pas leur exaspération. « C’est beaucoup beaucoup et ça devient alarmant même. Alarmant et très dangereux », ajoute Cyril. « Il aurait pu tuer, ça aurait pu être très grave. Il y avait beaucoup de piétons à cette heure-ci. »
800 000 Français sans permis
À Crayille, les policiers le constatent : le défaut de permis est devenu l’une des principales causes des refus d’obtempérer. Ils estiment que près de 800 000 Français prennent chaque jour le volant sans en avoir le droit.
La mère indignée
Dans le commissariat, ce soir-là, le téléphone sonne. Geoffrey décroche.
« Oui. Comment il s’appelle votre fils ? Oui, effectivement, il est chez nous. Il a été interpellé madame pour refus d’obtempérer et défaut de permis. »
La mère du jeune homme est furieuse. Elle ne comprend pas que son fils soit en garde à vue pour « si peu ».
« Elle me dit que il a rien à faire en garde à vue. Donc elle connaît ses droits et du coup et moi je les connais pas apparemment », rapporte Geoffrey.
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 2 · 2026-04-27
Grenoble: 20 ans de prison requis pour le chauffard de la course-poursuite mortelleÉpisode 3 · 11 JUIN 2026
Course-poursuite pour 650 euros : le fléau des conducteurs sans permis


